16 août : quatrième anniversaire de la mort de frère Roger

Dimanche 16 août, la communauté a fait mémoire de frère Roger, pour le quatrième anniversaire de sa mort. L’évêque de Nanterre, Mgr Daucourt, a présidé l’eucharistie.

Voici la prière dite ce dimanche matin par frère Alois :

Jésus le Christ, loué sois-tu pour notre frère Roger dont nous faisons mémoire aujourd’hui. Il a conduit d’innombrables personnes aux sources de la confiance en Dieu. Il nous a appris qu’à chaque moment de notre vie, nous pouvons nous tourner vers Dieu pour accueillir son amour. Là nous trouvons la paix du cœur. Cette paix du cœur nous conduit à ne plus vivre seulement pour nous-mêmes, mais à vivre pour d’autres. Et nous pressentons qu’en dernier ressort chaque être humain vit pour Dieu.

Jeudi soir 13 août, rencontre avec frère Alois

Comme chaque jeudi soir, frère Alois s’est adressé à tous les jeunes présents à Taizé. Il leur a parlé de frère Roger :

Cette semaine est une semaine particulière : le 16 août, dimanche prochain, nous ferons mémoire de frère Roger. Il a fondé notre communauté avec une persévérance hors du commun. Au long des années il a tenu bon devant tant de difficultés. Il y a 4 ans, il a été tué ici dans cette église pendant la prière commune.

Beaucoup d’entre vous ne l’ont pas connu. Vous ne pouvez peut-être pas imaginer combien tout ce que nous vivons ici est encore marqué par sa personne. L’héritage qu’il nous a laissé est vivant.

La prière commune ici dans cette église est peut-être l’expression la plus forte de cet héritage. Avec sa simplicité, le chant, le silence et les lectures bibliques, cette prière nous conduit tout droit à l’essentiel, à l’amour de Dieu. Dans cette prière nous pouvons recevoir ce que frère Roger a cherché ardemment toute sa vie durant : la paix du cœur.

Cette paix intérieure, nous ne pouvons pas nous la donner à nous-mêmes, mais nous pouvons la recevoir de Dieu à chaque instant. Les premières paroles que le Christ ressuscité adresse à ses disciples désemparés par l’expérience de la Croix sont : « Paix à vous ! »

Les disciples avaient abandonné le Christ et pourtant il ne leur fait aucun reproche. Au contraire il prend sur lui leur faute. Là est la source de la paix du cœur. Nous la recevons quand nous nous savons aimés d’un amour inconditionnel.

Oui, notre vie compte aux yeux de Dieu, elle a pour lui un prix que nous n’osons même pas imaginer. Ne nous inquiétons donc pas de la valeur de notre vie, elle est cachée en Dieu. Libérés de cette inquiétude, nous pouvons ne plus seulement vivre pour nous-mêmes, mais vivre pour d’autres. Et nous pressentons qu’en dernier ressort chaque être humain vit pour Dieu.

Bien sûr la prière n’est pas toujours un havre de paix ou la sensation d’une plénitude. Il y a parfois beaucoup de bruit en nous, voire même des tensions. Alors comment trouver la paix intérieure ? Osons nous tourner vers Dieu à tout moment : si notre esprit est encore trop occupé, c’est déjà avec notre corps, avec notre simple présence que nous prions.

Suivre le Christ c’est aussi accepter de ne pas toujours sentir la présence de Dieu. Pour frère Roger trouver la paix du cœur impliquait un combat. La paix n’était pas pour lui un état constant, elle venait de la décision intérieure d’accueillir l’amour de Dieu malgré tout ce qui peut lui faire obstacle.

Cette décision intérieure nous rend aussi capables d’accueillir vraiment ceux que nous rencontrons. Oui, la paix commence en nous, mais elle nous pousse bien au-delà des limites et des repères habituels derrière lesquels nous nous abritons si facilement. Frère Roger aimait citer cette parole de Séraphin de Sarov, un moine de l’Église orthodoxe russe : « Acquiers la paix intérieure et des milliers autour de toi trouveront le salut. » Et frère Roger continuait souvent en disant : « Rien n’est plus responsable que de prier. »

Quand nous prenons conscience que Dieu est là en ce moment même et qu’il nous aime, notre regard change sur les situations que nous traversons. Et naissent en nous des énergies insoupçonnées.

