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Taizé-Strasbourg

Messages reçus pour la rencontre

Le Pape François
Le Patriarche oecuménique Bartholomée
Le Patriarcat de Moscou
L’Archevêque de Canterbury, Justin Welby
Le Secrétaire Général de la Fédération luthérienne mondiale, Rev. Martin Junge
Le Secrétaire Général de la Communion mondiale d’Églises réformées, Rev. Setri Nyomi
Le Secrétaire général du Conseil Œcuménique des Églises, Rev. Olav Fykse-Tveit
Le Secrétaire Général des Nations Unies, M. Ban Ki Moon
Le Président du Conseil européen, M. Herman van Rompuy

Le Pape François

Chers jeunes,

Rome se souvient avec joie de votre rencontre européenne de l’an dernier et surtout de la très belle prière qui a rassemblé avec le Pape Benoît XVI des milliers de jeunes sur la Place Saint-Pierre. Le Pape François se sent proche de vous qui êtes maintenant réunis à Strasbourg et dans les villes et villages de l’Alsace et de l’Ortenau : une terre lacérée par des guerres qui ont fait d’innombrables victimes, mais une terre qui porte aussi une grande espérance, celle de la construction de la famille européenne. En ayant lieu simultanément dans deux pays, votre rencontre est un signe. L’Europe qui a traversé et traverse encore des moments difficiles, a besoin de votre engagement, de votre foi de votre courage.

Vous êtes ensemble pour « chercher la communion visible de tous ceux qui aiment le Christ ». C’est le projet que vous vous êtes fixé pour les rencontres à Taizé an long de l’année 2014. Vous êtes conscients que la division entre chrétiens constitue un obstacle de taille pour la réalisation de la mission qui a été confiée à l’Église et que « la crédibilité de l’annonce chrétienne serait beaucoup plus grande si les chrétiens dépassaient leurs divisions » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 244). Le Pape partage avec vous cette conviction que nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres, car les réalités qui nous unissent sont nombreuses.

Le Pape compte sur vous pour qu’à travers votre foi et votre témoignage, l’esprit de paix et de réconciliation de l’Évangile rayonne parmi vos contemporains. Du fond du cœur, il vous donne sa bénédiction, à vous jeunes participants à la rencontre, aux frères de Taizé, ainsi qu’aux pasteurs et à toutes les personnes qui vous accueillent en Alsace et en Ortenau.

Le Patriarche oecuménique Bartholomée

Chers jeunes,

Depuis plusieurs décennies, des générations de jeunes se sont retrouvées pour témoigner ensemble de leur foi commune dans le Christ notre Sauveur. Se rencontrer implique un double mouvement. Il s’agit de donner et de recevoir, d’aller au devant de l’autre et d’accepter que notre prochain puisse nous transmettre quelque chose de nouveau. Certains sont plus prompts à partager. D’autres savent accueillir avec une joie authentique. Le lien entre ces deux gestes doit être nourrit par le remerciement. En effet, dire merci n’est pas une simple formule de politesse que l’on apprend dans sa jeunesse et que l’on répète ensuite sans avoir conscience de la profondeur et de la richesse théologique de ce mot.

Dire merci constitue une manière eucharistique de rendre grâce et doit être la marque des chrétiens. Dans l’Eglise orthodoxe, l’eucharistie est un événement central de la vie en Christ, en tant que nous sommes incorporés au mystère de l’Eglise par lui. Nous offrons le pain et le vin, comme le fruit de notre travail et les recevons en corps et sang du Christ. Pour Saint Nicolas Cabasilas, le cœur du mystère eucharistique réside dans le sacrifice non sanglant qui transforme des éléments matériels en viatique de la vie éternelle. En définitive, toute la vie du Christ est une eucharistie se prolongeant dans la vie de l’Eglise et à laquelle nous devons prendre part. Lorsque nous scrutons les Saintes Ecritures, nous voyons combien toute chose accordée par Dieu pousse à rendre grâce jusque dans les afflictions les plus terribles. Du haut de la croix, le Christ s’offre pour la vie du monde. Il ne s’agit pas de dire merci pour ses malheurs, mais de demander que nous soit accordée la force de l’Esprit Saint. Si nous prions en remerciant Dieu, alors le Christ priera son Père pour qu’un Paraclet nous soit accordé. « C’est lui l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d’accueillir par qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas. Vous vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous. » (Jn14, 17)

