Poznan

Echos des carrefours

Quelques jeunes écrivent un bref compte-rendu de carrefours auxquels ils ont participés à Poznan :

Une autre communauté

Carrefour du 30 décembre 2009, Poznań

De Myriam :

Barka est une communauté de familles, d’hommes, de femmes et d’enfants, fondée il y a 20 ans par une famille de Poznan pour redonner espoir à ceux qui n’avaient plus rien après la chute du communisme.

« Barka c’est une famille capable de devenir plus grande » commence la fondatrice de cette communauté. Il y a 20 ans, elle et sa famille décident de répondre au challenge de la foi en Pologne après le communisme. Cette foi qui leur fait croire que tout le monde peut s’élever va leur permettre d’aider tous ceux qui viennent à eux pour commencer une nouvelle vie. Installés près de Poznan en communauté avec 20 personnes qui n’avaient plus rien ils cherchent ensemble de nouveau chemins, convaincus du potentiel illimité de chacun. « Mon rôle a toujours été d’être un frère pour les autres, ajoute son mari, je n’avais pas de droits spéciaux ». Lorsque d’autres communautés se sont crées, d’autres ont pris ce rôle, mais les décisions sont toujours prises ensemble, même les enfants. Depuis 20 ans la famille a effectivement grandi de 2 à 2000 personnes ce qui leur a permis de prendre position et de faire voter de nouvelles lois.

« Cela fait 18 ans que je chemine avec Barka », témoigne un membre de la communauté. Il se présente comme un ancien voleur alcoolique. Alors qu’il cherchait du travail, il entend parler de cette communauté qui vit comme les premiers chrétiens. « Personne ne m’a demandé mes papiers, raconte-t-il, ils m’ont accueillis et inviter à travailler avec eux. J’ai senti qu’ils m’acceptaient, je me suis senti important, on avait confiance en moi… » Cette confiance lui a permis d’apprendre un métier, de voyager, de fonder une famille et de monter une entreprise sociale et un réseau d’association avec certains de ses frères.

D’autres témoignages viennent confirmer l’importance de ce sentiment de confiance : « j’avais toujours rencontré des gens négatifs, explique l’un d’eux. A Barka, je ne me sentais pas rejeté, j’ai appris à m’occuper de moi d’un point de vue administratif. » Une réintégration peu évidente pour cet homme abandonné par sa mère avec un père alcoolique. Comme beaucoup d’autre il a appris à subvenir à ses besoins dans la rue, d’abord placé puis arrêté pour de nombreux délits, il s’enfuit à chaque fois. Lorsqu’un instructeur lui parle de Barka, il pense s’échapper de nouveau. « J’ai eu besoin de beaucoup de temps pour changer mon esprit, avoue-t-il, je n’avais jamais eu de vie normale. » Cet homme a finalement fondé une communauté Barka à son tour, elle compte 70 membres et il est fier d’annoncer que c’est la plus importante. « On m’avait dit que j’étais sans espoir et aujourd’hui, ils m’envoient des jeunes, conclut-il, ils m’invitent pour leur redonner espoirs. »

Des missionaires aujourd’hui

Carrefour du 30 décembre 2009, Poznań

De Myriam :

L’association académique pour les missions est un groupe de jeune qui se retrouve pour répandre autour d’eux l’idée de la mission. Prière, formation et animation rythment leurs rencontres avec l’espoir de partir un jour eux même en mission.

« Mission Possible », c’est le crédo que défendent les jeunes de l’AKM (Akademickie kotd misjologiezne) devant 250 personnes majoritairement polonaises, ce mercredi 30 Janvier. L’association académique pour les missions est composée essentiellement d’étudiants et les rencontres ont lieu chez les sœurs missionnaires. « Nos trois piliers sont la prières, la formation et l’animation » explique Alexandra. Les membres de l’association se retrouvent en effet une fois par mois pour l’eucharistie, ils invitent des missionnaires à témoigner et se déplacent dans les paroisses pour monter ce que sont les missions aujourd’hui. « Nous sommes avant tout un groupe d’amis, précise Ania, nos rencontres nous permettent de partager notre foi. ».