Nous les frères qui avons vécu avec frère Roger, nous avons vu cela : il pouvait prendre à tout moment des décisions surprenantes, parfois avec une impatience à aller de l’avant. Il voulait tout mettre en œuvre pour que la présence de Dieu et son amour puissent se manifester à tous, surtout à ceux qui se croient abandonnés.

La paix du cœur n’a pas conduit frère Roger à se replier sur une expérience uniquement intérieure. À de nombreuses reprises il est parti au loin pour vivre un temps parmi les plus déshérités.

Frère Roger n’avait pas de réponses toutes faites face aux grandes injustices. Mais loin de chercher à se protéger, il voulait se laisser toucher personnellement par les souffrances du monde.

Voici plus que 25 ans, nous étions ainsi à quelques-uns avec lui dans un quartier très pauvre de Haïti. Ce pays plein de vitalité et fier d’avoir trouvé très tôt son indépendance connaît malheureusement une grande pauvreté.

Là bas, nos possibilités d’aider matériellement étaient très limitées. Et pourtant j’ai compris une chose qui m’a profondément marqué : les gens n’attendaient pas seulement quelque chose, mais aussi quelqu’un. Oui, l’aide matérielle, aussi nécessaire qu’elle soit, ne remplace jamais une présence personnelle auprès de ceux qui souffrent.

Ne pas se protéger, mais s’exposer : cette exigence de l’Évangile devient de plus en plus actuelle avec la mondialisation qui nous rend si dépendants les uns des autres. Nous pouvons seulement comprendre l’Évangile dans toutes ses implications si nous nous levons et allons vers ceux qui souffrent, au loin, mais aussi parfois tout proche de nous. C’est ainsi que la paix du Christ ressuscité peut transformer en profondeur notre vie et nos sociétés.

Et maintenant les enfants vont donner des fleurs aux pays qui sont représentés cette semaine à Taizé…

Un enfant :

Il y a des fleurs pour ceux du Mexique, de Costa Rica, El Salvador, Honduras, Guatemala, République Dominicaine, Porto Rico, Colombie, Bolivie, Brésil, Argentine et Chili.
Pour ceux de Russie, Finlande, Suède, Estonie, Lettonie, Lituanie, Danemark.
Pour ceux de Pologne, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Grande-Bretagne et Irlande.
Pour ceux d’Ukraine, Slovaquie, Hongrie, Tchéquie, Slovénie, Autriche, Suisse et France.
Pour ceux de Roumanie, Bulgarie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Italie, Espagne et Portugal.
Il y a des fleurs pour ceux de Corée, Japon, Chine, Hong-Kong, Vietnam, Cambodge, Thaïlande, Myanmar, Indonésie, Philippines, Inde, Bangladesh et Liban.
Pour ceux du Canada, États-Unis, Australie, Nouvelle Zélande.
Pour ceux d’Égypte, Burkina Faso, Sénégal, Benin, Togo, Niger, Tchad, Cameroun, Congo, Gabon, Kenya, Ouganda, Ruanda et Tanzanie.

Frère Alois reprend :

Nous allons maintenant continuer la prière par le chant. Mais je voudrais prier encore avec vous cette prière que frère Roger aimait dire. Nous la prions en communion avec les jeunes réunis en ce moment même à Tlemcen, en Algérie. Ils sont de nombreux pays africains. Ils ne peuvent pas tous venir ici, alors ils ont une rencontre d’une semaine comme nous à Taizé :

« Jésus le Christ, à qui te cherche, tu donnes la paix du cœur. Cette paix est là, toute proche, dans le regard de compassion que tu poses sur chacune de nos vies. »

Dernière mise à jour : 17 août 2009