Permettez-nous de vous présenter nos plus chaleureuses salutations et de vous féliciter à l’occasion de la 36e rencontre européenne de jeunes à Strasbourg. Nous prions pour qu’elle apporte à chacun d’entre vous la grâce de l’unité qui soutient la vie de l’Eglise et que vous soyez de dignes ouvriers du rapprochement entre les chrétiens.

Le Patriarcat de Moscou

Cher frère Alois ! Chers frères et soeurs !

Je vous salue cordialement de la part de Sa Sainteté le Patriarche Kirill de Moscou et de toute la Russie, et je vous souhaite une fête joyeuse de la naissance de notre Seigneur Jésus-Christ.

Selon une bonne tradition, les rencontres européennes de jeunes ont lieu dans la période entre Noël et Nouvel An. Cela leur donne un sens spécial, empli de la lumière et de l’espérance d’un avenir plus juste et heureux.

Nous vivons ensemble dans un monde qui change rapidement et qui, grâce aux découvertes scientifiques et à l’introduction des nouvelles technologies, devient de plus en plus marqué par une globalisation. Mais devient-il aussi par là plus uni ? Malheureusement, nous observons que le rapprochement extérieur amène à des hostilités et à des conflits entre le Nord riche et le Sud pauvre, entre couches sociales, entre représentants des différentes religions. Cela nous renforce dans l’idée que l’unification de l’humanité sur la base d’intérêts purement économiques est irréalisable. Mais ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. Le Fils de Dieu naît à Bethléem pour restaurer l’unité de l’être humain avec Dieu. Comme l’exprimait le bienheureux Macaire le Grand, le Christ transforme ceux qui L’aiment « en des hommes nouveaux, des nouvelles outres pour y verser le vin nouveau, c’est-à-dire l’Esprit » (Conversation 44). Dans le Fils de Dieu nous accueillons l’Esprit de l’adoption filiale universelle, l’Esprit de fraternité, l’Esprit de paix qui surmonte toutes les différences nationales ou sociales.

Que la participation à la rencontre annuelle des jeunes de l’Europe vous « enracine plus profondement dans le Christ et vous affermisse dans la foi » (Col 2:7). Comme les disciples bien-aimés du Christ, soyez les témoins de Son amour qui a vaincu l’hostilité de ce monde en aidant ceux qui sont proches et ceux qui sont lointains, en soutenant tous ceux qui en ont besoin.

Que Dieu fasse que l’année à venir soit, dans la vie de nos Églises et de nos peuples, et dans les relations entre les personnes, plus empreinte de la miséricorde chrétienne et de l’unité spirituelle.

Que la bénédiction de Dieu demeure avec vous tous.

Avec amour dans le Seigneur,

Hilarion
Métropolite de Volokolamsk,
Président du Département des relations ecclésiales extérieures
du Patriarcat de Moscou

L’Archevêque de Canterbury, Justin Welby

Début novembre, lors de l’Assemblée du Conseil œcuménique des Églises en Corée du Sud, frère Alois a rencontré le nouvel Archevêque de Canterbury. Celui-ci s’est montré chaleureux et attentif à l’accueil que la communauté de Taizé offre aux jeunes. Il a ensuite envoyé son message de Nouvel An à l’intention des jeunes réunis à Strasbourg :

Cet été, une entreprise très connue de boissons gazeuses a lancé sa dernière campagne de marketing. Elle a imprimé des bouteilles avec des noms de personnes et nous étions ainsi invités à partager un verre avec des amis spécifiques. C’était du marketing de génie. Les noms choisis étaient les 250 noms les plus populaires. Il y avait même une bouteille avec « Justin ».

