Avent 2008
Un des frères de la communauté a été au Cambodge à la fin de l’année dernière. Il écrit :
Commencer l’Avent au Cambodge avait quelque chose de très significatif : être ensemble et prier avec ce peuple qui a attendu si courageusement la paix et la liberté.
Le samedi, les jeunes de tout le diocèse de Phnom Penh, rejoints par un bon groupe de Kompong Cham, se sont réunis à la paroisse St Joseph de Psar Toey à Phnom Penh. Une petite équipe des jeunes ayant passé trois mois à Taizé animait la rencontre. Un frère de la communauté a introduit la « Lettre à ceux qui veulent suivre le Christ » écrite par frère Alois. Les petits groupes ont ensuite réfléchi ensemble, puis ils ont apporté le fruit de leur réflexion reproduit de manière artistique sur un grand tissu de soie cambodgienne qu’ils ont confié au frère pour qu’il le rapporte à Taizé.
Après un repas pris en commun, une prière ouverte à tous s’est déroulée à l’église. Près de 500 personnes sont ainsi entrées dans l’Avent. Au cours de la prière, les jeunes déposaient une bougie au pied de la croix, et il était clair que c’était un geste d’offrande.
À Phnom Penh, comme ensuite à Battambang, une visite de l’extérieur donnait l’occasion de réunir des jeunes et moins jeunes qui autrement, dans la vie de tous les jours, ne se rencontreraient pas. La « Lettre de Cochabamba » a été lue ensemble par les jeunes, adultes, sœurs et prêtres, puis méditée en silence. Ensuite, un partage a permis un échange en profondeur alors que dans la vie quotidienne, chacun est dévoré par les tâches immédiates.
La veille, un jeune venu à Taizé avait préparé la liturgie de la messe du soir sous une forme très méditative. Au moment de l’offertoire, tous apportaient des bâtons d’encens qu’ils déposaient dans un grand pot de grès au pied de la croix.
Lumière d’espérance

Pendant le mois de novembre, frère Alois, accompagné d’un autre frère, a voyagé en Asie, pour visiter les frères qui vivent en Corée, et pour animer des rencontres de jeunes dans plusieurs pays. Au cours de ce voyage, frère Alois a tenu à faire étape au Cambodge, où les chrétiens ont été durement réprimés durant une période sombre de l’histoire récente. Les frères ont visité les trois diocèses du pays, en allant à Kompong Tom et de là à Kompong Cham, puis à Phnom Penh.
Le 29 novembre, plus de 600 jeunes étaient présents pour une prière à la paroisse Saint-Joseph de Phnom Penh, au cours de laquelle le prieur de Taizé a exprimé sa « grande joie » de venir prier dans la capitale du Cambodge. Méditant sur la phrase du Christ « vous êtes la lumière du monde » (Jn 8,12), frère Alois a pu souligner l’espérance que suscite la renaissance de l’Eglise au Cambodge : « même si votre Eglise est toute petite, sa lumière brille jusqu’à Taizé, chez nous en France. »

Evoquant la ténèbre qui n’avait pu étouffer la lumière, frère Alois pensait aux entretiens qu’il avait eus, aux récits du passé, à la visite à Tuol Sleng, l’ancienne prison Khmer Rouge. Il avait aussi à l’esprit sa visite à Tan Kok, devenu un lieu de pèlerinage : c’est là que le corps du jeune Mgr Salas, vicaire apostolique, avait été retrouvé près d’une pagode, mort d’épuisement. Tout au long de cette visite, il était clair que la lumière n’avait pas été éteinte par toutes les souffrances passées.
Aujourd’hui, les deux dimensions de la prière et de la solidarité sont intimement liées dans la vie des communautés chrétiennes locales. En plus du travail des ONG, il existe une multitude de petites initiatives discrètes mais répondant à des besoins immédiats. A Kompong Tom, dans un local accolé à la paroisse, un jeune laïc coordonne toute une aide aux handicapés dont un grand nombre sont des victimes des mines. C’est une aide très concrète qui cherche à redonner une autonomie aux handicapés en leur fournissant un fauteuil roulant, ou le minimum nécessaire pour commencer un tout petit magasin.

A Ko Rokha, des femmes subissant de grands problèmes familiaux, ont reçu une parcelle de terre à cultiver, ce qui leur donne un petit revenu et leur permet de redécouvrir la joie de travailler ensemble alors que l’expérience si négative des travaux collectifs pendant le temps de Pol Pot reste encore dans les mémoires.
A Phnom Penh, la paroisse de Boeung Tumpun a aussi décidé de créer un lieu d’accueil pour prendre soin de gens malades venus des provinces, souvent très pauvres. Frère Alois a souligné ce lien entre prière et solidarité dans la vie des chrétiens : « Il est bon de voir comme vos paroisses et communautés sont des lieux d’espérance, des lieux pour prier ensemble et pour exprimer une solidarité concrète avec les plus pauvres. »

« La visite de frère Alois a une grande signification pour les chrétiens du Cambodge, c’est comme un signe de leur appartenance à l’Eglise universelle » disait Sok, un jeune Cambodgien de l’équipe de préparation, interviewé par l’agence de presse UCAN. En vivant les lourdes épreuves traversées par le pays, les chrétiens du Cambodge ont trouvé dans la prière le courage de persévérer : c’est une espérance qui rayonne bien au-delà des frontières du pays, et qui nous vient de « la confiance que Dieu est toujours présent dans nos vies, comme dans l’histoire de nos pays. »