Méditation de frère Alois

Etre proche de l’humanité blessée

Jeudi 30 juillet 2015

Tout au long de cet été nous faisons mémoire de frère Roger, de sa naissance il y a cent ans, de son arrivée à Taizé il y a 75 ans et de sa mort il y a dix ans.

Si, en pleine guerre mondiale, il a fondé une communauté, c’est qu’il était convaincu que les chrétiens devaient se réconcilier pour être ensemble un ferment de paix dans la famille humaine. Il ne voulait pas rester dans la théorie, mais mettre en pratique, même à une toute petite échelle, cette paix qu’il attendait pour l’humanité.

Il disait souvent à nous les frères ou aux jeunes qui venaient à Taizé : mets en pratique le peu que tu as compris de l’Evangile. Personne ne comprend à lui seul tout l’Evangile, mais si nous mettons ne serait-ce qu’une seule parole en pratique, notre compréhension s’approfondit.


Une des paroles du Christ qui a marqué frère Roger est celle-ci : Ce que vous avez fait à l’un des plus petits c’est à moi que vous l’avez fait.

Il avait une attention particulière pour les enfants et pour les personnes blessées dans leur corps ou leur âme. Il savait les accueillir, leur donner une place, faire une fête pour eux. Combien de gens qu’il écoutait repartaient réconfortés, plus conscients de leur dignité et de leur potentiel ! Combien de gens ont compris à travers lui que leur vie comptait, qu’ils pouvaient prendre des responsabilités !

Très tôt il a envoyé des frères rejoindre des situations de pauvreté, d’abord près de Taizé, puis sur les différents continents. Et à un âge déjà avancé il est parti plusieurs fois lui-même partager un temps la vie des plus pauvres.

Quand nous les frères nous partons vivre dans des conditions difficiles, nous n’y allons pas comme une ONG. Bien sûr, dans certaines situations d’urgence, apporter une aide matérielle est absolument nécessaire, et nous le faisons aussi, dans la mesure de nos possibilités. Mais notre priorité est autre.

Notre priorité est de vivre une simple présence, essayer de comprendre les situations, être proches de ceux qui souffrent en partageant leur existence quotidienne, saisir mieux et ouvrir nos cœurs à toutes les richesses d’autres cultures, offrir un accueil, créer par de petites activités de l’amitié.

Alors nous faisons et refaisons souvent cette découverte étonnante : aider les plus pauvres n’est pas une activité à sens unique, ils nous aident aussi, par exemple ils nous aident à nous rendre mieux compte et à mieux accepter la fragilité de l’existence et la valeur inestimable de chaque vie humaine.

Aujourd’hui une partie de nos frères vivent de cette manière en petites fraternités sur différents continents. Et ces jours les frères de toutes nos fraternités commencent à rentrer à Taizé pour que nous soyons ici tous ensemble autour du 16 août, jour de l’anniversaire de la mort de frère Roger.


Je vous ai parlé de l’attention que frère Roger prêtait à des personnes blessées. Nous avons ici dans l’église une nouvelle icône, l’icône de la miséricorde. Elle montre le visage du Christ qui nous regarde avec amour.

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Par cette icône le Christ nous parle. Six petits médaillons nous racontent l’histoire du bon samaritain qui se trouve dans l’évangile de Luc au chapitre 10. Nous voyons l’homme laissé à demi mort au bord de la route, le prêtre et le lévite qui passent et poursuivent leur chemin sans s’arrêter. Puis vient un étranger, un samaritain. Il s’approche du blessé, lui donne les premiers soins et l’amène à une auberge.

Cette icône est comme un résumé de l’Évangile. Le Christ nous regarde avec amour. En lui Dieu est devenu proche de l’humanité blessée. Il ne vient pas pour condamner mais pour soigner et guérir. Et il nous invite à faire de même. Comme le samaritain, n’ayons pas peur de nous approcher de ceux qui sont blessés, abandonnés au bord de nos routes. Je pense en particulier aux migrants qui sont toujours plus nombreux de par le monde entier.


Dans un monde où la violence et la peur de l’étranger semblent devenir toujours plus fortes il importe que nous trouvions la source où puiser la paix. Vous savez que chaque dimanche après-midi depuis un an nous nous réunissons dans l’église pour une demi heure de silence et de prière pour la paix.

Bien sûr on peut se demander ce qu’une demi heure de silence ensemble change dans le monde. Je crois que ce n’est pas rien. Nous offrons à Dieu notre désir de paix et il le fait fructifier quelque part dans le monde, sans que nous sachions ni où ni comment. C’est un geste très fort d’attendre ensemble la paix de Dieu pour le monde.


Je voudrais maintenant donner la parole à Mary et Aman du Sud Soudan. Leur présence parmi nous est très précieuse. Elles sont des artisans de paix, très simplement, dans leur jeune pays qui traverse de grandes difficultés.

Bonsoir à toutes et à tous, je m’appelle Aman et avec Mary, nous venons de la nation la plus jeune d’Afrique et du monde : le Soudan du Sud.
 
Nous vous transmettons les salutations et les remerciements des sœurs de Loreto et des étudiants à Rumbek au Soudan du Sud, et particulièrement aux frères de Taizé un grand merci pour accepter l’appel du Seigneur de venir dans notre société en conflit.
 
Les frères de Taizé à Nairobi, au Kenya, nous ont rendu visite dans le diocèse de Rumbek dans une école pour les filles, administrée par des sœurs irlandaises de Loreto. À l’école nous prions avec les chants de Taizé tous les quinze jours et ceci nous a donné une grande inspiration parce que nous pouvons maintenant voir l’importance de la prière dans notre vie.
 
Nous subissons la guerre et le manque de respect pour la vie humaine, mais nous avons grand espoir que le Seigneur miséricordieux restaurera un jour une paix éternelle dans notre pays bien-aimé. Aujourd’hui, nous vous invitons et le monde entier à prier avec nous pour la paix, l’amour, le respect et la compréhension mutuelle au Soudan du Sud.
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