Cotonou 2016

Méditations de frère Alois

Jeudi 1er septembre 2016

Pour chacune et chacun d’entre nous, c’est un bonheur d’être arrivé à Cotonou et de participer à une étape du pèlerinage de confiance sur la terre. Sur le chemin de ce pèlerinage, nous avons commencé hier la quatrième rencontre internationale de jeunes en Afrique, après Johannesburg en Afrique du Sud, en 1995, Nairobi au Kenya, en 2008, et Kigali au Rwanda, en 2012.

Oui, nous sommes tellement heureux d’être réunis. Merci à la conférence épiscopale du Bénin, merci à l’Église méthodiste, d’avoir invité notre communauté de Taizé à venir préparer cette rencontre, en étroite collaboration avec les responsables de la pastorale des jeunes.

Et grand merci à ceux qui nous accueillent. Merci aux familles et aux paroisses, nous sommes touchés par la chaleur de vos cœurs, par votre hospitalité et votre générosité.

Ces jours, nous voudrions « ensemble chercher des chemins d’espérance ». Nous voudrions que cette rencontre soit un moment d’espérance pour l’avenir, qu’elle mette en évidence l’immense potentiel de créativité qui est présent aujourd’hui dans la jeunesse de cette région du monde.


Vendredi 2 septembre 2016

Quelle belle diversité il nous est donné de vivre depuis que nous sommes ensemble ! Vous êtes venus de toutes les régions du Bénin, vous êtes nombreux des pays voisins d’Afrique de l’Ouest, plus de trente heures de voyage pour ceux du nord de la Côte d’Ivoire, quarante-huit heures de bus pour ceux de N’Djamena au Tchad ! Certains sont arrivés de plus loin, même de l’Afrique du Sud ou d’Europe.

Nous voudrions remercier celles et ceux qui nous ont ouvert les portes de leurs maisons. Quand vous rentrerez ce soir, dites encore une fois un merci du cœur aux familles qui vous hébergent.

Pour beaucoup de familles, accueillir chez elles des jeunes qu’elles ne connaissent pas, qui viennent d’ailleurs, c’est une expérience nouvelle, mais c’est l’Évangile ! Le Christ nous demande de nous accueillir les uns les autres. Que tant de jeunes soient reçus dans des familles est un signe très fort que l’Évangile est vivant.

Nous sommes tellement différents les uns des autres. Mais nous avons la conviction que le Christ fait de nous une seule famille. La grande diversité entre nous, nous voudrions l’accueillir comme un don. Nous tous, nous appartenons à la même communion de l’Église. En elle, la diversité ne conduit pas à des divisions ou à des rivalités mais à un enrichissement mutuel et à une joie.

Le Christ n’est pas venu pour créer un groupe de disciples qui se démarquent des autres, qui se mettent à part, qui vivent en opposition au reste de l’humanité. Il n’a pas voulu créer une nouvelle religion, en concurrence avec d’autres. Il est venu pour abolir les divisions entre les humains et pour nous unir en Dieu. Il est venu rassembler tous les humains dans l’amour de Dieu.

Écouter et intérioriser ce message d’unité de l’Évangile peut nous donner un grand dynamisme. Exprimer ce message par notre vie peut même devenir le sens de nos existences.

Il est vrai que tant de situations autour de nous obscurcissent le message de paix, de joie et de solidarité de l’Évangile. Nous sommes parfois gagnés par un sentiment d’impuissance face aux injustices et aux menaces qui pèsent sur l’avenir. Beaucoup d’entre vous se demandent : quel sera mon gagne-pain dans le futur, pour moi et ma famille ?

Alors, pendant ces jours, nous voudrions nous poser cette question : Quels chemins d’espérance pouvons-nous ensemble ouvrir aujourd’hui ? Comment sortir de l’attentisme, d’une passivité qui attend un changement venant de l’extérieur, venant d’en haut ?

Tous nous voudrions trouver comment prendre en main notre existence. Pour cela il est essentiel de revenir toujours à nouveau à la source de notre espérance. Et notre espérance repose d’abord sur notre confiance en Dieu. Voilà pourquoi la prière commune est au cœur de notre rencontre. C’est la prière qui nourrit notre espérance.