Tous rêvent de vivre bientôt leur première expérience missionnaire. Certains ont déjà eu cette chance au Kazakhstan ou au Cap Vert, l’été 2008. 13 d’entre eux ont répondus à l’invitation des sœurs à venir les aider à Sao Vincente. Sur place l’échange avec les jeunes a été très riche : les membres de l’association qui étaient venus pour les former aux premiers secours, à l’écologie et à l’évangile ont été frappés par la façon dont ces jeunes parlaient de leur foi, si naturellement. Leurs visites d’une prison et d’une maison pour personnes malades les ont également beaucoup marqués. « Nous venions simplement prier avec eux, nous nous sommes préparés mais cela n’a pas été facile pour autant », se souvient Alexandra. « C’est pour cela que la formation est importante, répète-t-elle, les missionnaires doivent être forts. Ils amènent la paix et ce n’est jamais simple. »

Un message que vient confirmer un jeune couple de missionnaires avec son expérience au Timor. Ils ne font pas partis de l’association mais en sont proches depuis qu’ils ont témoigné pour eux. Après leur mariage, ils décident de se préparer à partir en mission ensemble, destination le Timor. Mais avant cela, ils partent se former à Rome, pendant trois mois ils apprennent notamment le langage. Une formation indispensable selon eux et qui leur a permis de vivre pleinement cette expérience de mission cette expérience de mission d’aide dans une école.

« Chaque personne est une chance pour l’humanité. » Rencontre avec des jeunes engagés avec les plus pauvres pour le respect de la dignité de chacun. Témoignages et échanges.

Carrefour du 30 décembre 2009, Poznań

D’Estelle :

Des murs colorés de dessins d’enfants, des jeunes assis par terre. On prend le temps de faire de la place pour les derniers arrivés se pressant à la porte. Nous sommes fin prêts pour un temps d’échanges avec des jeunes engagés auprès des plus démunis. D’emblée le ton est donné, il ne s’agira pas de nous donner du savoir mais d’une démarche interactive de partage de points de vue.

Venus de pays différents, avec des parcours de vie singuliers, ce qui les rassemble ici c’est ATD quart monde, fondée par le prêtre Joseph Wresinski. Les initiales ATD, Aide à Toute Détresse, prennent un nouveau sens pour les jeunes qui s’y sont engagés : A pour action, attention portée à l’autre, alternative vers un autre style de vie ; T pour témoignage de l’histoire des pauvres, together, ensemble dans l’aventure humaine, treffen, rencontrer ; D pour direct, dialogue, développement durable.

La question nous est alors posée à chacun : « Pour toi, la pauvreté, c’est quoi ? » On est invité à s’interroger en petits groupes. Le mot « manque » va ressurgir à plusieurs reprises : manque d’argent, de relations, manque des choses basiques nécessaires à la vie, être à la rue, dans l’incapacité de satisfaire des besoins alimentaires, médicaux, éducatifs.

La pauvreté va de pair pour beaucoup avec la souffrance liée à la solitude. Il vient en effet s’y ajouter une notion qui est plus de l’ordre du ressenti : exclu de la société, exclu du regard de l’autre. Un jeune exprime le fait de « ressentir comme une incapacité à s’épanouir, d’être limité en son for intérieur pour se construire un futur ».

Mais nous n’en sommes pas restés là, la pauvreté n’est pas qu’économique ou sociale, elle est aussi spirituelle. On écoute cette remarque si profonde : « La foi en Dieu donne une telle richesse à la vie qu’on ne se sent jamais pauvre quand Dieu est à nos côtés. »

Mais comment répondraient des personnes en situation de grande précarité ? Des témoignages nous ont alors amené leur vision de la pauvreté : « On manque d’accès à la connaissance, on manque de perspective d’avenir », « Personne ne veut te connaître », « On manque du respect des autres et de soi-même, on te traite comme un moins que rien et tu l’acceptes. »

Et les enfants, ils en pensent quoi de la pauvreté ? Une vidéo sur leur regard nous en dit long. Il suffit d’écouter leurs réponses à deux questions : C’est quoi la pauvreté ? : « C’est des gens qui ont pas d’argent, qui sont pauvres », « C’est quand t’as pas de famille, c’est ceux qui sont seuls ». Merveille nous dit : « C’est quelqu’un qui vit de rien ». Une adolescente nous interpelle : « Quand t’es pauvre, comme t’es malheureuse, personne veut rester avec toi. »