Dans le monde occidental, les sociétés qui veulent que nous achetions leurs produits ont de plus en plus tendance à nous cibler personnellement. Les magasins et sites internet ont développé des moyens hautement spécialisés de nous traiter spécifiquement en tant qu’individus. De cette façon, ils espèrent que nous nous sentions distingués de la foule, choisis personnellement, et pensions qu’ils nous offrent exactement ce qu’il nous faut. Et il semble que cette tendance de marketing personnalisé va continuer à croître dans les prochaines années.

Il y a ceux qui pensent que le principal défi pour l’Église est de se mettre au diapason de ces techniques de marketing ; d’employer des stratégies similaires pour essayer de placer notre produit.

Je suis de tout cœur engagé à proclamer efficacement la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Je suis passionné par l’apprentissage et l’étude de stratégies pour que nous employions des méthodes fructueuses pour que les gens répondent à la Bonne Nouvelle. Cependant nous n’avons pas un produit. Nous ne poussons pas de marchandise. Notre passion, c’est Jésus-Christ. Il n’est pas une chose ou un paquet. Il existe, Il est Celui qui est le plus vivant, le plus réel, le plus vrai. Et cette nouvelle année, Il nous invite, nous appelle, nous enjoint à venir vers Lui.

Quand nous disons que l’Évangile est la réponse de Dieu à la condition humaine, nous ne parlons pas d’un système de doctrine ou de croyances, ni d’une stratégie de gestion de la vie interne ni de commandements de comportement. Nous parlons de la vie devant, avec, par et pour Jésus-Christ. Il est Lui-même l’Évangile, et chaque facette de Sa vie a un lien avec chaque partie de nos vies.

Alors que nous portons nos regards vers l’année qui vient, nous pourrions être pleins d’espoir quant à ce qu’elle pourrait nous réserver, ou éprouver du désespoir face à ce qui pourrait nous arriver – ou ne pas nous arriver. Quand nous regardons en arrière, nous pourrions ressentir de la nostalgie pour le passé, ou de la crainte que l’avenir soit aussi mauvais. Quel que soit le passé, et ce qui est en face de nous, nous ne devons vivre ni dans le passé ni dans l’avenir, mais dans le présent. Nous pouvons penser que le moment le plus important pour nous spirituellement est dans le passé, qu’il n’y aura plus jamais des moments comme celui-là. Ou il se pourrait que nous pensions que le moment le plus important pour nous spirituellement est assez loin dans le futur. Mais ce n’est ni l’un ni l’autre. Le moment le plus important est maintenant.

C’est parce que Jésus-Christ se tient devant nous au début de cette nouvelle année comme Celui qui nous a aimés de toute éternité. Il nous connaissait avant même que nous ayons un nom, Il connaît non seulement notre nom, Il connaît notre passé et notre avenir, et choisit, ici et maintenant, en ce moment même, d’entrer en relation avec nous parce qu’il est le Dieu qui est pour nous. Et parce qu’Il est vivant et divin Il sait exactement qui nous sommes, exactement où nous en sommes, et exactement ce dont nous avons besoin. L’ironie de la campagne publicitaire résidait dans le fait que ses auteurs voulaient faire passer cette boisson comme destinée spécifiquement à la personne mentionnée sur l’étiquette. Mais en fait c’était exactement la même boisson pour tout le monde. Jésus-Christ nous désaltère et satisfait notre faim avec une nourriture et une boisson faites exprès pour nous.

Alors, aujourd’hui, venez à Lui. Demain décidez de venir à Lui. Nous ne pouvons pas sans cesse tenter de nous fabriquer nous-mêmes. Mais nous sommes tous les jours faits à nouveau en lui. Entrez vraiment totalement en relation avec Jésus, et permettez à Jésus-Christ d’entrer en relation avec votre être tout entier.

Puissions-nous vivre chaque jour de l’année qui vient pour Lui et par Lui. Suivons-Le cette année, Lui qui était, qui est et qui vient. Demandons-Lui tous les jours de vivre Sa vie en nous - de sorte que tout le monde puisse voir que la meilleure chose que l’on puisse faire, c’est de rencontrer de Jésus Christ.

