Le Pape Benoît XVI
Cher Frère,
En ces jours où nous rappelons le retour vers le Père du cher Frère Roger, fondateur de la communauté de Taizé, assassiné il y a cinq ans, le 16 août 2005, pendant la prière du soir, dans l’église de la Réconciliation, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI souhaite vous faire connaître sa proximité spirituelle et son union dans la prière avec la Communauté et avec tous ceux qui participent à la commémoration de la mémoire de Frère Roger.
Témoin infatigable de l’Évangile de paix et de réconciliation, Frère Roger a été un pionnier sur les chemins difficiles vers l’unité entre les disciples du Christ. Voici soixante-dix ans, il a donné naissance à une communauté qui continue à voir venir vers elle des milliers de jeunes du monde entier, en quête d’un sens à leur vie, les accueillant dans sa prière et leur permettant de faire l’expérience d’une relation personnelle avec Dieu.
Alors qu’il est entré dans la joie éternelle, il continue à nous parler. Que son témoignage d’un œcuménisme de la sainteté nous inspire dans notre marche vers l’unité et que votre Communauté continue à vivre et à rayonner son charisme, notamment auprès des jeunes générations !
De grand cœur, le Saint-Père demande à Dieu de vous combler de ses Bénédictions, ainsi que les Frères de la Communauté de Taizé et tous ceux qui avec vous sont engagés sur les chemins de l’unité des disciples du Christ, particulièrement les jeunes.
Le Patriarche Bartholomée de Constantinople
Nous souhaitons adresser au frère Alois, prieur, et à toute la communauté de Taizé ces quelques paroles pour commémorer le cinquième anniversaire du décès tragique du très regretté frère Roger et aussi le 70e anniversaire de la fondation de la communauté de Taizé. II en a été non seulement le fondateur et l’inspirateur, mais aussi le « veilleur » toujours infatigable et disponible, au chevet de son épanouissement, au service de l’idée forte qui la fondait, celle, selon ses propres termes, de la « réconciliation œcuménique ».
Quel que soit le regard que nous pouvons porter sur l’itinéraire et sur l’œuvre de frère Roger, il est indéniable qu’il a été une des grandes figures chrétiennes du XXe siècle. Qui peut douter de la profonde sincérité et authenticité de sa « recherche » spirituelle ? Qui peut douter de la sincérité du « chemin » qu’il a voulu entreprendre, non pas seul mais dans une volonté d’entraîner les autres aussi à venir partager cette « lumière », dans la joie et l’humilité ? Ce partage, désir profond de « communion », n’était-il pas son souci et son moteur jusqu’au dernier mot, jusqu’à sa dernière parole, celle de sa « Lettre inachevée », qui visait « l’élargissement » de la diaconie de la communauté de Taizé ? Qui peut douter de l’attrait de son vécu et de son enseignement sur des milliers de jeunes, mais aussi de moins jeunes, qui sont en attente, en recherche spirituelle, dans un désir ardent, intérieur, souvent inavoué et non compris, d’écoute et de communion ?
Avec lui et les frères qui partagèrent sa vision et sa tension, Taizé est devenu un véritable centre, un point de convergence et de rassemblement. Un lieu d’approfondissement dans la prière, l’écoute et l’humilité. Un lieu de respect de la tradition de l’autre. Reconnaissance de l’autre, de son visage et donc de son être, préalable nécessaire à un amour à l’image de celui qui nous a aimés « sans limites ».
Sa démarche a été une démarche de recherche d’amour et de vérité, qui taillait son chemin dans la rencontre de l’autre, le croisement de son regard, dans la prière personnelle vécue ensemble et partagée.
Notre cher et regretté Olivier Clément, écrivain, historien et un des plus grands théologiens de l’Église orthodoxe au XXe siècle, qui a été très proche de la communauté, a su résumer dans son livre publié en 1997 et intitulé à juste titre « Taizé, un sens à la vie », l’essence « spirituelle » de cette démarche de « recherche » construite avec et autour de Taizé, avec et autour de frère Roger.
