Philippines, 2012

Tenir ferme dans la foi

Pia, des Philippines, a participé à une retraite organisée par la « commission des jeunes » de la Conférence des évêques de son pays et animée par deux frères de Taizé. Le but était de réfléchir sur le thème de la Lettre 2012 - « Vers une nouvelle solidarité ». Elle nous livre quelques réflexions suite à cette retraite.
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2012

Ces deux dernières années et encore actuellement, j’ai été volontaire dans le Réseau de la Hacienda Luisita, qui depuis 50 ans vient en aide à des milliers de travailleurs agricoles sur 6435 hectares de champs – aussi grands que les villes de Makati et Manille réunies.

Maintes et maintes fois au cours de ces deux années, contribuant à faire progresser la cause des agriculteurs pour une véritable réforme agraire, en ma qualité limitée de poète, écrivain, chrétienne catholique et avocat, m’est venu le mot solidarité, dans une déclaration, ou comme thème de ralliement dans un forum, ou dans un rassemblement.

La Lettre de frère Alois invite à une nouvelle solidarité, car dans le monde, l’écart grandissant entre les riches et les pauvres est une preuve que nous n’avons pas su faire preuve d’assez de diligence dans notre rôle de chrétiens.

La retraite a ravivé en moi la vie que j’ai vécue jusqu’à aujourd’hui. Mon amour de Dieu s’est traduit et reflété dans mon amour pour les personnes qui me sont confiées ou les communautés que je crée. Une nouvelle solidarité ne signifie pas seulement faire plus pour les gens, mais trouver de nouvelles racines, à partir desquelles nous pouvons grandir ensemble dans une parfaite unité, comme les membres d’une même famille humaine. Je ne suis pas une sainte. Ternie par mes péchés, je ne suis pas une chrétienne parfaite qui puisse être un bon exemple de la foi et de l’amour de Dieu. Mais un chant de Taizé [http://www.taize.fr/spip.php?page=chant&song=485&lang=fr] me rappelle que « rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, l’amour de Dieu qui nous est révélé dans le Christ Jésus. » De même, l’histoire de Caïn et Abel nous rappelle que malgré nos fautes, Dieu ne nous abandonne jamais. Le Christ aussi, pour constituer sa communauté de disciples et d’amis, n’a pas choisi que des saints. Il ne s’agit pas tant de vouloir être saint, que d’avoir comme ligne de fond de s’efforcer d’être humain.

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Vraiment la plus grande expérience que je tire de la retraite, c’est d’être comme rechargée à bloc. Je suis pleine d’énergie avec des batteries de rechange, pleines de réflexions et de prières qui me guideront sur mon chemin jusqu’au prochain arrêt. Ma mission est de servir les autres. Une mission que je partage avec une communauté – tous sans doute nous avons choisi d’espérer et d’aimer, puisque nous avons adopté cette même mission. Les deux derniers paragraphes de la Lettre « Vers une nouvelle solidarité » constituent un défi qui va sûrement continuer de résonner en moi. Dans le temps qui s’est écoulé depuis la retraite, jusqu’au jour où j’écris ces lignes, cela me donne un but chaque matin. C’est cet ultime défi qui me pousse à servir encore plus... à aimer toujours plus !

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Visite en 2011 : Le pèlerinage de confiance accompagne beaucoup de jeunes Philippins dans leur quotidien

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Déjà bien avant notre arrivée à Manille nous avions constaté que l’étape asiatique du pèlerinage de confiance de février 2010 avait trouvé un écho et continuait à inspirer des jeunes, même après plus d’une année. Des jeunes du Viêt-Nam, d’Indonésie, de Singapour, de Thaïlande et d’ailleurs nous racontaient combien les amitiés nouées avec les Philippins restaient vivantes. Certains reprenaient le chemin des Philippines pour visiter leurs nouveaux amis, pour prier ensemble, entretenir et raffermir ces liens, non plus seulement via internet, mais par le signe concret d’une visite.

Aussi notre visite de trois semaines fin mai 2011 a-t-elle été, pour nous les frères, une occasion de regarder à nouveau tout ce que nous avions pu vivre ensemble avec nos amis philippins au cours des dernières années.

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Notre visite a été marquée par des rencontres très diverses dans différentes régions du pays. Sur Mindanao, nous sommes allés à Kitcharao (Butuan), dans les Visayas à Cebu et à Iloilo, dans la région de Luzon à Imus, à Manille et alentour, à San Fernando (Pampanga), à Dagupan et jusqu’au nord à Tabuk. Nous avons prié lors d’un camp d’été avec 600 jeunes et rencontré des séminaristes et des étudiants en théologie.