Je voudrais alors insister sur la nécessité de renouveler notre prière. Même si elle est toute pauvre, parfois seulement un balbutiement ou un soupir, soyons sûrs que Dieu sait nous entendre. Par la prière nous ouvrons notre cœur à son amour et rien ne peut nous séparer de son amour. Cet amour pour chacun de nous est inconditionnel. Là est la source à laquelle nous puisons.

Dans la prière, nous pouvons être là, simplement, gratuitement. Si nous n’arrivons pas à exprimer notre désir intérieur par des paroles, faire silence est déjà l’expression d’une ouverture à Dieu.

Ce silence permet d’être seul devant Dieu, même dans une grande assemblée. Dans le silence, telle parole de la Bible peut grandir en nous. Dans de longs silences où apparemment rien ne se passe, Dieu est à l’œuvre, sans que nous sachions comment.

La Vierge Marie est l’image d’une attente silencieuse mais ardente de Dieu. Depuis toujours, elle était aimée de Dieu et préparée pour ce qu’il allait lui demander. Et pourtant aucun de ses voisins qui la côtoyaient ne pouvait deviner le mystère que Marie de Nazareth portait en elle. Les plus grands mystères ne se passent-ils pas dans un profond silence ?

L’espérance du Christ que nous puisons dans la prière, comment pouvons-nous la partager avec d’autres face à la complexité des problèmes qui nous entourent, la grande pauvreté, les injustices, les menaces de conflits ? Oui, comment découvrir des chemins d’espérance pour l’avenir ?

Par mes frères africains, par d’autres aussi, je sais qu’il y a de plus en plus de jeunes en Afrique qui prennent la responsabilité de leur avenir. Ils n’attendent pas des solutions ou des aides de l’extérieur. Ils voudraient mettre en œuvre l’immense potentiel de créativité qui les caractérise.

Cherchons dans cette direction pendant cette rencontre. Cherchons ensemble quels engagements sont à la portée de chacun. Soutenez-vous mutuellement dans vos groupes, vos mouvements, vos Églises.

Les carrefours des après-midi de notre rencontre sont le lieu d’une recherche dans ce sens. Je remercie tous ceux qui ont accepté de venir nous rejoindre pour partager leur expérience et leur compétence.

Cherchons en particulier quels gestes accomplir face à des situations de détresse afin d’aller vers ceux qui souffrent, être proches de ceux qui sont mis de côté, maltraités !

Nous découvrirons ainsi la présence du Christ même là où nous ne l’aurions pas attendue. Ressuscité, il est là, au milieu des humains, au milieu de ceux qui sont plus pauvres que nous. Il nous devance sur les chemins de la compassion. Et déjà, par l’Esprit Saint, il renouvelle la face de la terre.


Samedi 3 septembre 2016

Dès demain après-midi, tous vous allez repartir chez vous, dans vos pays. La rencontre de Cotonou sera terminée mais le pèlerinage, lui, va continuer. Il ne suffit pas de vivre la paix et la réconciliation pendant quelques jours à Cotonou. Dieu nous envoie tous ouvrir de nouveaux chemins d’espérance, là où nous habitons.

Le « pèlerinage de confiance sur la terre » a été lancé voici de nombreuses années par frère Roger, le fondateur de notre communauté de Taizé. Ce pèlerinage est fait de rencontres qui ont lieu sur tous les continents, comme la rencontre de ces jours. Ce pèlerinage permet à des jeunes de mettre en commun leurs attentes, leurs expériences, et de prendre un nouvel élan.

Mais le pèlerinage ne finit pas quand une rencontre est finie. Chacun est appelé à continuer dans sa vie quotidienne, dans son pays. Continuer, cela signifie en tout cas deux choses.

D’abord continuer à approfondir la foi. Nous avons besoin de plus de conviction personnelle pour suivre le Christ. Il ne s’agit pas seulement d’observer une pratique mais de prendre toujours à nouveau une décision pour croire personnellement au Christ. Qui est le Christ pour moi ? A quoi m’appelle-t-il ?