« À Taizé, écrivait Olivier Clément, des frères d’origines confessionnelles, ethniques, culturelles, linguistiques diverses et parfois opposées prient et travaillent ensemble : oui, c’est possible, le Christ détruit tout mur de séparation. » Concernant l’attrait des jeunes, Olivier Clément expliquait le phénomène « Taizé » en disant : « Les jeunes d’aujourd’hui sont las des discours (mais aussi des railleries), ils ont soif d’authenticité. II est vain de leur parler de la communion – viens et vois – si l’on ne peut leur montrer un lieu où la communion s’élabore. Un lieu ou l’on est accueilli comme on est, sans être jugé, où l’on ne vous demande pas un passeport dogmatique, sans cacher pour autant que l’on s’y réunit autour du Christ et qu’un chemin – « je suis le chemin », a-t-il dit – commence là pour qui le veut. (p. 14-15) »
« Taizé, un sens à la vie. » Olivier Clément avait raison de le dire. Nous disons aussi qu’il s’agit là d’un « lieu de vie ». Qu’est ce qu’un lieu de vie si ce n’est un lieu, certes physique, mais aussi et surtout un lieu d’intériorisation qui nous aide à réfléchir sur nous-mêmes et les autres, à nous ressourcer et à nous remettre en cause. Un centre qui nous pousse à réaliser, en nous-mêmes et avec les autres, l’unité horizontale et l’unité verticale, en pleine résonance avec la dimension spirituelle de notre existence. Cette recherche de l’unité, dans la joie, l’humilité, l’amour et la vérité, tant dans la relation avec l’autre, « sacrement du frère », que dans la relation avec Dieu, « sacrement de l’autel », résume à notre sens l’essence de la démarche, de la voie, du chemin de Taizé.
C’est en cela que réside le charisme de cette communauté. Un charisme de « rassemblement » qui donne un « sens ». Et le sens, pour nous autres chrétiens, ne peut être vécu autrement que dans la tension vers l’Unique nécessaire.
Que la mémoire de frère Roger que nous portons dans nos prières soit éternelle, et que nos vœux accompagnent la communauté afin de poursuivre la diaconie ressentie comme « chemin » pour soi et pour les autres par frère Roger.
Que la grâce du Seigneur et son infinie miséricorde soient avec vous tous.
Le Patriarche Kyrill de Moscou
Cher frère Alois ! Chers frères et sœurs en Christ !
De tout cœur je vous salue, représentants de différents peuples, pays et églises chrétiennes, qui êtes rassemblés aujourd’hui pour marquer deux dates remarquables : les cinq ans de la mort de frère Roger et les 70 ans de la fondation par lui de la communauté de Taizé.
« Si le grain ne tombe pas en terre et ne meurt, il reste seul, mais s’il meurt, il portera beaucoup de fruits. » (Jn 12.24). Ces paroles d’Évangile, prononcées par le Christ Sauveur comme annonce de sa mort en croix et de sa résurrection, ne s’adressaient pas seulement à ses disciples, mais aussi aux futures générations de chrétiens. Toute la longue vie de frère Roger, emplie d’activités, et sa mort tragique et innocente ont confirmé qu’il marchait à la suite du Seigneur dans le don de lui-même.
Aujourd’hui à Taizé vivent ensemble une centaine de frères, catholiques et protestants. Et la communauté est souvent visitée par la jeunesse croyante des Églises orthodoxes. Il me semble important que les jeunes soient réunis sur le fondement de l’héritage commun de l’Église ancienne, qui est étudié attentivement par la communauté et qu’elle essaie de suivre.
Ayant rencontré frère Roger à plus d’une reprise, j’ai chaque fois remarqué à quel point il connaissait et comprenait la tradition de l’ancienne Église et à quel point la Parole de Dieu et l’œuvre des Pères de l’Église étaient un fondement pour son expérience spirituelle personnelle. Conjuguer la fidélité à l’enseignement des Saints Pères avec une actualisation créative dans le ministère missionnaire parmi les jeunes d’aujourd’hui caractérisait le chemin de frère Roger, comme celui de la communauté fondée par lui. Les milliers de jeunes qui visitent Taizé et participent aux rencontres annuelles organisées par la communauté en divers pays d’Europe, témoignent de manière convaincante que, aujourd’hui encore, le message évangélique de l’amour de Dieu peut trouver un écho vivant dans les cœurs, s’il n’est pas seulement prêché en paroles, mais vécu personnellement.