À certains endroits il y avait des après-midi autour de la « Lettre du Chili », des prières communes, des introductions bibliques et des groupes de partage sur les thèmes de la lettre : joie, compassion, pardon. Ensuite des jeunes racontaient leurs expériences. Comment vivre de la joie si le quotidien est souvent rude et nous met devant les nombreux défis suscités par les problèmes du pays ?
Comment être attentif aux autres et élargir la communion là où des frontières et des différences semblent insurmontables, quelquefois même à l’intérieur de nos propres communautés paroissiales ?
Que signifie « vivre du pardon » quand des blessures profondes nous atteignent même à travers des personnes très proches ?

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Presque partout il y avait des jeunes qui avaient été à Taizé au cours de ces dernières années, envoyés pour un temps par leurs diocèses ou organisations de jeunesse. Nous avons rencontré quelqu’un qui avait été à Taizé en 1991 et qui cherche aujourd’hui comment rendre possible un meilleur avenir pour les plus démunis à travers le microcrédit. Des jeunes revenus de Taizé au début de l’année et dont les expériences sont encore toutes fraîches, nous ont invités pour des prières et des partages dans leurs paroisses.

À Manille, des prières régulières continuent dans beaucoup de communautés qui ont accueilli des pèlerins lors de la rencontre de 2010. Nous étions touchés par la joie avec laquelle ces jeunes préparaient les prières. Avec des plantes, des icônes, des bougies, des pierres, des tissus, ils décoraient les lieux de prière avec simplicité et beauté, surtout dans des quartiers pauvres de la ville. Tout cela nous ouvrait à la présence mystérieuse de Dieu.

Après une de ces prières, ceux qui avaient participé au pèlerinage de confiance ont raconté ce qu’ils avaient vécu et ce qu’il en reste aujourd’hui dans la vie quotidienne. Nous étions étonnés d’entendre ce qui les a marqués dans leurs vies de jeunes. Voici quelques-uns de leurs propos :
« Cette expérience a changé ma vie, je suis plus confiant après ce pèlerinage de confiance. »
« J’ai trouvé une paix intérieure lors des prières. J’ai pu me centrer sur Dieu, lui parler d’une manière personnelle. »
« J’ai découvert le silence. Dans le silence j’ai écouté la voix de Dieu et je ne voudrais jamais perdre la passion de prier. Le pèlerinage de confiance m’a montré mon chemin. »
« Il y avait une communion au-delà de toute différence et j’ai senti que je comptais pour Dieu, et que si on lui fait confiance, rien n’est impossible. »
« On me fait confiance car j’ai gagné en confiance pendant le pèlerinage. »

Quand nous prenions congé des uns et des autres, beaucoup nous posaient la question : Quand est-ce que vous reviendrez ? Où sera la prochaine étape du pèlerinage de confiance ?


Poursuivre le pèlerinage après la rencontre de Manille

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Quand nous sommes retournés aux Philippines après Pâques, nous avons constaté que le « pèlerinage de confiance » se poursuit à Manille et dans plusieurs régions des Philippines. Plusieurs milliers de jeunes ont participé à la rencontre internationale de Manille en février. Pendant cinq jours ils ont prié ensemble et réfléchi sur : « Une soif pour une vie en plénitude – un appel à transformer le monde » (Lettre de Chine). Ces moments résonnaient encore tout naturellement en eux au retour dans leurs paroisses et communautés, et beaucoup ont voulu poursuivre ce chemin de pèlerinage.

Il était impressionnant de voir comment les pèlerins de Manille avaient partagé leurs expériences avec ceux qui n’avaient pas pu venir à la rencontre.

Juste après notre arrivée, nous sommes repartis en bus vers San Jose City, Nueva Ecija, où se réunissaient pendant cinq jours des jeunes de plusieurs diocèses du centre de l’Ile de Luzon pour un pèlerinage local. Pendant la journée, les jeunes étaient dans leurs familles d’accueil pour un partage autour d’un texte biblique – comme une « Lectio divina » entre les générations avec des gens qui vivent souvent du produit de leurs terres. Vers le soir, juste avant le coucher du soleil, les jeunes convergeaient de partout sur une grande place devant un moulin à riz pour la prière commune. Au début de la prière, le soleil couchant inondait les icônes de sa lumière dorée – c’était une belle fin de la journée…

