Une visite au Nord

En mai 2002, un frère de la communauté a passé une semaine en Corée du Nord. D’origine sud-coréenne, il n’avait jamais pu effectuer de voyage dans ce pays auparavant. En 1998 et 1999, la communauté avait envoyé, à travers l’Opération Espérance, plus de mille tonnes de maïs en Corée du Nord pour les victimes de la famine. In 1998 and 1999, the Community, through Operation Hope, sent over a thousand tonnes of corn to North Korea, for people suffering from famine.

Il n’est pas facile de raconter cette visite. Si proche géographiquement de la Corée du Sud, la Corée du Nord en est pourtant très éloignée à cause de la situation politique. Quand je vivais en Corée du Sud, je n’ai jamais pu y aller. Après tant d’années d’attente, et en faisant un grand détour par la France et la Chine, je suis enfin parvenu en Corée du Nord.

La Corée est divisée en deux depuis 1945. Entre 1950 et 1953, il y eut une guerre fratricide, dont les séquelles sont encore vives aujourd’hui. Une grande tension, de la méfiance et de la peur ont prévalu pendant des décennies ; les tentatives de rapprochement ont souvent échoué et la tension regagnait alors du terrain. Depuis deux ans, il y a de nouveau des efforts de rapprochement et de réconciliation entre les deux Corées, mais les résultats sont timides et la paix demeure encore fragile.

Les difficultés que la Corée du Nord a connues depuis l’effondrement des pays de l’est de l’Europe sont énormes. En plus, ces dernières années il y a eu des catastrophes naturelles : des inondations alternant avec des périodes de sécheresse. La population en a beaucoup souffert. Le pire est passé, dit-on, mais la pénurie continue.

J’ai été très impressionné par des personnes marquées par les années difficiles, mais restées chaleureuses, et qui témoignent de la bonté et de la dignité humaines. Quelques contacts informels et spontanés avec les habitants ont montré combien il est important de surmonter les préjugés, voire les clichés. C’est surtout là où il existe une tension ou un manque de compréhension, qu’il est primordial d’essayer de discerner la beauté de l’âme humaine, quelles que soient ses propres convictions politiques ou religieuses. Dans les parcs, j’ai vu souvent des gens détendus qui, en groupes, chantaient, dansaient, faisaient la fête.

J’ai pu aller visiter un lycée où, il y a un an, Taizé a envoyé des ordinateurs en collaboration avec l’Unesco. Une dizaine d’élèves était dans la salle des ordinateurs, chacun devant un écran. Une femme professeur a remercié pour cet envoi en expliquant combien ces élèves sont désireux d’apprendre. J’ai également visité une clinique dans une région rurale, où le personnel médical est bien formé, mais où le manque de médicaments et d’équipements est plus que visible. J’ai pu leur remettre une quantité de médicaments de base en signe de solidarité.

Une brève rencontre avec des chrétiens m’a beaucoup touché. J’ai participé à la célébration dominicale dans une église protestante et visité une église catholique ensuite. Pyongyang, la capitale de la Corée du Nord, comptait beaucoup de chrétiens avant la guerre, il y plus de cinquante ans. Maintenant il n’y a que trois églises ouvertes dans tout le pays. À part les services du dimanche, il n’y a apparemment pas d’activités. L’accueil était très chaleureux mais l’échange avec les chrétiens trop bref. Je leur ai dit et redit combien nous sommes en communion avec eux dans la prière. Ils sont visiblement touchés : « Revenez bientôt nous visiter ! Venez plus souvent ! » répétaient-ils quand je suis reparti.

Cette visite en Corée du Nord, tant attendue et enfin réalisée, m’a laissé avec beaucoup de questions. Que peut-on faire pour la réconciliation et la réunification des deux Corées ? Je pense aux milliers de familles coréennes séparées depuis un demi-siècle, qui, en majorité, n’ont pas pu visiter les leurs restés de l’autre côté de la frontière. La paix s’installera-t-elle bientôt dans la péninsule coréenne ? La Corée demeure la région la plus militarisée du monde. Quel est le rôle des chrétiens pour promouvoir la compréhension mutuelle et construire la paix ? Et dans l’immédiat, que peuvent les chrétiens pour montrer leur solidarité avec les habitants de la Corée du Nord – surtout les enfants –, qui souffrent encore de pénurie dans tous les domaines ? Il faudrait beaucoup prier et ne pas les oublier, mais notre prière devrait être accompagnée de gestes concrets, peu importe qu’ils soient grands ou petits.

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