Du fond du cœur, en félicitant la communauté de Taizé pour ses 70 ans de vie depuis sa fondation, je souhaite aux frères de la communauté de rester fidèles à l’exemple de frère Roger et de réaliser avec zèle leur grande mission chrétienne dans l’Europe contemporaine.
L’Archevêque de Canterbury, Rowan Williams
Mon cher Alois,
Cinq ans après la mort tragique de frère Roger, nous nous souvenons avec tristesse et reconnaissance de tout ce qu’il a donné à l’Église et au monde. Pendant ces cinq années, nous avons vu beaucoup de changements, mais très peu dans le sens des valeurs d’Évangile qu’incarnait frère Roger. Nous avons vu l’échec continu des leaders du monde à prendre des décisions contraignantes pour la protection de notre environnement, et nous avons vu des exemples dramatiques de dévastation environnementale comme la fuite de pétrole dans le Golfe du Mexique. Nous avons vu le presque effondrement des institutions financières du monde développé, mais nous attendons toujours de voir un comportement radicalement changé qui indiquerait que nous, ici dans les parties riches du monde, nous avons appris les leçons de ce traumatisme. Nous avons vu les ravages incessants de la guerre et de l’injustice dans de si nombreuses parties d’Afrique et d’Asie, et le manque d’une solution juste aux souffrances des peuples de Terre Sainte. Nous avons vu la souffrance des habitants de Gaza, en même temps que nous voyions la montée du fanatisme antisémite dans certaines parties de l’Europe, les poussées de violence envers des minorités chrétiennes dans certaines nations et les préjugés insensés contre l’Islam dans d’autres milieux.
« S’ils n’écoutent pas Moïse, ni les prophètes », dit Abraham dans la parabole de Jésus (Luc 16, 31), « même si quelqu’un ressuscite des morts, ils ne seront pas convaincus. » Il est facile de réagir ainsi face aux tragédies de notre temps, de penser que le témoignage et la souffrance des serviteurs de Dieu échoueront toujours à convertir et à transformer. Pourtant la vérité, c’est que la résurrection a eu lieu. Et nous savons qu’elle a eu lieu parce que quelques personnes ont écouté et accepté que leur vie soit transfigurée, entraînant la transfiguration des vies d’autres personnes autour d’elles. Il y a cinq ans, j’écrivais que frère Roger avait été l’une des rares personnes à vraiment changer le climat de la culture religieuse, non par l’exercice de la force ou d’une popularité facile, mais par la pratique, tout au long de sa vie, d’une autorité venant du Christ qui se manifestait dans l’humilité et l’accueil envers tous, l’autorité d’un frère et non d’un dirigeant.
Frère Roger est une preuve de la résurrection. La mort est réelle et apparemment puissante dans notre monde, par la guerre et la maladie, et la mort de l’âme dans la cupidité et l’apathie. Mais la vie et la mort d’un homme comme notre frère nous dit que la mort est vaincue. Il y a une autre manière de vivre : savoir si elle conduit au confort, au succès ou à la sécurité selon les termes du monde est hors de propos. Ce qui importe, c’est qu’à travers cette vie nous voyons le Royaume de Dieu dans l’accueil sans défense et dans la générosité d’un témoin de la résurrection. À travers cette vie, nous voyons aussi combien un tel témoin crée la communauté, non seulement à Taizé mais à travers le monde.
Ainsi, nous continuons à célébrer frère Roger comme l’un de ceux qui nous donnent confiance dans la résurrection et nous poussent à vivre selon la résurrection. À la lumière de son témoignage, nous sommes rendus libres pour regarder les crises et les traumatismes de notre temps et pour nous souvenir que, bien que Moïse et les prophètes, si souvent, ne soient pas écoutés, et que le Seigneur lui-même soit crucifié, rien ne peut faire taire la Parole vivante, et la mort elle-même cède devant l’action et le don incessants du Christ ressuscité.