Le Secrétaire Général de la Fédération luthérienne mondiale, Rev. Martin Junge

Chers participants à la rencontre européenne de Strasbourg,

Je vous envoie beaucoup de salutations de la Fédération luthérienne mondiale et du Bureau de Genève, en Suisse.

Quel joyeux rassemblement : car en marchant et en parlant, en priant et en chantant ensemble dans les prochains jours vous avancerez ensemble vers une nouvelle solidarité.

La solidarité avec les personnes pauvres et vulnérables, qui sont celles qui souffrent le plus dans une situation de crise, est un appel qui nous est adressé à nous chrétiens.

Les jeunes de la Fédération luthérienne mondiale ont aussi reconnu cet appel à la solidarité comme un fruit de la foi. En participant en novembre 2013 à la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique et en écoutant l’appel désespéré d’un délégué des Philippines, qui a appelé à un changement réel dans le comportement, l’attitude et les politiques, afin de stopper le changement climatique, ils ont accueilli son appel à jeûner avec lui pour le changement. Ces jeunes ont commencé eux-mêmes à jeûner et ont invité d’autres chrétiens à être solidaires de ceux qui sont les plus touchés par les événements météorologiques extrêmes et le changement climatique, et de plaider en leur faveur.

Jeûner nous permet d’abord et avant tout de rencontrer Dieu. Au milieu du rythme effréné de la vie quotidienne, nous prenons du recul, nous prions et réfléchissons. Nous ouvrons nos cœurs, nos esprits, nos yeux et nos mains afin de devenir plus conscients de l’amour de Dieu qui nous cherche, nous répond et veut être proche de nous.

Et puisque le Christ nous apprend à reconnaître Dieu en ceux qui souffrent, le jeûne nous permet aussi de nous rapprocher de ceux qui souffrent. Par la sensation concrète de la faim, le jeûne nous met physiquement en solidarité avec les victimes des événements climatiques extrêmes et leur faim de nourriture, de moyens d’existence garantis et de changement. Le jeûne enlève la grande distance d’espace et de temps qui nous sépare les uns des autres, distance qui a même le pouvoir de perturber les liens de solidarité dont nous sommes tissés comme famille humaine. Ainsi le jeûne permet à la réalité de ceux qui souffrent du changement climatique de pénétrer dans notre réalité. Avec notre corps tout entier, nous passons de la simple déclaration de solidarité avec les autres à une solidarité réelle avec eux d’une manière bien plus profonde.

Beaucoup d’autres organisations religieuses appellent maintenant ensemble à un « Jeûne interreligieux pour la justice climatique ». En priant, en jeûnant et en agissant nous sommes en solidarité spirituelle les uns avec les autres.

Il débutera le 1er janvier 2014 et se poursuivra jusqu’à la prochaine Conférence des Nations Unies sur le changement climatique qui commencera le 1er décembre à Lima au Pérou.

Lors de cette rencontre européenne, vous serez à la recherche de la communion visible entre tous ceux qui aiment le Christ. Prier, se recueillir et être solidaires les uns des autres ouvre certainement de nouvelles voies vers l’autre.

Nous vous souhaitons, dans l’esprit de ce cheminement ensemble vers un monde plus juste et plus pacifique, une rencontre européenne bénie à Strasbourg. Merci pour votre témoignage ! Nous prions pour vous !

Le Secrétaire Général de la Communion mondiale d’Églises réformées, Rev. Setri Nyomi

C’est avec joie que je vous salue au nom de la Communion mondiale des Églises réformées - une famille d’Églises de plus de 80 millions de chrétiens présents dans 108 pays.

Vous vous rassemblez à un moment où nous sommes dans l’esprit de la célébration de la naissance de notre Seigneur Jésus-Christ, qui a prié pour que ses disciples soient un. Il est donc très significatif d’avoir cette rencontre sous le thème « Chercher la communion visible de tous ceux qui aiment le Christ ». Nous prions pour que, quelle que soit votre origine, cette rencontre vous inspire à faire votre part pour favoriser l’unité entre tous ceux qui aiment le Christ.