Un monde sans misère, c’est quoi ? « Un monde où y’a pas la guerre, où on est tous égaux », « Personne ne te tape, il y a pas de problème », « Un monde joli où tout le monde serait heureux, tout le monde serait ami », « Un monde où les parents ils s’occupent bien des enfants », « Un monde où on a une maison pour vivre », « Un monde où il n’y a pas d’enfant qui meure, où personne n’est esclave », « où il n’y a plus personne sous les ponts ». Avec un sourire en coin, Arnaud ajoute :« Un monde où on ferait plus souvent la grasse matinée », « C’est quand tout le monde est libre, a des amis, c’est la paix, tout le monde est heureux. »

Après cette remontée de témoignages, osons être bousculés par ce jeune membre d’ATD qui nous demandera de ne pas voir le pauvre seulement comme quelqu’un à qui il manque quelque chose mais aussi comme une personne qui a quelque chose en plus, une expérience de combat, une connaissance dont la société a besoin, il est important pour chacun de savoir qu’il peut être une présence d’amour avec qui partager.

Sécurité, insécurité… Que recherchons-nous aujourd’hui et pourquoi ? Échange avec un expert dans les questions de sécurité internationale.

Carrefour du 30 décembre 2009, Poznań

De Nicolas :

Obsédés par la sécurité ?

Terrorisme, conflits, immigration, précarisation … Nos sociétés semblent être obsédées par leur propre sécurité à tel point qu’il paraît scandaleux de mettre cet objectif en question. Pourtant la question se pose à tout homme et plus particulièrement à tout chrétien : quelle place laisser à la quête de sécurité dans ma vie ?
« Est-ce un scandale de remettre la sécurité en question ? », c’est par cette interrogation que Jean-Claude Mallet, expert en relations internationales, a ouvert le carrefour Sécurité, insécurité, que recherchons-nous et pourquoi ? Il peut en effet sembler indécent de se poser la question quand des populations entières (au Proche-Orient, au Soudan, en Haïti…) vivent dans un état permanent d’insécurité. Cependant, à l’heure où la sécurité devient une fin en soi au détriment de la paix, il faut reconsidérer le problème. La question se pose de manière encore plus pressante pour les chrétiens appelés à prendre des risques dans le monde (Luc 9, 24 et Marc 8, 35 : « Celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Evangile a sauvera. »)

Face à un public plus enclin à considérer le problème sous l’angle des relations internationales, M. Mallet a rappelé que la notion de sécurité, telle qu’elle était définie dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, était liée à la justice sociale, sans laquelle aucune véritable paix n’est possible. Le changement de vocabulaire pour désigner les actions des Nations Unies – le terme de « paix » a été remplacé depuis une quinzaine d’année par celui de « sécurité » dans la plupart des opérations menées par les Nations Unies - révèle bien l’évolution récente qui a conduit à une nouvelle conception de la notion de sécurité, perçue désormais comme un désir d’assurance totale, une fin en soi que l’on doit atteindre même si cela doit se faire aux dépends de la sécurité des autres (cette vision de la sécurité s’est par ailleurs étendue à tous les domaines - économique, informatique, alimentaire, sanitaire … - au point de devenir un concept global régissant la majeure partie des politiques menées dans nos sociétés). Une telle conception de la sécurité élude la paix comme objectif véritable, elle est une menace pour la paix. La quête de sécurité à tout prix n’est-elle pas alors en contradiction avec le message de l’Evangile ? Un retour aux sources bibliques montre que si la notion de « sécurité » revient assez fréquemment dans l’Ancien Testament, où elle est souvent liée à la promesse de Dieu pour son peuple, elle est en revanche quasiment absente du Nouveau Testament. Saint Paul écrit même « Quand les hommes se diront : Paix et sécurité ! C’est alors que fondra sur eux la destruction » (1 Thessaloniciens 5,3). Et la vie de Saint Paul et d’abord celle de Jésus nous le rappellent : être chrétien, ce n’est pas faire le choix de la sécurité !