Je me souviens avec tant de joie de ma visite de l’an passé à peu près au même moment, et je vous soutiens tous d’une prière reconnaissante.
Le Secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale, Ishmael Noko
Cher Frère Alois, chers frères de la communauté,
En août prochain, la Fédération Luthérienne Mondiale, comme l’ensemble de la communauté chrétienne, va commémorer le cinquième anniversaire du décès du fondateur de la communauté de Taizé, Frère Roger. Sa disparition tragique a attiré notre attention sur la présence parmi nous des puissances de mort et de violence avec lesquelles Frère Roger était familier depuis son plus jeune âge.
En effet, c’est en pleine Seconde Guerre Mondiale qu’il fonda un lieu de refuge pour des affligés et des persécutés. Et une petite communauté de frères est devenue une figure de proue engagée pour la réconciliation et la construction d’une paix durable dans un monde alors déchiré par la haine et la destruction. Nous ne pouvons pas nous souvenir de sa mort violente sans être encore plus conscients qu’il a été le témoin d’une autre vision de la vie, basée sur une communion, par la prière, avec Dieu en Christ. L’engagement de Taizé pour la réconciliation, la paix et l’unité de l’humanité est plus actuel que jamais. Nous célèbrerons avec gratitude le 70ème anniversaire de sa mission qui interviendra quelques jours après l’anniversaire du décès de Frère Roger.
Dans les 70 dernières années, Taizé est devenu un point de rencontre majeur pour les jeunes de toute l’Europe et du monde entier. La communauté a offert aux chrétiens de partout une manière particulière de chanter qui nous unit. Dans cette musique, l’espoir de la communauté d’être un moyen et une anticipation de l’unité des chrétiens a trouvé une expression inattendue.
Aujourd’hui la simplicité, une autre des principales préoccupations de Frère Roger, prend un élan nouveau dans un monde globalisé. La vie exemplaire de Frère Roger dans la simplicité nous invite à examiner les questions de durabilité écologique de nos propres modes de vie. Son témoignage nous ramène aux racines du dessein de Dieu pour la création et pour l’humanité. Cet été, l’assemblée de la Fédération Luthérienne Mondiale réunie à Stuttgart, en Allemagne, va s’intéresser tout particulièrement, dans l’esprit de la prière du Notre Père, aux défis que représentent la justice alimentaire et le partage des ressources au sein de la communauté mondiale. Nous allons essayer de mettre ces questions sous les yeux de tous.
En nous souvenant de la mort tragique de Frère Roger voici cinq ans, nous sommes reconnaissants envers Dieu pour la vie de ce fidèle serviteur engagé pour l’unité chrétienne. Nous remercions également Dieu pour la vie de la communauté de Taizé, qui se poursuit, et nous vous offrons, sœurs et frères qui célébrez ces deux anniversaires, nos prières pour votre avenir, dans l’espérance.
Le Seigneur soit avec vous !
Le Secrétaire général de la Communion mondiale des Églises réformées, Setri Nyomi
La Communion mondiale des Églises réformées se réjouit avec la communauté de Taizé en ce moment très important.
Nous remercions Dieu pour la vie de Frère Roger et pour son intuition qui continue à être vivante. Son intuition continue à renouveler beaucoup de gens dans notre monde aujourd’hui - jeunes et moins jeunes. Il est bon que la commémoration des cinq ans de son brutal départ de ce monde ait lieu en même temps que le soixante-dixième anniversaire de la fondation de la communauté de Taizé. Cela montre bien que l’intuition que Dieu lui a donnée et qui a été soutenue par les nombreux frères de la communauté continue à être vivante.
