Textes bibliques commentés

Ces courtes méditations bibliques sont proposées pour soutenir une recherche de Dieu au cœur de la vie quotidienne. Il s’agit de prendre un moment pour lire en silence le texte biblique suggéré, accompagné du bref commentaire et des questions. On peut se réunir ensuite en petits groupes de trois à dix personnes chez l’un ou l’autre des participants pour un bref partage de ce que chacun a découvert, avec éventuellement un temps de prière.

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2019

septembre

Les épreuves d’un prophète : Jérémie15, 15-21
Toi, tu sais !
Seigneur, fais mention de moi,
prends soin de moi,
venge-moi de mes persécuteurs.
Que je ne sois pas victime de ta patience !
C’est à cause de toi, sache-le,
que je supporte l’insulte.
Dès que je trouvais tes paroles,
je les dévorais.
Ta parole m’a réjoui,
m’a rendu profondément heureux.
Ton nom a été proclamé sur moi,
Seigneur, Dieu de l’univers.
Je ne vais pas chercher ma joie
en fréquentant ceux qui s’amusent.
Contraint par ta main je reste à l’écart,
car tu m’as rempli d’indignation.
Pourquoi ma douleur est-elle devenue permanente,
ma blessure incurable, rebelle aux soins ?
Vraiment tu es devenu pour moi
comme une source trompeuse au débit capricieux.
Eh bien ! ainsi parle le Seigneur :
Si tu reviens, moi te faisant revenir,
tu te tiendras devant moi.
Si, au lieu de paroles légères
tu en prononces de valables,
ta bouche sera la mienne.
Ils reviendront vers toi ;
et toi, tu n’auras pas
à revenir vers eux.
Face à ces gens, je fais de toi
un mur de bronze inébranlable.
Ils te combattront,
mais ils ne pourront rien contre toi :
je suis avec toi
pour te sauver et te libérer
– oracle du Seigneur.
Je te délivre de la main des méchants,
je t’arrache à la poigne des violents.
(Jérémie 15, 15-21)

Depuis des années, Jérémie fils d’Hilquiyahou regardait attentivement le peuple d’Israël et ses dirigeants courir à la catastrophe. En 586 avant le Christ, Jérusalem a finalement été mise à sac par les Babyloniens, le Temple détruit et les élites déportées. Dans la période précédant l’exil babylonien, des notables politiques et religieux avaient tenté de rassurer le peuple. Ils trouveraient les solutions nécessaires et, selon certains, rien de mal n’arriverait parce que Dieu était avec eux. Jérémie pour sa part n’était pas d’accord. Pour lui, la situation était pire encore et leur Seigneur n’était pas un dieu bouche-trou. Seul un changement radical aurait pu conjurer la catastrophe qui menaçait.

Le livre du prophète Jérémie n’est pas facile à lire. On pourrait comparer son expérience à celle d’un médecin qui tente de convaincre son patient de changer son style de vie malsain, tandis qu’en même temps sa famille et ses amis insistent pour dire qu’ils savent mieux que lui. De façon étonnante, Jérémie ne perd jamais tout à fait l’espérance et il envisage même, aux chapitres 29 et 31, un avenir au-delà des troubles présents. Cependant, son attitude demeure inquiète. Quand un peuple est incapable d’examiner en profondeur ce qui l’afflige, que pourrait-on faire ? Si personne ne considère la maladie préoccupante, un rétablissement est-il même envisageable ? Tout cela a profondément affecté le prophète. Considéré le plus souvent comme un perturbateur et un pessimiste, Jérémie a été souvent tourné en ridicule, voire brutalisé.

L’histoire de Jérémie serait déjà assez intrigante mais de plus il y a une autre dimension du livre, qui le rend unique dans la littérature prophétique. De temps en temps, Jérémie s’adresse à Dieu et prie d’une manière extrêmement personnelle et candide. Souvent appelées les confessions ou les lamentations de Jérémie (11, 18-23 ; 12, 1-6 ; 15, 15-21 ; 17, 14-18 ; 18, 18-23 ; 20, 7-13 ; 20, 14-18), ces prières nous font pressentir le combat intérieur du prophète. Comment Jérémie a-t-il pu parler au peuple comme il l’a fait ? Comment a-t-il continué face à la résistance de ceux à qui il s’adressait ? Cela a-t-il modifié sa relation avec Dieu, et de quelle manière ?

Dans la prière qui se trouve au chapitre 15, Jérémie commence avec franchise : « Seigneur, fais mention de moi, prends soin de moi. » Tout à coup, pourtant, il devient rancunier : « Venge-moi de mes persécuteurs. Que je ne sois pas victime de ta patience ! C’est à cause de toi, sache-le, que je supporte l’insulte. » (v. 15). Le jugement sans appel qu’il devait prononcer l’a rendu vulnérable et il est désespéré. Puis, encore une fois, le ton change brusquement. Il parle de bonheur. Décrivant la Parole de Dieu en termes quasi physiques, il dit : « Dès que je trouvais tes paroles, je les dévorais. Ta parole m’a réjoui, m’a rendu profondément heureux » (v. 16). En l’espace de quelques lignes, Jérémie parcourt les hauteurs et les profondeurs, les extrêmes de la sensibilité humaine. Sa lutte n’est pas seulement contre des résistances extérieures. Dans sa propre chair, le prophète porte et la joie de Dieu et l’insensibilité du peuple. Le contraste, sans apparente solution, est intolérable. « Pourquoi ma douleur est-elle devenue permanente, ma blessure incurable, rebelle aux soins ? » (v. 18). Jérémie tire la conclusion : si aucune solution, aucune guérison n’est envisageable, alors Dieu lui-même n’est pas à la hauteur : « Vraiment tu es devenu pour moi comme une source trompeuse au débit capricieux. »

Le prophète est-il allé trop loin ? A-t-il rompu sa relation avec Dieu ? Dieu répond par un langage et des images qui rappellent le premier appel de Jérémie (1, 18-19) : « Si tu reviens, moi te faisant revenir, tu te tiendras devant moi. […] ils ne pourront rien contre toi : je suis avec toi pour te sauver et te libérer. » La confiance de Dieu est immuable. S’il n’y a pas de solution immédiate au dilemme du prophète et du peuple, Jérémie peut comprendre qu’il est encore possible d’aller de l’avant.

- Tout en sachant que le monde de Jérémie est très différent de celui de nos jours, quels parallèles est-ce que je vois entre sa situation et la nôtre ? Existe-t-il des « blessures » qui affligent notre peuple, notre monde, qui sont difficiles à affronter et qui doivent être reconnues et guéries ?

- Qu’est-ce qui me frappe dans la prière de Jérémie ? Puis-je apprendre quelque chose de sa manière de parler à Dieu ?



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