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À Legazpi presque un millier de jeunes se préparaient pour être observateurs des élections du 10 mai. Des groupes d’Église s’engageaient dans le PPCRV (Parish Pastoral Council for Responsable Voting) pour vérifier par leur présence, pendant la campagne et le jour des élections dans les bureaux de vote, que les élections soient correctes, honnêtes, justes et paisibles. Des jeunes de toute la région se sont réunis le jeudi soir. Nous avons commencé par une prière commune. Beaucoup étaient venus pour puiser de la force dans la relation à Dieu, la prière et le chant, l’écoute de la parole de Dieu et des temps de silence, en vue de leur service important. Pendant toute la nuit des carrefours contribuaient à la préparation pratique. Avant le lever du soleil nous nous sommes réunis sur une colline devant la masse imposante du volcan Mayon pour célébrer la messe avec l’évêque Joel Baylon, responsable de la Pastorale des jeunes aux Philippines. La beauté de la création ce matin-là était saisissante. En même temps, le volcan nous rappelait les défis que Dieu place toujours à nouveau devant nous. Mais, dans son homélie, l’évêque encourageait les participants en rappelant que c’est en Dieu que nous trouvons la force pour nos engagements.

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Nous étions aussi invités à une rencontre à Malaybalay, sur Mindanao. Des coopérateurs de la pastorale des jeunes s’y réunissaient pour une rencontre de coordination pour les prochaines années et voulaient compléter ces journées par des prières communes, une introduction biblique, des échanges en petits groupes. Des volontaires de la paroisse préparaient le repas sur un feu ouvert dans le jardin. Ensuite nous avons poursuivi par la prière du soir. Les gens de Mindanao souhaitent ardemment une solution paisible à ce conflit déjà ancien. Des jeunes veulent préparer des chemins de paix par leur vie. Des jeunes chrétiens de Mindanao avaient amené leurs amis musulmans pour la rencontre de Manille. Nor Asiah Madale Adialao, musulmane, écrivait dans le journal régional des jeunes de l’Église à Malabalay :

« Taizé… un chemin pour la paix et le dialogue. Pendant mes années d’engagement pour la rencontre interreligieuse, j’ai réalisé que je ne suis qu’une des rares personnes ordinaires qui rêvent d’un monde pacifique, un monde où puissent vivre des personnes provenant de cultures et d’orientations différentes. […] Mon cheminement m’a conduit à une rencontre personnelle avec le pèlerinage de confiance de Taizé. Après avoir vu un prêtre catholique, une sœur indigène et moi-même, disciple affirmée de l’Islam, partager la même aspiration à la paix et au dialogue, je reste encore étonnée de voir des personnes de différentes orientations devenir de véritables partenaires pour construire la paix. Cette expérience a marqué une nouvelle étape pour comprendre et développer l’essence du dialogue. Comme musulmane, je ne peux oublier l’hospitalité chaleureuse de la Congrégation des Sœurs qui nous accueillaient. C’était magnifique d’être accueillis avec un cœur si joyeux. J’ai été particulièrement émue quand tous nous avons vécu un temps de prière, un moment si calme où je n’entendais presque rien d’autre que mes propres pensées et mon désir sincère d’une paix durable avec ces gens venant de tous les sentiers de la vie. »

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A Bohol des rencontres et des prières similaires ont rassemblé des jeunes à Talibon et Tagbilaran. Pour le 12 mai nous étions invités à Puerto Princessa (Palawan). Les jeunes avaient commencé en février à prier le 12 de chaque mois en solidarité avec les victimes des tremblements de terre à Haïti et au Chili, comme frère Aloïs y avait invité lors de la rencontre. De telles prières se poursuivent aussi tout autour de Manille. Certains utilisent encore les cahiers de chants distribués en février, afin de pouvoir chanter avec d’autres aussi les nouvelles traductions et adaptations en tagalog. Nous étions heureux d’être invités dans certaines des communautés qui avaient accueilli en février : des paroisses catholiques des différents diocèses et des assemblées de "Union Church" à Makati.

Quelle joie de se retrouver avec la cinquantaine de garçons dans la prison pour mineurs ! Nous les avions déjà visités le Mercredi des Cendres, pour prier ensemble et réfléchir sur le pardon. Il était donc possible de les visiter à nouveau après Pâques. Entre-temps beaucoup avaient appris les chants par cœur. Dans l’esprit de la joie pascale nous avons prié et échangé sur la paix et la joie que les disciples ont vécues le jour de Pâques dans leur rencontre avec le Ressuscité. Au moment du départ, ils nous faisaient des signes et demandaient : « S’il vous plaît, revenez et priez pour nous ! » Se rendre visite, prier ensemble, s’écouter, partager les moments difficiles et les joies de la vie – voilà ce qui est au cœur du message de l’Évangile. Et ainsi pour chacun le pèlerinage continue, nous restons unis dans la prière jusqu’à ce que nous nous retrouvions.

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