Nous vous félicitons pour ce soixante-dixième anniversaire. Nous célébrons en particulier l’impact que la communauté de Taizé a sur des centaines de milliers de jeunes partout dans le monde. Taizé sait ce qui est proche du cœur de notre Seigneur Jésus-Christ : l’importance des jeunes générations. Nous prions pour que, célébrant 70 ans de vie et de rayonnement, vous puissiez vivre soixante-dix nouvelles années, et même davantage, de rayonnement continu dans notre monde brisé. Que Dieu renouvelle tous les membres de la communauté et tous les jeunes touchés par elle, et vous garde fidèles comme sources de renouvellement dans le monde.
Au nom de la Communion mondiale des Églises réformées, je vous félicite et je vous souhaite la bénédiction de Dieu.
Le Secrétaire général du Conseil Œcuménique des Églises, Olav Fykse-Tveit
Que la grâce, la miséricorde et la paix soit avec vous au nom du Dieu trinitaire – Père, Fils et Esprit Saint. De la part du Conseil Œcuménique des Églises, une association de 349 églises, je suis heureux d’envoyer nos salutations à tous les frères de la communauté de Taizé en cette occasion particulière.
L’ensemble des Églises membres du Conseil Œcuménique se réjouit avec vous au moment où vous célébrez le 70ème anniversaire de la fondation de la communauté de Taizé par frère Roger. Ce jalon motive la louange et l’action de grâces, la miséricorde et le pardon, le renouveau et la bénédiction. Le chemin des 70 dernières années a porté du fruit par l’inspiration et les bénédictions que le ministère de la communauté de Taizé a données au monde. La « parabole de la communauté » a été un service pionnier : elle a inspiré les Églises du monde entier, elle est un modèle pour leur participation aux besoins spirituels et matériels du peuple de Dieu et tout particulièrement des jeunes.
Nous savons qu’un tel jalon permet de rendre grâces pour le passé, recevoir la miséricorde et chercher le pardon. Et nous continuons à recevoir la miséricorde et à rechercher le pardon en particulier en célébrant la vie du cher frère Roger, qui nous a été enlevé si brutalement – lui qui, sans relâche, a donné sa vie pour témoigner de l’appel du Christ à l’amour et à la réconciliation. Nous nous souvenons de lui et nous luttons pour créer, selon ses propres termes, une « communauté où la bonté du cœur et la simplicité seraient au centre de tout. »
Ce jalon nous permet aussi de regarder vers l’avenir en Christ : chercher un renouveau de la communauté par la présence de l’Esprit Saint et demander la bénédiction divine sur le parcours des générations futures. La mission universelle de la communauté de Taizé a touché la vie de millions de personnes ; pourtant, beaucoup de travail reste à faire.
Ma prière la plus sincère, c’est que la mission et le témoignage de la communauté de Taizé continuent de renforcer la vie spirituelle et matérielle des gens ; ce sera alors une bénédiction, non seulement pour la communauté, mais aussi pour le monde et pour les Églises dans leur quête continuelle de l’unité visible et du témoignage commun au Christ.
De même que Dieu s’est tenu aux côtés de Paul, comme celui-ci l’a raconté à Timothée, Dieu se tient aux côtés et au sein de la communauté, fortifiant et guidant sa mission et son témoignage. Et par la grâce de Dieu, les Églises membres du Conseil œcuménique se tiennent également aux côtés de la communauté de Taizé dans la célébration, l’action de grâce et la prière.
L’Archevêque d’York, John Sentamu
Bien-aimé en Christ,
En cette fête de la Transfiguration, je vous salue très chaleureusement dans notre Seigneur crucifié, ressuscité et monté au ciel.
Votre communauté nous a enseigné à tous que le mouvement de l’âme qui s’éloigne du monde pour entrer dans la vie de Dieu est aussi le mouvement qui va jusqu’au cœur du monde. Vous avez renouvelé la contemplation de Dieu dans l’Église et par conséquent vous nous avez tous aidés à renouveler notre service attentionné envers le monde.
Votre communauté illumine pour nous l’Église, appelée à être une communauté qui parle au monde au nom de Dieu, et qui parle à Dieu du milieu des ténèbres et des frustrations du monde.
Votre prière d’intercession nous aide tous à participer à l’amour divin révélé à nous en Christ. Comme notre Seigneur nous l’a montré, la prière est l’essence même de l’œuvre de Dieu.
