Quatre semaines en Inde

Un frère vient de passer quatre semaines en Inde. Son récit fait écho à l’actualité récente de ce pays, marquée par les explosions, les graves inondations, et aussi par les violences commises en Orissa, et encore plus récemment au Karnataka.

Depuis longtemps je n’avais passé autant de temps en Inde à faire des visites. Ces dernières années, nous avons consacré beaucoup de temps, entre autres, à la préparation de la rencontre de Kolkata. Il y avait aussi le souci de donner une expérience plus profonde de la prière, en particulier grâce à de petites retraites. En même temps, il était important de continuer à nourrir la communion, en rendant des visites gratuites, en rencontrant les nouveaux aumôniers de jeunes et évêques des différentes Eglises, pour mieux connaitre la réalité dans laquelle vivent les jeunes.

La société change si vite : en arrivant à Chennai, j’étais presque suffoqué par l’intensité de la vie, la densité de circulation, la croissance des immeubles et des magasins avec leurs produits de consommation, les publicités… Bien qu’étant venu il y a un peu moins d’un an, j’avais l’impression que tout avait beaucoup changé. Presque partout où je suis allé j’ai eu, plus ou moins fortement, la même expérience. Un des exemples les plus frappants des nouvelles possibilités de travail est le phénomène des « centres d’appel » dans lesquels beaucoup de jeunes, hommes et femmes, trouvent un travail, avec des salaires mensuels bien souvent supérieurs à ce que leurs parents pouvaient gagner en un an. Mais les horaires doivent être adaptés aux pays avec qui ils travaillent, ce qui rend très difficile d’avoir une vie de famille ou un engagement dans l’Eglise : il est même parfois difficile d’aller tout simplement aux célébrations dominicales.

Mais si la société change si vite, il y a des valeurs qui restent, même si ceux qui analysent cette situation redoutent qu’elles disparaissent. Pour moi, une de ces valeurs qui demeurent est un sens profond du sacré. Cela s’est confirmé dans chacune des prières ouvertes à tous, tant à Luz Church à Mylapore, à Vellacherry, à St Thomas Orthodox et St Joseph’s Boy school à Bangalore, à Delhi. L’hospitalité comme une priorité reste aussi bien ancrée, tant chez les adultes que chez les jeunes. Ce qui m’a aussi émerveillé c’est de rencontrer de jeunes familles du Kerala, pour lesquelles le sens du partage est essentiel, alors que l’individualisme dans une société technicisée pourrait l’emporter. A Chennai, dans un quartier très pauvre, une famille est encore au cœur d’une petite église évangélique avec son école et un orphelinat de plus de cent enfants.

Outre les prières communes, ma visite a aussi trouvé tout son sens grâce à la « Lettre de Taizé 2008 », écrite par frère Alois en trois volets, que j’apportais à chacune de mes étapes. Une des trois lettres prenait toujours toute son actualité. A Trichy, la « Lettre à qui voudrait suivre le Christ » a été donnée à chacun des cent jeunes en formation dans différentes congrégations religieuses ; à Nagpur cette même lettre fut lue aux séminaristes du séminaire Orthodoxe, comme à Kolkata aux étudiants protestants du Bishop’s College. « Ne pas s’arrêter aux carrefours », développer la capacité d’écoute : autant d’expressions de la lettre qui étaient mentionnées lors des partages qui suivaient.

Quant à l’« appel pour la réconciliation des Chrétiens », il a été porté à des responsables d’Eglise de différentes dénominations, l’Eglise du Sud de l’Inde CSI à Chennai, celle du Nord de l’Inde CNI à Nagpur ainsi qu’au Conseil National des Eglises et aux évêques Catholiques du Kerala alors qu’ils commençaient leur retraite annuelle.

Enfin, la « Lettre de Cochabamba » aborde un thème très important aujourd’hui en Inde, celui de la réconciliation, à partir de l’expérience des jeunes Boliviens. Cet appel à la réconciliation trouve toute son actualité dans la situation dramatique de l’Etat de l’Orissa avec les attaques à grande échelle contre les chrétiens. Alors que la peur, la tristesse, le sentiment d’impuissance pourraient l’emporter, j’ai pu être le témoin du profond désir de responsables d’Eglises de chercher très concrètement des voies de réconciliation et de paix.

Dernière mise à jour : 18 septembre 2008