
La circulation sur Thika Road, près de chez les frères
Le dimanche
Le groupe des jeunes de Dandora nous a invité pour une prière. Chaque dimanche ils se retrouvent pour échanger sur leur semaine. En arrivant depuis le terminus il faut traverser la foule des spectateurs qui encadrent le stade où démarre un match. À vingt mètres de là, sous une tente ouverte, une communauté Akorino poursuit sa prière.
Pour rentrer il y a un raccourci qui évite de prendre deux ou trois matatus (sorte de taxi) et les embouteillages du dimanche soir. Gérald me met sur la piste à travers le dédale des ruelles jusqu’à la lisière de la décharge. Là s’ouvre un paysage de dunes recouvertes de sacs en plastique. Le sol est élastique. Sur le sentier les gens endimanchés bavardent à deux pas de troupes de porcs qui fouillent dans la boue. Une fois passée la rivière on traverse le quartier de Lucky Summer, un immense chantier de construction où la vie a déjà prit pied. De tous les côtés et on rentre chez soi tranquillement, enfants endimanchés, robes vives avec foulards traditionnels ou tailleurs et coiffures plus sophistiquées. On se reconnaît, on se salue. Je croise Japhet qui rentre de son cours de commerce puis Peter tout heureux de son mois de congé. Des enfants jouent aux billes dans un caniveau avec des cailloux ou des morceaux de verre de couleur. Avec un grand sérieux ils mesurent les écarts pour départager les concurrents. Une maman assise au sol, fait griller des épis de maïs que l’on savoure à toute heure. Des messieurs déplacent les bancs de l’église qui retrouvent un autre usage durant la semaine. Des chants montent encore d’une autre église où la prière se prolonge. Dans la baraque du ’’In Christ Power Centre’’, la prière fait place maintenant à la retransmission du match du jour. Éclipsé le championnat local, c’est la Première Ligue anglaise qui garde les faveurs des amateurs. Pour 30 shillings vous pouvez vibrer avec des spectateurs du monde entier en regardant le match Chelsea - Manchester United.
* * *
Pour rejoindre la célébration à Kiambu trois heures de marche offrent une magnifique sortie. C’est un dimanche matin pourtant, devant chez nous, les Chinois sont au travail dès avant 8:00. Des engins nivellent, arrosent, concassent le rocher… Après avoir quitté la voie expresse et les Chinois, il faut traverser les quartiers populaires de Zimmerman et de Kahawa . A bord des matatus les chants religieux remplacent les tubes habituels, des églises montent les premiers chants d’une matinée qui sera fervente. Ailleurs les activités se poursuivent. Des groupes de constructeurs du dimanche s’affairent sur de petits chantiers. Les maisons montent au gré des finances du moment. Sur un bout de terrain empierré ou auprès d’une rivière quelques jeunes savonnent énergiquement des véhicules. Deux seaux, un peu de lessive, un chiffon et un écriteau sont le seul investissement nécessaire pour monter un ’’lave-auto’’. Conduire un véhicule propre est aussi important que le soin de sa tenue vestimentaire. La poussière ou la boue se chargent d’assurer une clientèle régulière à ces jeunes.