Ceux qui aiment le Christ aiment se réunir pour prier avec d’autres, célébrer notre commune appartenance et faire tous les efforts pour surmonter les divisions. Ceux qui aiment le Christ aiment aussi être partenaires avec Lui pour faire de ce monde un monde meilleur. Cela inclut un regard critique sur tout ce qui a conduit à l’injustice dans le monde et ce qui rend difficile pour un grand nombre de personnes l’expérience de la plénitude de la vie pour laquelle notre Seigneur Jésus-Christ est venu. Beaucoup - chrétiens et non-chrétiens - vivent dans des situations difficiles et souffrent des conséquences de l’injustice économique, de l’injustice raciale ou du sexisme. Pourtant, puisque nous vivons d’une même appartenance, nous sommes appelés à célébrer cette commune appartenance. Les questions à méditer comprennent : Comment pouvons-nous vivre de telle manière que nos vies et nos actions démontrent que nous prenons soin de nos frères et sœurs dans de telles situations ? Comment nos vies et nos actions peuvent-elles aider à apporter la guérison aux millions de personnes qui souffrent ? Comment les chrétiens de différentes confessions peuvent-ils exprimer leur unité dans le Christ, prier et agir ensemble pour la transformation du monde ?

Nous remercions Dieu pour la communauté de Taizé qui rassemble des jeunes à la fin de chaque année et pour l’impact de la communauté à travers le monde. Nous prions pour la rencontre de cette année à Strasbourg.

Que Dieu vous bénisse tous !

Le Secrétaire général du Conseil Œcuménique des Églises, Rev. Olav Fykse-Tveit

Par la tendre compassion de notre Dieu, l’Aube d’en haut nous a visités, pour apporter la lumière à ceux qui sont dans les ténèbres et l’ombre de la mort, pour guider nos pas sur le chemin de la paix. (Luc, 1, 78-79)

Cher frère Alois,

J’ai le grand plaisir d’adresser un message au nom du Conseil Œcuménique des Églises (COE) aux milliers de jeunes qui vont se retrouver pour prier et vivre ensemble lors de la 36e Rencontre européenne de Taizé qui aura lieu à Strasbourg du 28 décembre au 1er janvier. Nous sommes inspirés par le travail de Taizé tout autour du monde. Vos prières et vos chants nous pénètrent dans un esprit de solidarité.

Le COE est une communauté de 349 Églises orthodoxes, anglicanes, protestantes et Églises unies représentant 560 millions de chrétiens dans plus de 100 pays, qui confessent le Seigneur Jésus Christ comme Dieu et Sauveur selon les Écritures, et s’efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation pour la gloire du seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. C’est une communauté d’Églises sur le chemin de l’unité visible en une seule foi exprimée dans la célébration et dans la vie commune en Christ. Notre communion cherche à progresser vers cette unité, comme Jésus a prié pour ses disciples, « afin que le monde croie » (Jean 17,21).

Le thème de notre 10e Assemblée générale en Corée du Sud, à Busan, du 29 octobre au 9 novembre 2013, « Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix », en dit long sur ce que le COE est et ce qu’il cherche à atteindre.

Nous vivons à une époque où nous apprenons que la solidarité peut conduire à la justice et à la paix, quand nous honorons des personnes comme l’ancien président Mandela. Nous vivons à une époque où le manque de solidarité et de justice conduit à des conflits qui détruisent les espoirs des jeunes, en outre nous vivons aussi dans un temps où la présence chrétienne dans de nombreuses parties du monde est confrontée aux ombres de l’obscurité et de l’incertitude ; où les églises et lieux de culte sont attaqués et détruits, les gens kidnappés ou tués en raison de leur identité religieuse, ethnique ou culturelle. Nous vivons à une époque où la vie et la dignité humaine sont menacées par le manque de tolérance, le manque d’amour et de compréhension ; une époque où des millions de familles sont déplacées, des jeunes sont au chômage, des enfants sont privés d’une saine alimentation, de services de santé et d’éducation, à cause des guerres, des conflits, des crises économiques et des catastrophes naturelles.