En cette fête de la Transfiguration, nous nous souvenons aussi des bombes atomiques lâchées sur Hiroshima et Nagasaki. Comme notre Seigneur a pénétré dans les profondeurs du monde qui était aliéné loin de Dieu et de sa présence, puissiez-vous, en suivant l’exemple de frère Roger, faire de même.
Soixante-dix ans de vie de la communauté ont créé une profonde fondation de pèlerinage et de confiance.
Avec tout l’amour et la bénédiction de Dieu.
L’archevêque anglican du Cap, Dr Thabo Cecil Makgoba
Chers frère Alois et frères de la Communauté de Taizé,
En ce moment où votre communauté célèbre son 70e anniversaire et en même temps le cinquième anniversaire de la mort tragique de frère Roger, je veux vous adresser mes salutations particulières et celles de l’Église anglicane d’Afrique du Sud.
Votre communauté nous rappelle toujours la totalité du message de l’Évangile, par son esthétique, sa bonté, son authenticité, et donc questionne profondément le manque de rythme dans le tourbillon des activités de nos vies.
Pour nous en Afrique du Sud, frère Roger, en particulier, est venu montrer le Christ incarné, non seulement en paroles, mais par sa présence auprès de nous dans des contextes socio-économiques variés. Cela nous a procuré de l’espérance dans les temps de l’apartheid et nous a guidés comme une étoile pour construire la confiance, des amitiés et le travail pour la justice. L’amitié et la joie entre frère Roger et mon prédécesseur, l’Archevêque émérite Tutu, quand de telles amitiés étaient peu communes à ce moment-là en Afrique du Sud, était une expression concrète de l’amour rédempteur du Christ.
Nombre de nos paroissiens continuent à tirer une formidable inspiration de la vie de votre communauté et de votre travail. Nous vous félicitons d’avoir établi récemment une fraternité à Nairobi, au Kenya. L’icône de l’amitié donnée à la délégation sud-africaine au Kenya en 2008 a voyagé à travers quelques communautés en Afrique du Sud et va continuer à nous inspirer alors que nous cherchons nous aussi à construire confiance, amitié et justice.
Que les célébrations de votre anniversaire soient joyeuses et en inspirent encore beaucoup plus à rencontrer Dieu en Jésus Christ dans le rythme et la beauté de votre liturgie.
Le Président de la Conférence des Évêques d’Allemagne, archevêque Robert Zollitsch
Bien cher frère Alois, Bien chers frères de la Communauté de Taizé,
Une des sources les plus importantes de la confiance, de l’espérance et de la paix en Europe a 70 ans : pour ces 70 ans de la fondation de la communauté œcuménique de Taizé, je vous félicite de tout cœur et vous transmets les meilleurs vœux et la bénédiction de la Conférence épiscopale allemande. Cet événement heureux est lié à la mémoire du fondateur et père de la communauté, frère Roger, qui, il y a cinq ans, le 16 août 2005, était victime d’un tragique attentat.
À travers les décennies, Frère Roger a marqué de son empreinte la communauté œcuménique de Taizé et lui a laissé en même temps un riche héritage. De nombreux chrétiens, en particulier les jeunes, sont attirés par Taizé. À Taizé ou pendant les rencontres annuelles dans une métropole européenne, ils sont inspirés par la spiritualité de Taizé et apprennent à mieux comprendre la Parole de Dieu et à en vivre. Ils sont fortifiés et encouragés par les frères de la communauté à s’engager chez eux, dans leurs pays, dans leurs communautés paroissiales, groupes et associations. Ainsi Taizé a un rayonnement énorme qui dépasse de loin un lieu particulier et qui fait briller l’Évangile de Jésus Christ de façon impressionnante.
