Vers une nouvelle solidarité

À l’écoute des jeunes de l’Asie

En vue de l’été 2015 à Taizé et dans le cadre de la réflexion « vers une nouvelle solidarité », des textes écrits par des jeunes de l’Asie sont publiés sur cette page.

Bangladesh : « L’unité, c’est quand tous sont prêts à tout faire ensemble »

Rafayel, un jeune du Bangladesh, réagit au thème de la communion visible des chrétiens développé par frère Alois dans ses « Propositions 2014 ».

« Pour moi, rechercher l’unité c’est partager, nous aider les uns les autres. C’est nous mettre d’accord, communiquer afin d’œuvrer pour la paix, c’est aussi aider les autres à réussir dans la vie. Quand on est ainsi prêt à travailler ensemble, alors on peut parler de recherche de l’unité. Au Bangladesh il y a beaucoup de divisions entre les gens, entre les groupes ethniques et religieux, beaucoup d’oppositions entre les partis politiques qui peuvent même déboucher dans la violence. La plupart des gens, des organisations et même des confessions chrétiennes sont très préoccupés de leurs propres intérêts... »

En tant que chrétien, je travaille à éveiller le désir d’unité parmi les jeunes. Ils viennent de différentes églises, différents groupes ethniques et aussi de diverses religions. Chaque week-end je voyage pour visiter des jeunes de différentes paroisses et réfléchir avec eux sur les thèmes de l’unité et des relations interpersonnelles. L’idée est de les rendre plus conscients de la signification profonde de la vie. Nous organisons des temps de prière, des activités créatrices, des jeux et nous sommes tous associés aux tâches pratiques. Il y a aussi des temps de partage biblique ou de partage sur d’autres textes religieux. Après une introduction et un échange à deux ou trois, chacun peut s’exprimer devant le groupe au complet. Voici quelques-uns des thèmes que nous abordons durant ces sessions : qui suis-je ? quelle est la signification de ma vie ? Et encore : l’amour du Christ, les barrières que nous découvrons dans notre vie, la recherche de l’unité, la société et le travail pour la paix.

Les animateurs pastoraux de l’endroit sont heureux de se joindre à nous ; ils m’encouragent beaucoup. Parfois l’occasion est donnée de partager aussi avec les responsables religieux locaux, pasteurs, prêtres, imams. Je travaille donc avec beaucoup de jeunes de différentes appartenances, avec les hindous et les musulmans aussi bien qu’avec les chrétiens.

Prenant part à ce programme et partageant avec d’autres sur cette question de l’unité, j’ai l’espérance que les jeunes et leurs responsables religieux peuvent faire un pas les uns vers les autres et réaliser qu’il s’agit là d’une question brûlante qui réclame un engagement de notre part à tous, en vue d’une meilleure entente entre les membres des différentes Églises et religions et, par conséquent, pour l’ensemble de la société.


Sri Lanka : les défis auxquels font face les jeunes aujourd’hui

Des aumôniers d’étudiants d’un collège de Colombo ont réfléchi ensemble sur les jeunes qui leur sont confiés.

Les étudiants et les jeunes d’aujourd’hui au Sri Lanka sont confrontés aux mêmes défis que partout dans le monde. Nous qui sommes impliqués dans l’éducation, nous pouvons reconnaître ces défis grâce à notre constante interaction avec les jeunes dans nos écoles. Au Sri Lanka, nous avons connu deux soulèvements violents chez les jeunes, en 1971 et 1988-89. Ils ont été impitoyablement réprimés par l’État. Aujourd’hui, la tendance ne va peut-être pas vers un soulèvement armé mais il y a certainement beaucoup d’insatisfaction. La colère et la frustration sont favorisées par une culture de la violence et de la criminalité qui caractérise un pays d’après-guerre.

Il nous faut accompagner ces jeunes qui ont été désorientés et plongés dans la confusion à cause de la guerre qui a fait rage pendant plus de 30 ans. D’un point de vue « physique », on pourrait dire que cette guerre a pris fin mais le traumatisme psychologique et mental, les retombées se poursuivent – il n’y a pas de paix. Le soupçon, la peur et la haine nous hantent. Derrière une façade de « normalité », un effort superficiel pour continuer à vivre, un effort vain pour laisser derrière nous un passé douloureux et bourré de culpabilité, nous engage dans une spiritualité irréelle. Il nous faut développer une spiritualité authentique.


