Comprendre et aimer les migrants et les réfugiés

Jeudi soir, au cours de la semaine de réflexion sur les migrations [http://www.taize.fr/fr_article22042.html], la prière du soir et la méditation de frère Alois ont été diffusées en direct sur la page Facebook de Taizé [http://www.facebook.com/taize].

Méditation de frère Alois

Cette semaine 300 jeunes adultes parmi vous participent à une réflexion et à des échanges sur les migrations. Nous suivons en cela une proposition du Père Michael Czerny. Ce jésuite vient de Rome. Il a été nommé par le pape François pour coordonner et stimuler l’action pour les migrants et réfugiés dans le monde.

A côté de lui d’autres personnes partagent cette semaine leur engagement et leur expérience : la sociologue Catherine Withol de Wenden, des représentants de l’Agence de l’ONU chargée des migrants, de la Fédération luthérienne mondiale, du Service Jésuite des Réfugiés, de diverses associations, trois députés du Parlement européen, Pascal Brice, directeur de l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides, et d’autres aussi.

Parmi ces intervenants, je mentionne encore l’archevêque anglican de York, John Sentamu, à qui j adresse une salutation particulière. Il est venu et a fait tout le voyage en bus avec 200 jeunes du Yorkshire.

Comprendre le phénomène des migrations nous tient à cœur, à nous les frères. Et nous voudrions partager avec vous tous cette préoccupation.

Je devrais dire plutôt : comprendre et aimer les personnes, les migrants et les réfugiés. Déjà au début de notre communauté, quand le jeune frère Roger vivait encore tout seul ici, pendant la Deuxième Guerre mondiale, il accueillait dans la maison des personnes qui fuyaient la zone occupée de la France, des juifs en particulier. La ligne de démarcation entre les deux parties de la France passait à quelques kilomètres d’ici.

Plus tard ont été accueillis autour de notre communauté des Portugais, des Vietnamiens, des Rwandais, des Bosniaques. Et, ces toutes dernières années, des familles d’Égypte, de l’Irak et de la Syrie, et aussi un groupe de jeunes adultes du Soudan, d’Afghanistan et d’Érythrée, ces derniers étant presque tous musulmans.

Toutes ces personnes avaient besoin d’aide. Mais, aussi étonnant que cela soit, nous avons reçu beaucoup plus que nous avons donné. Nos yeux se sont ouverts à des situations dont la gravité est inimaginable. Une profonde amitié est née entre nous. Je ne cesse de leur dire : c’est Dieu qui vous a envoyés à nous.

Un fruit inattendu est la solidarité manifestée par beaucoup de personnes de notre région qui apportent toutes sortes d’aides très concrètes. Je peux dire sans exagérer que, grâce à la présence des réfugiés, un tissu social s’est renforcé dans cette région.


Bien sûr, l’augmentation très forte du nombre de migrants et de réfugiés pose des questions auxquelles il n’y a pas de réponses faciles. La peur que certains ont est compréhensible. Mais je suis convaincu que sans des contacts personnels avec les migrants, nous ne trouverons pas de solutions.

J’espère tellement que les migrations dans le monde provoquent une nouvelle solidarité entre les peuples. Est-ce que, en tant que chrétiens, notre foi n’implique pas une responsabilité particulière pour promouvoir une telle solidarité ?

Et nous pouvons alors faire une découverte - c’est notre propre expérience à Taizé : notre foi, notre confiance en Dieu est soutenue et approfondie à travers l’ouverture aux autres. Pour nous, les frères, l’ouverture à l’autre, de quelque horizon qu’il vienne, et la confiance en Dieu sont inséparables.

Ce n’est pas une attitude naïve. La confiance en Dieu nous pousse à aller vers l’autre sans crainte et de manière très concrète, à voir la réalité de près avec toute sa complexité, et à discerner ce qui est nécessaire. Au contraire nous laisser guider par la peur nous isole et notre vision de la réalité devient abstraite, brouillée.

Il faut aller encore plus profond. Le Christ Jésus est venu pour unir toute la famille humaine dans l’amour de Dieu. Il a donné sa vie pour cela sur la croix. Il est dès lors uni à chaque être humain et c’est lui que nous pouvons voir dans chaque personne, et surtout la plus pauvre et la plus abandonnée. Il est là, en particulier, dans chaque réfugié que nous rencontrons.