« Alors oserons-nous prendre des risques ? Oserons-nous aller au-delà de nos sécurités pour rencontrer et partager ? Nous avons la chance de pouvoir faire ce choix, d’autres (dans les pays où la sécurité est la première nécessité vitale) ne l’ont pas. » C’est sur ces questions lancées à l’assistance que M. Mallet a conclu ce carrefour en rappelant les mots de frère Roger : « Nous sommes appelés à oser risquer notre vie entière, à oser espérer. »

Dialogue entre le rabbin Michael Schudrich, Grand Rabbin de Pologne et Mgr Stanisław Gądecki, archevêque de Poznań, initiateur du « jour du judaïsme » en Pologne, sur le thème : « Abraham, notre père dans la foi. »

Carrefour du 31 décembre 2009, Poznań

De Nicolas :

Abraham : le premier pèlerin

Que peut apporter un juif à la foi chrétienne ? Et un chrétien à la foi juive ? Michael Schudrich, grand rabbin de Pologne, n’a aucun doute là-dessus, « quand on est sûr de sa foi, quand on sait qui on est, l’ouverture à une autre religion vient enrichir la foi et non la diminuer ». Il confesse même l’avoir appris …du pape Jean-Paul II !

Le public nombreux et enthousiaste n’aura pas manqué de retenir cette leçon qui fut encore soulignée par l’intervention remarquée d’un jeune musulman, venant compléter la famille des descendants d’Abraham, le premier croyant à être parti à la rencontre de l’inconnu avec pour seul appui sa foi.

L’un après l’autre, le rabbin Schudrich et l’archevêque Stanislaw Gadecki se sont essayés à expliquer, sous l’éclairage de leur propre foi, pourquoi Abraham était le père des croyants, face à un public rapidement conquis par l’humour et la sensibilité des deux intervenants.

Prenant la parole le premier, le grand rabbin s’est attardé sur l’épisode de Sodome et Gomorrhe (Gn 18, 16-33) pour tenter d’expliquer pourquoi Abraham est considéré comme le premier juif (et non Adam qui le premier parla à Dieu). Dans cet épisode, où il contredit Dieu en apparence, « Abraham montre sa capacité à se soucier des autres, y compris de ceux qu’il ne connait pas ». En ce sens, Abraham est le premier à mettre sa foi « en action », en l’appliquant concrètement pour tenter de sauver Sodome et Gomorrhe de la destruction.

A son tour l’archevêque Gadecki s’est exprimé, dans la continuité de l’explication du Rabbin Schudrich, en s’appuyant sur la lettre de Saint Paul aux Hébreux (He 10, 7-19). Si Abraham fut le premier croyant, c’est lui qui a donné une direction à la foi. En allant jusqu’à défendre des inconnus, mais aussi en n’hésitant pas à sacrifier son fils Isaac, non par résignation, mais par confiance en la promesse de Dieu. Abraham a vu plus loin que lui-même et Dieu lui a donné à voir les générations qui le suivraient (« aussi nombreuses que les étoiles du ciel » Gn 22, 17).

Mais surtout, Abraham a toujours voulu rester un étranger même sur la terre que Dieu lui avait promis, sans se soucier du jugement des peuples qui l’entouraient. Il s’est comporté toute sa vie en pèlerin, « considérant cette terre comme un lieu de passage, de pèlerinage vers le royaume des cieux qui était sa véritable patrie ». Comme Abraham, tout croyant « de la terre mais non pas destiné à la terre » est invité, en dépit des jugements de son époque, à poursuivre ce pèlerinage de confiance qu’a commencé le premier des croyants.

« Que fais-tu de ta liberté ? » Réflexion sur les changements survenus en Europe depuis 20 ans, animée par l’ancien président de la Cour Suprême de Hongrie.

Carrefour du 30 décembre 2009, Poznań

D’Estelle :

Être libre : choix individuels, responsabilités collectives

A la tribune, Pal Solt, ancien président de la Cour suprême de Hongrie et un frère de Taizé, encadrés de deux jeunes traductrices en anglais et en polonais. Cet homme de justice venait nous rencontrer avec en tête la question : « Que fais-tu de ta liberté ? » et une expérience professionnelle impressionnante qui nous fut annoncée d’emblée.