Une des aspirations les plus profondes de frère Roger était l’œcumene. Il la poursuivait avec une clarté et une humilité qui faisaient de lui, de manière unique, un témoin de l’œcuménisme spirituel, et celui-ci, comme le dit le décret sur l’œcuménisme du IIe Concile du Vatican, est « le cœur de tout le mouvement œcuménique » (UR 8). Sans la prière et sans la contemplation, l’unité des chrétiens, tant voulue par le Christ, ne peut pas être rétablie, l’ancien prieur de Taizé en était profondément convaincu.
Lui-même de tradition réformée, et sans rompre avec elle, frère Roger avait trouvé peu à peu dans l’héritage de foi de l’Église catholique, de manière toute particulière, un enrichissement de sa foi. En lui-même il portait ces deux traditions vers une synthèse et pouvait faire sienne l’une sans pour autant se distancer de l’autre. Néanmoins ce cheminement personnel ne fut pas érigé en programme de la communauté. La conception de l’œcuménisme de la communauté se distingue tout particulièrement par le fait que l’ouverture œcuménique est liée à un enracinement dans sa propre tradition de foi. C’est ainsi qu’est soutenu de manière exemplaire le désir d’unité. Les chants de Taizé ne sont pas les derniers à conduire vers ce but : traduits en de nombreuses langues, ils constituent le lien d’une communion universelle qui transcende les barrières confessionnelles. Ainsi Taizé rend perceptible « la joie du ciel sur la terre ».
Dans le rapprochement paisible entre l’Est et l’Ouest, dans la construction de ponts sur un terrain souvent difficile, Taizé a aussi joué un rôle assez peu remarqué jusqu’à maintenant : si aujourd’hui nous pouvons célébrer en Allemagne les vingt ans de l’unité allemande, nous ne devrions pas oublier que la communauté de Taizé avait organisé en 1989 dans la ville de Pécs en Hongrie de Sud une rencontre, émouvante à bien des égards, pour des jeunes de toute l’Europe. À ce moment-là l’Europe était encore divisée, mais pendant les prières et les chants avec les frères de Taizé, la fin de la « guerre froide » semblait déjà perceptible. Des jeunes Allemands des deux parties du pays et des jeunes des pays voisins priaient pour une Europe unie. « L’espoir nous emplit », disait frère Roger un peu plus tard lors de la remise du Karlspreis à Aix-la-Chapelle. Quelques mois plus tard le mur tombait – un tournant paisible. Le hasard ? Nous, les chrétiens, nous parlons avec reconnaissance de la Providence.
Du sein des prières, des chants et des temps de silence de Taizé, où apparemment rien ne se passe, une force fascinante se développe. Dans notre époque moderne où à première vue, seule l’efficacité compte, Taizé en aide beaucoup à garder un esprit ouvert pour l’admiration et l’adoration. Dans un temps où beaucoup voudraient tout avoir, et immédiatement, à Taizé et lors des rencontres organisées par la communauté, on s’exerce à l’attente : être là tout simplement, s’agenouiller, reconnaître que Dieu est présent.
Je souhaite à la communauté de Taizé la bénédiction de Dieu pour son action à venir. L’Église a besoin de votre engagement convaincu et convaincant pour qu’un nombre croissant de personnes puissent s’enthousiasmer pour le message de l’Évangile – et surtout la jeune génération.
Le président de la Conférence épiscopale des Pays-Bas, Mgr. van Luyn
Cher Frère Alois, Chers Frères,
Avec cette lettre, nous tenons à vous féliciter pour le 70e anniversaire de la communauté œcuménique de Taizé. Les évêques des Pays-Bas sont reconnaissants de la contribution importante de votre communauté au témoignage chrétien et à l’œcuménisme, en particulier en Europe. Dans votre témoignage, votre communauté inspire surtout beaucoup de jeunes, aussi de notre pays, et votre communauté leur montre le chemin du Christ. La spiritualité authentique de Taizé, qui est enracinée dans les diverses traditions chrétiennes, apporte au mouvement œcuménique l’approfondissement et l’enrichissement.