Nous les frères, nous voudrions vivre en communauté un signe de cette unité de la famille humaine, c’est le Christ qui nous unit au-delà des frontières de confessions et de pays. Et c’est pourquoi nous sommes heureux d’accueillir cette semaine dans notre communauté un nouveau frère qui vient de très loin.

Samedi soir, lors de la prière commune, Patrick du Kenya va recevoir le vêtement de prière. Il commencera alors à se préparer à dire dans quelques années le oui au Christ pour toute sa vie dans notre communauté.

Il a déjà vécu un temps avec nos frères à Nairobi et c’est une très grande joie pour nous qu’il franchisse cette grande distance entre son pays, sa famille, pour nous rejoindre à Taizé.

J’ai beaucoup parlé sur les migrants et les réfugies. Il est plus important que nous écoutions maintenant l’un d’entre eux. J’ai demandé à Murtada de nous parler ce soir et je lui passe le microphone.


Murtada : Bonsoir à tous ! Je m’appelle Murtada et je suis Soudanais, du Darfour. J’ai 24 ans.

J’ai quitté le Darfour quand j’avais 16 ans, pour fuir les attaques et la violence provoquées par les milices armées. Je suis allé à Khartoum, la capitale de mon pays, mais là-bas j’étais persécuté. Une fois la police m’a mis en prison, juste à cause de mes origines au Darfour. Quand ils m’ont libéré, j’ai décidé de partir et je suis allé dans une autre région du Soudan, le Kordofan. Malheureusement là aussi c’était très difficile. Je suis donc parti en Libye.

Je suis resté deux mois en Libye. Il y avait beaucoup de violence et d’insécurité. Alors un jour je me suis aventuré dans la méditerranée, je cherchais la paix. Comme en Italie ce n’était pas évident, j’ai continué et je suis arrivé à Calais, en France. Avec d’autres Soudanais, de Calais j’ai été envoyé à Taizé. J’ai été très bien accueilli ici et j’ai ensuite décidé de faire une demande d’asile. Les frères de la communauté et les habitants du village nous ont aidé avec les papiers. Aujourd’hui je suis reconnu comme réfugié.

Pour moi, c’est très difficile d’être loin de ma famille et de mon pays. Je vis maintenant à 10 kilomètres de Taizé, à Cluny. J’ai pu y louer un petit studio. Je fais des petits boulots en intérim, ça reste très précaire. J’aimerais faire une formation comme mécanicien, mais je n’ai pas encore réussi à trouver un garage qui accepte de m’embaucher.

Je suis musulman et j’ai reçu un accueil très respectueux de la part des chrétiens. Les frères de la communauté sont devenus des amis, c’est vraiment comme des frères. Avec quelques voisins, ils sont la famille que j’ai en France.


Un enfant : Il y a des fleurs pour ceux du Japon, Corée, Chine, Taïwan, Hong Kong, Indonésie, Timor Oriental, Thaïlande, Laos, Myanmar, Bangladesh, Inde, Liban, Syrie, Jordanie, Irak et Palestine.

Pour ceux de l’île de la Réunion, Congo, Ouganda, Kenya, Cameroun, Tchad, Nigeria, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Togo, Ghana, Soudan, Érythrée, Éthiopie, Sénégal, Guinée-Conakry, Guinée-Bissau, Maroc, Libye, Égypte et Madagascar,

Pour ceux de Russie, Estonie, Norvège, Finlande, Suède et Danemark.

Pour ceux de Biélorussie, Lituanie, Pologne, Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg, Belgique, Grande-Bretagne et Irlande.

Pour ceux de l’Ukraine, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie, Autriche, Suisse et France.

Pour ceux de l’Arménie, Roumanie, Serbie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Slovénie, Grèce, Italie, Espagne et Portugal.

Pour ceux de l’Australie, États-Unis et Canada.

Pour ceux de l’Argentine, Chili, Uruguay, Bolivie, Brésil, Colombie, Costa Rica, Nicaragua, Venezuela, Guatemala, Panama, République Dominicaine, El Salvador, Haïti, Porto-Rico et Mexique.



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[1Picture : Tobias Kalkman

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