Pendant douze ans, de 1990 à 2002, il a été président de la Cour suprême de Hongrie, les douze années après la chute de l’empire soviétique, il a aussi été président de la Commission des droits de l’homme à Genève pour les Nations Unies, et il est actuellement directeur de l’Académie hongroise pour la formation des juges à Budapest. En parallèle de ses fonctions, il a montré un grand attachement à la Communauté de Taizé.

Il commença par nous présenter son parcours personnel : parcours de foi, de conversion du judaïsme au catholicisme, parcours de sa famille vivant recluse pendant la guerre. Sa mémoire ne peut effacer le souvenir de l’absence de liberté de mouvement, à 7 ans, en 1944, le port de l’étoile jaune et la possibilité de ne sortir dans la rue que pendant 2 heures par jour. La venue de l’armée soviétique a dès lors été pour eux, dans le ghetto, une vraie libération. Puis cette armée est devenue une armée d’occupation jusqu’en 1991. Pendant 40 ans la Hongrie a alors vécu sous une dictature, il a lui-même fait le choix de ne pas prendre sa carte au parti communiste. En dépit de tous les contrôles auxquels fut soumise sa vie, il a tenu à nous préciser qu’il gardait alors l’exercice de sa liberté intérieure grâce à la solidarité familiale et amicale, la foi chrétienne et l’amour.

Puis on l’écouta nous raconter comment son pays a regagné la démocratie et la liberté et ce qui en a découlé. Après avoir avancé les aspects positifs : on a acquis la possibilité de voyager, de travailler et d’étudier à l’étranger, de préserver notre environnement, d’agir de manière coopérative contre le terrorisme, d’avoir une meilleure qualité de vie pour certains, il s’est concentré sur le pendant négatif. L’Europe de l’Est n’a pas su faire l’impasse sur les travers des sociétés occidentales : l’accroissement des disparités entre riches et pauvres, la montée du chômage, le vieillissement de la société, la crise morale, la pornographie. Il insista sur la nécessité de ne pas occulter ces bouleversements internes de la société avec l’ouverture des frontières. On le sent attentif à porter un regard lucide sur le capitalisme, par ailleurs très encensé. 

Alors vint le temps rapide des questions. Deux questions ont capté mon attention : est-ce que l’accès à cette nouvelle liberté n’a pas effrayé certains, déboussolé d’autres ? Il répond que les plus grandes victimes de cette liberté en partie illusoire sont les pauvres et ceux qui ont perdu leur emploi. Une autre question : à quels types de cas avez-vous été confronté à la Cour suprême qui ne se seraient jamais vus sous régime communiste ? Il évoque l’introduction du droit commercial et du droit des sociétés dans le corpus législatif. En si peu de temps, les Hongrois sont passés d’un système de travail pour tous, de droit à un logement, à la loi du marché. Cela a amené des nouveaux défis pour accompagner des citoyens déstabilisés par les changements. On prolongera la réflexion par un temps en petits groupes pour échanger sur notre manière de mettre à profit notre liberté. C’est quelque peu dépitée que j’entendrai des jeunes lycéens parler des obstacles nombreux à leur liberté de choisir leur métier : « La contrainte économique fait qu’on ne s’oriente pas, tant pour choisir un métier qui nous plaît que pour avoir une assurance minimum de trouver un emploi, d’avoir un avenir. » Une autre ajoutera : « Quand on est en groupe on n’a pas vraiment la liberté de refuser ce qu’on nous propose, sinon on est seul, c’est le regard des autres qui nous fait faire comme tout le monde ».

On partira avec une invitation à être vigilants pour mettre notre liberté au service de causes justes, à faire en sorte que les voyages ne soient pas une fuite permettant de ne pas commencer quelque chose là où nous vivons. La liberté ne doit en effet pas consister à se renfermer, à être aveugle et sourd à ce qui se passe autour de soi. Comment être libre tout en assumant ses responsabilités ? Se rappeler que la liberté ne peut jamais être sans limite, elle s’exerce dans le respect de celle des autres. On est ainsi libre individuellement d’œuvrer pour que collectivement chacun vive mieux. 

Dernière mise à jour : 1er février 2010