En second lieu, continuer le pèlerinage dans la vie quotidienne signifie devenir des pèlerins d’espérance et de confiance au milieu de ceux qui nous entourent.

Pour vous encourager dans ce pèlerinage, à chacun des pays représentés à notre rencontre de Cotonou va être donnée une icône, une belle image très ancienne. Elle est du sixième siècle et vient d’Afrique du Nord, de l’’Égypte. C’est l’icône de l’amitié. Nous y voyons le Christ mettre sa main sur l’épaule de son ami pour marcher avec lui, pour l’accompagner. 

Tous, nous pouvons nous reconnaître dans cet ami du Christ. Si, ressuscité, le Christ est invisible à nos yeux, nous pouvons pourtant nous confier à sa présence. Il met sa main sur notre épaule et nous accompagne, il accompagne chacune et chacun sans exception. 

Cette amitié que nous recevons du Christ, elle s’appelle aussi miséricorde et cette année ce mot de miséricorde marque la marche de notre pèlerinage, dans le même esprit que l’année de la miséricorde lancée par le pape François. 

Dieu est amour et pardon, et l’Évangile nous appelle à témoigner par nos propres vies de cette compassion de Dieu, à éveiller en nous le courage de la miséricorde.

La miséricorde n’est pas seulement un sentiment, nous avons besoin de courage pour aller vers les autres, dépasser des frontières, des déchirements entre humains, créer la communion, nous approcher en particulier des situations de détresse que nous rencontrons sur notre chemin.

Quand nous prenons conscience de l’amitié que Dieu a pour chacun de nous, nous découvrons un nouveau courage pour élargir notre amitié à tous ceux qui nous sont confiés et en particulier aux personnes les plus vulnérables. Ainsi beaucoup consacrent leur vie aux enfants, aux malades, aux exclus ou aux abandonnés.

Quand vous serez de retour chez vous, cherchez quelle division vous aimeriez surmonter, quel geste de solidarité vous voudriez accomplir. Osez faire un pas vers les autres. Il y aura des surprises, peut-être difficiles, mais, j’en suis sûr, vous trouverez aussi une joie profonde.

L’apôtre Jean nous le redit dans la lecture que nous venons d’entendre : « N’aimons pas seulement en paroles, avec de beaux discours ; faisons preuve d’un véritable amour qui se manifeste par des actes. »

Vous allez emmener une copie de l’icône de l’amitié dans vos divers pays. La présence de cette icône à vos côtés vous aidera à accomplir de petits « pèlerinages de confiance » dans des lieux où des jeunes se retrouvent, d’une ville à une autre, d’une paroisse à une autre, dans un hôpital ou un centre d’accueil d’enfants abandonnés, et encore dans d’autres lieux où des personnes souffrent. 

Par ce simple moyen, vous pourrez transmettre la Bonne Nouvelle de l’Évangile autour de vous.

Pour terminer, je voudrais dire, à travers vous, un grand merci aux chrétiens d’Afrique. L’Afrique est un continent jeune, dans les églises il y a une grande vitalité. De retour en Europe, je voudrais appeler les jeunes européens à se laisser toucher par cette vitalité de la foi en Afrique, cette vitalité vous permet d’être debout, d’affronter des situations difficiles et en même temps de garder la joie.

De retour en Europe, je voudrais aussi inviter les jeunes européens à écouter la demande de tant d’africains qui aspirent à plus de justice dans les relations politiques et économiques internationales. Répondre à cette demande est une des conditions pour que vous, les jeunes africains, vous puissiez envisager sereinement de contribuer à la construction de l’avenir chez vous.

Alors que des tensions et des menaces peuvent susciter le découragement ou le repli sur soi, les chrétiens d’Afrique et ceux d’Europe ont besoin de se mettre ensemble pour se soutenir mutuellement. Puis-je alors me permettre de poser à chacune et à chacun d’entre vous cette dernière question : déjà nombreux sont ceux qui se préparent à ouvrir ensemble des chemins neufs de fraternité et de paix, seras-tu parmi ceux-là ?

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