Dans ce contexte, la solidarité chrétienne à la lumière de la croix du Christ devient non seulement une réponse, mais un impératif et une base pour toutes les relations et actions œcuméniques. C’est dans cette solidarité avec le monde gémissant que nous prions, « Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix. »

Dieu en Jésus-Christ est solidaire de ceux qui ont moins, de ceux qui sont dans la douleur, qui sont en deuil. Suivre Jésus Christ signifie faire de même. Jésus est devenu lui-même une victime de l’injustice et de la violence. Son chemin vers Golgotha est devenu un moyen de démanteler et de révéler les mensonges, la faiblesse humaine, l’injustice et le péché dans ses multiples dimensions. Après la résurrection, ce chemin peut être considéré comme un sacrifice pour le péché, une fois pour toutes, pour nous tous, pour apporter une aube de pardon, de réconciliation, de justice et de paix reçue de la tendre compassion de notre Dieu. Être baptisés en Christ, signifie prendre part à la croix et à la résurrection, ce qui nous donne le courage d’espérer dans la vie et dans la mort.

Les jeunes ont un rôle particulièrement important à jouer dans le pèlerinage pour la justice et la paix. Le contexte social et politique actuel témoigne d’un changement du rôle des jeunes, qui, de bénéficiaires passifs deviennent des dirigeants actifs. Il en va de même de la vie des Églises et du mouvement œcuménique. Sans la participation active des jeunes dans le développement, l’exploitation et la mise en œuvre de programmes visant à créer unité et situations paisibles, les efforts pour le changement social ne parviendront pas à susciter les actions de transformation nécessaires. Nous reconnaissons la force des jeunes comme agents du changement social et dirigeants au sein du mouvement œcuménique. Les jeunes sont le présent de nos paroisses et de nos sociétés, et pas seulement le futur. En travaillant ensemble et nous renforçant mutuellement dans le pèlerinage pour la justice et la paix, nous développerons des mécanismes qui correspondent à l’esprit pro-actif et dynamique des jeunes.

Enfin, je voudrais souligner le fait que votre propre rassemblement aujourd’hui à Strasbourg est un signe d’espérance, une image vivante de la communion chrétienne et un reflet de la solidarité chrétienne. Puissent vos prières et réflexions vous rendre plus proches dans la communion afin de vivre l’unité à laquelle Dieu nous appelle. Que votre rassemblement soit inspiré par l’amour de notre Seigneur Jésus-Christ et inspire d’autres jeunes qui sont à la recherche de l’unité, de la paix et de la réconciliation.

Le Secrétaire Général des Nations Unies, M. Ban Ki Moon

Je suis heureux d’adresser mes salutations à tous les participants à la 36e rencontre européenne de jeunes organisée par la communauté de Taizé.

Vous vous réunissez à un moment à la fois d’opportunités et de risques pour la famille humaine. Nous avons la capacité de mettre fin à l’extrême pauvreté – mais les gens et la planète sont confrontés aux pressions croissantes du réchauffement climatique, de la montée des inégalités et de l’exploitation dans les mines, dans les campagnes et dans les usines.

L’Organisation des Nations Unies travaille tous les jours, 24 heures sur 24, à travers le monde, pour affronter les urgences d’aujourd’hui tout en bâtissant les fondations de la paix pour demain. Nous nourrissons les affamés, luttons contre les maladies et exerçons des pressions pour un monde exempt d’armes nucléaires. Nous renforçons le maintien de la paix, la consolidation de la paix et la diplomatie préventive ainsi que nos outils pour la justice et la responsabilisation. Nos regards sont également fixés sur l’année clé 2015 : date limite pour réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement, pour parvenir à un accord sur le changement climatique et pour adopter une vision audacieuse pour la période au-delà de 2015, qui fera progresser la croissance économique, le progrès social et la gérance de l’environnement.