Japon : le tsunami de 2011 et ses effets de long terme

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De Michio

La voie de la reconstruction après la catastrophe est encore longue. Beaucoup de gens vivent dans des logements temporaires, je ne sais pas quand les victimes seront en mesure de passer dans des logements reconstruits. On dit qu’il faudra 10 ans pour les reloger tous. Dans la ville de Minamisanriku 62% des maisons ont été emportées par le tsunami. Il y a beaucoup de pêcheurs qui ne peuvent même pas acheter un bateau de pêche en raison des effets de la radioactivité. Pour l’avenir, nous devons réfléchir sérieusement à la façon de vivre sur la terre et de coexister avec la nature. En créant une relation de service à partir du cœur, je voudrais vous demander de prier pour nous qui allons vers l’avenir avec espoir.

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De Kimiko

L’un des principaux défis actuels pour les jeunes au Japon est de savoir comment nous pouvons continuer notre chemin de confiance avec les pays voisins. Après la catastrophe du tsunami, quand nous étions en difficulté, nous avons senti que nous étions très proches les uns des autres. Cependant, je ressens des changements rapides dans nos relations avec ces pays, en particulier avec la Chine et la Corée.

Jusqu’à maintenant, ces sentiments venaient plutôt de générations plus âgées, mais s’étendent maintenant aux jeunes générations qui ne s’intéressent pas à la politique. Je pense que tout ceci est largement ancré dans le désespoir et dans la peur énorme vis-à-vis d’un avenir incertain.

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De Yuri

J’ai participé à une retraite de deux jours avec un frère de Taizé à Shimonoseki. Je voulais depuis longtemps prendre part à une telle rencontre après avoir entendu parler de la communauté par les bénévoles de Yonekawa avec qui je travaillais pour les victimes du tsunami. Pendant la retraite, j’ai réalisé combien j’étais loin d’être en silence dans ma vie quotidienne. J’ai réalisé que le silence nous aide beaucoup à ouvrir nos cœurs dans la prière. Beaucoup de ceux qui ont participé à la retraite, je ne les avais jamais rencontrés. Après deux jours, cependant, j’ai vu des sourires sur les visages des participants qui étaient attentifs les uns aux autres. Je ressentais que nous avions beaucoup partagé dans la prière, même sans en parler. Chacun de nous, même si c’est souvent invisible, a une soif cachée d’un amour tout simple pour les autres.

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De Keiji

Le plus gros problème chez les jeunes Japonais, c’est qu’ils n’ont rien de fiable, rien qui soit digne de confiance, même si au plus profond d’eux-mêmes c’est de cela dont ils ont vraiment soif. Dans une société largement sécularisée, la religion n’est généralement pas quelque chose qu’ils peuvent réellement croire ou en quoi ils peuvent faire confiance. En outre, dans une situation économique plus difficile, leur avenir est très incertain.

De ce fait, de plus en plus de jeunes en viennent à une une sorte de racisme sophistiqué, surtout face à certains problèmes territoriaux entre le Japon et ses pays voisins. Je pense que ce genre d’idéologie peut leur apporter une réponse très simple qui leur donne l’illusion d’une sécurité. Le défi pour eux est de trouver quelque chose de vraiment fiable, et de retrouver la confiance en leurs vies. C’est de plus en plus exigeant pour eux de renforcer la confiance et la réconciliation entre le Japon et ses pays voisins.

Sur la base de l’Évangile, je tiens à semer les graines de la confiance et à partager l’espoir que nous sommes tous vraiment aimés et acceptés tels que nous sommes. C’est vraiment une grande espérance pour les jeunes et les enfants du Japon, car ils ont vraiment soif de cette réalité, mais sans aucun moyen de la trouver. Ce n’est pas facile, mais c’est ce que j’essaie de faire, pas seulement par des mots, mais aussi par mon être et par les possibilités d’expérimenter la communauté ; d’une manière humble et simple.

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Si vous souhaitez réagir ou apporter votre propre témoignage « vu d’Asie » autour du thème de la solidarité, n’hésitez pas à nous écrire : echoes taize.fr.

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