Qui dit Taizé parle également du fondateur inoubliable de votre communauté, Frère Roger Schutz. Le souvenir de sa vie, entièrement consacrée à l’unité et à la réconciliation, constitue pour nous un appel permanent à nous approprier la prière du Christ pour ses disciples : « que tous soient un » (Jn. 17,21). Nous adhérons pleinement aux paroles du Pape Benoît XVI « que son témoignage d’un œcuménisme de la sainteté nous inspire dans notre marche vers l’unité. »
Dans cette année jubilaire, nous nous réjouissons avec confiance et gratitude du Pèlerinage de confiance, qui sera célébré cette année à Rotterdam. Nous prions que ce pèlerinage puisse réconforter et inspirer beaucoup de jeunes, aussi aux Pays-Bas. Nous accueillerons à bras ouverts votre communauté à la fin de cette année. Nous vous assurons de notre solidarité avec vous dans la prière.
Le président de la communauté des Églises chrétiennes dans le canton de Vaud, pasteur Martin Hoegger
En ce 70e anniversaire de la communauté de Taizé, j’aimerais dire toute ma reconnaissance envers Dieu, qui a fait jaillir ici une source pour renouveler l’Eglise.
A chaque fois que je reviens de Taizé, que ce soit seul ou en accompagnant des jeunes, je suis tout imprégné du climat spirituel vécu dans ce lieu béni.
C’est une source où j’aime retourner régulièrement. Des jeunes y affluent de toute l’Europe, à la recherche d’un sens à leur vie. Avec une grande générosité, les frères ont voulu répondre à leur quête. Ils se sont demandé comment rendre accessible cette source d’une rencontre avec Dieu ?
La réponse est dite d’abord par leur vie. Je suis frappé par la grande simplicité des frères et de ceux qui les aident : jeunes qui donnent une semaine, un mois, une année pour vivre avec eux. Les trois mots « Simplifie ta vie » revenaient souvent sous la plume de Frère Roger. La bonté et la joie qui se lisent sur les visages en disent aussi long sur cette source intérieure qui irrigue les vies.
Les frères de Taizé nous aident à chercher cette source. Par les trois temps de prière qui rythment leur journée, ils nous aident à être vrais, à découvrir que Dieu existe et qu’il n’est qu’amour. La prière que l’on découvre à Taizé est quelque chose de simple et de personnel. Par les chants et les moments de silence, je ressens une grande paix intérieure, que je n’ai pas tous les jours.
A Taizé, Jésus crucifié et ressuscité est aimé. Et cela me semble être le cœur de ce qui s’y vit et a une grande importance pour l’œcuménisme. C’est ce Dieu d’amour qui y est adoré et on n’en connaît pas d’autre. Chaque vendredi on fête sa croix, où il a pris sur lui tout le négatif du monde et de nos vies. Chaque dimanche est une fête de Pâques, précédée dans la nuit du samedi par une célébration de la lumière, où l’Eglise s’illumine de la flamme de mille bougies. Chaque flamme est le signe de la présence de Jésus ressuscité en nous et au milieu de nous, « lumière intérieure », plus forte que nos ténèbres, comme le dit un beau chant.
On a dit que Taizé est « une parabole de la communauté ». Ce qu’on y vit peut se vivre ailleurs, partout. Aujourd’hui l’Esprit Saint suscite précisément des communautés ou des mouvements pour renouveler l’Eglise. A Taizé je découvre un visage de l’Eglise qui me plaît et que j’aimerais vivre dans mon Eglise et entre les différentes Eglises. Une Eglise qui se rajeunit en vivant un Evangile de simplicité et de bonté ; une Eglise qui va puiser à la source cachée sous le feuillage de l’arbre de la Croix.
La grande rencontre du « Pèlerinage de confiance » dans notre région, il y a trois ans, nous en avait donné un avant-goût. Merci aussi de nous le donner, depuis quelques années, lors des célébrations à la Cathédrale de Lausanne, où nous aurons la joie à nouveau de prier avec vous en novembre prochain.
En pensant à Taizé, ces mots de Jean de la Croix, par lesquels j’aimerais conclure, me reviennent : « Je sais une source qui jaillit et s’écoule, Mais c’est au profond de la nuit. Cette source éternelle, elle reste cachée ; mais je n’ignore pas d’où elle prend naissance ».