Ces plans sont ambitieux. Nous avons besoin de gens pour les rendre concrets, en particulier des jeunes. Vous faites partie de la jeune génération la plus nombreuse de l’histoire – et vous avez une occasion historique d’imprimer une marque sur notre monde.

La technologie a mondialisé les communications. Maintenant nous devons mondialiser la compassion et la citoyenneté. Dans un monde plus connecté, nous devons être plus unis. Avec nos destins de plus en plus imbriqués, notre avenir doit être celui de la coopération toujours plus profonde et plus large. C’est la logique globale de notre temps.

Je compte sur vous pour faire avancer nos objectifs communs de paix, de développement et pour les droits humains.

Je vous prie d’accepter mes meilleurs vœux pour une rencontre pleine de sens.

Le Président du Conseil européen, M. Herman van Rompuy

Très cher Frère prieur et vous toutes et tous unis en Jésus-Christ,

Dépasser les séparations, réconcilier tous les chrétiens dans une seule Eglise : tel est le thème de votre rencontre de cette année. Thème qui, pris dans son acception plus globale, est celui de l’unité dans la diversité ; je dirais même de l’unité par et grâce à la diversité. Thème dont l’Union européenne a fait sa devise car il est au cœur de la construction et du développement du projet européen. Thème qui rassemble les chrétiens autour d’une personne, d’une parole, d’un message et d’un livre.

D’un livre, ou plutôt de livres au pluriel, car la Bible n’est pas totalement identique, dans son contenu, pour chaque confession chrétienne. Ni intégralement pour ce qui est de son contenu, ni pour ce qui relève de son contenant, ou, pour le dire à l’aide d’un autre mot, de son interprétation. Et c’est aussi cela qui fait sa richesse et la richesse des textes que la Bible englobe : car c’est dans la discussion des textes fondateurs, dans le principe de quête permanente du sens, que se situe la diversité qui nous enrichit. Voilà pourquoi la démarche entamée depuis maintenant trente-six rencontres européennes par votre communauté me plaît tant.

Car "Taizé" c’est l’opposé du fondamentalisme. Fondamentalisme qui consiste à s’enfermer dans un texte, dans une interprétation dite littérale d’un texte. Il est d’ailleurs grand temps de réhabiliter la nécessité d’une lecture plus fouillée, plus intelligente, et ceci de quelque livre ou texte que ce soit. Une lecture qui affirme que chaque texte peut dire plus que ce qu’il semble dire explicitement. Une lecture ouverte, à l’image de la diversité des confessions chrétiennes.

"Taizé" a pour synonyme l’ouverture vers l’autre et vers les autres. Ouverture qui requiert de pouvoir et de vouloir remettre ses certitudes en question ; de mettre ses convictions à l’épreuve des opinions des autres. Bref, ouverture qui requiert une certaine culture et un désir de se cultiver par et grâce à la société des autres. Des autres et de l’autre ; de notre prochain. L’image de Dieu, c’est l’autre.

Et "Taizé" c’est aussi l’unité des confessions chrétiennes. Une unité que je qualifierais de spirituelle, au travers d’une même quête. Le mouvement vers l’unité dans la diversité s’effectue d’ailleurs essentiellement du dedans. Il y a donc "unité transcendante" des confessions religieuses chrétiennes (et, au-delà, des traditions religieuses véritables), unies par leur "noyau dur" autour du Christ et de son message. Et toutes les confessions chrétiennes partagent une expérience spirituelle fort semblable, même si le langage de leurs traditions diffère ici ou là pour l’exprimer. Voilà pourquoi nous ne prions pas ensemble mais nous sommes ensemble dans la prière.

En conclusion de ce message, je vous souhaite, comme nous l’a enseigné Nelson Mandela, de "combler l’abîme qui sépare" et de "construire ensemble", au sein d’une même église au sens étymologique du mot, d’une même "assemblée", d’une même "communauté". Je vous souhaite des rencontres portées par la prière et par l’esprit des autres et de L’Autre.

Dernière mise à jour : 30 décembre 2013