Nairobi

Méditations de frère Alois

La rencontre de Nairobi a eu lieu du 26 au 30 novembre 2008.
Chaque soir de la rencontre, frère Alois a donné une méditation.
Les textes de ces méditations sont publiés ici.

jeudi 27 novembre

C’est une grande joie de nous trouver rassemblés ici à Nairobi, pour nous poser ensemble cette question : Quelle espérance sommes-nous appelés à partager aujourd’hui ?

Pendant de longs mois, un très bel accueil a été préparé ici, plus de 80 paroisses y ont participé. Déjà nous voudrions remercier tous ceux qui ont ouvert leurs portes et ont rendu possible notre rencontre.

Quelle diversité parmi nous ! Vous êtes venus de beaucoup de pays d’Afrique, et même certains sont venus d’autres continents. Cette grande diversité, nous voudrions l’accueillir comme un don. Nous tous, nous appartenons à la même communion de l’Église, la famille de Dieu.

Pour ma part, je voudrais dire combien je me réjouis de me retrouver une nouvelle fois dans cette ville où, voici juste trente ans, j’étais venu passer plusieurs semaines avec frère Roger, le fondateur de notre communauté, et d’autres frères. Nous avions alors vécu dans le quartier de Mathare Valley.

Je me rappelle bien de ce séjour. Les premiers à nous accueillir étaient les enfants. Ils aimaient nous rejoindre pour la prière et ils nous ont enseigné un chant : « Simama ». C’étaient eux qui nous ont aidés à trouver tant d’amitié et de confiance. Quelques frères ont vécu à Matharey Valley, puis à Kangemi pour dix ans.

Aujourd’hui, partout dans le monde, la société et les comportements se modifient rapidement. Des possibilités prodigieuses de développement se multiplient mais en même temps la pauvreté et des injustices continuent, des instabilités apparaissent aussi, des inquiétudes face à l’avenir s’accentuent.

Pour que le progrès technique et économique aille de pair avec plus d’humanité, il est indispensable de chercher un sens plus profond à l’existence. Face à la lassitude ou au désarroi de beaucoup, se pose la question que nous voudrions aborder pendant cette rencontre de Nairobi : de quelle source vivons-nous ? A quelle source trouvons-nous l’espérance ?

Des siècles avant le Christ, le prophète Isaïe pointe vers une source quand il écrit : « Ceux qui espèrent dans le Seigneur renouvellent leurs forces. Ils courent sans lassitude et marchent sans fatigue. » (Isaïe 40.31)

Comment désensabler en nous la source ? N’est-ce pas en étant attentifs à la présence de Dieu ? Là nous pouvons puiser l’espérance et la joie. En ouvrant à Dieu les portes de notre propre cœur, nous préparons aussi le chemin de sa venue pour beaucoup d’autres.

Oui, Dieu est présent en chacun, croyant ou non. Dès sa première page, la Bible décrit avec grande beauté poétique le don que Dieu fait de son souffle de vie à tout être humain. Son souffle nous rend vivants, nous met debout.

En venant sur la terre à Noël, Jésus a révélé l’infini amour de Dieu pour chaque personne. En se donnant jusqu’au bout, il a inscrit le oui de Dieu au plus profond de la condition humaine. Depuis la résurrection du Christ, nous ne pouvons plus désespérer du monde ou de nous-mêmes.

Depuis lors, le souffle de Dieu, l’Esprit Saint, nous est donné pour toujours. Par son Esprit qui habite en nos cœurs, Dieu dit oui à ce que nous sommes, même si nous pensons ne pas le mériter. Nous ne pouvons pas nous lasser d’écouter ces paroles du prophète Isaïe : « Le Seigneur trouvera en toi son plaisir, et ta terre sera épousée. »

Consentons alors à ce que nous sommes ou ne sommes pas. Osons créer même à partir de ce qui n’est pas parfait. Même chargés de fardeaux, nous recevrons notre vie comme un don et chaque jour comme un aujourd’hui de Dieu.

Ici en Afrique, les épreuves n’enlèvent pas le sens de la dignité. Les difficultés de la vie n’évacuent pas la joie, la gravité n’exclut pas la danse. Nombreux sont ceux qui refusent de céder au désespoir. En première ligne se trouvent souvent les femmes, elles qui assument, avec inventivité et persévérance, tant de tâches dans la famille et dans la société.

Que pouvons-nous faire pour partager l’espérance face à la complexité des problèmes qui nous entourent, la grande pauvreté, les injustices, les menaces de conflits ? Quels engagements sont à notre portée ? N’est-ce pas d’aller vers les autres, concrètement, dans une grande simplicité ? Dépassons les cloisonnements de nos sociétés ! Allons vers ceux qui souffrent ! Visitons ceux qui sont mis de côté, maltraités !

Où que nous soyons, cherchons, seuls ou à quelques-uns, quels gestes accomplir dans des situations de détresse. Nous découvrirons ainsi la présence du Christ même là où nous ne l’aurions pas attendue. Ressuscité, il est là, au milieu des humains. Il nous devance sur les chemins de la compassion. Et déjà, par l’Esprit Saint, il renouvelle la face de la terre.

vendredi 28 novembre

Hier je vous ai dit combien il était essentiel d’être attentifs à la présence de Dieu dans nos vies. Là nous pouvons puiser l’espérance que nous voudrions partager. Pour découvrir toujours mieux la présence de Dieu, sommes-nous assez conscients que nous avons ce trésor qu’est la Bible ?

Récemment j’étais trois semaines à Rome, invité à un Synode qui rassemblait des Evêques de tous les continents. J’y ai rencontré le cardinal Njue, qui s’y trouvait aussi. Le sujet était celui de la Bible, la Parole de Dieu, et de sa place dans notre vie. Nous avons entendu des témoignages venant du monde entier. Certains étaient comme des perles précieuses. Je vous en donne deux exemples.

Un évêque des Philippines, en Asie, a parlé de l’écoute. Il disait que, pour mieux comprendre la Parole de Dieu, nous devons apprendre à écouter. Il a parlé des événements qui montrent les effets tragiques du manque d’écoute : conflits dans les familles, fossés entre générations et pays, violences… Il a souligné que l’Eglise pouvait offrir un milieu de dialogue et d’écoute.

Puis cet évêque des Philippines a dit des mots très forts. Les voici : « Dieu parle mais Dieu ne parle pas seulement. Dieu écoute aussi, en particulier les veuves, les orphelins, les persécutés, les pauvres qui n’ont pas de voix. Alors, pour comprendre la Parole de Dieu, nous devons apprendre à écouter à la manière de Dieu. »

Un autre évêque, venu de Lettonie, petit pays du Nord de l’Europe, a exprimé un témoignage émouvant. Cet évêque a raconté que, dans son pays, pendant le régime soviétique, des prêtres et de simples croyants sont morts pour avoir proclamé la Parole de Dieu. Un prêtre de Lettonie appelé Victor a un jour été arrêté parce qu’il possédait une Bible. Les agents du régime ont jeté la Bible par terre et ont ordonné au prêtre de la piétiner. Mais lui s’est agenouillé et a baisé le livre. Alors il a été condamné à dix ans de travaux forcés en Sibérie.

Quand on entend de tels témoignages, on comprend combien la Bible a été aimée et a transformé la vie de nombreuses personnes. Nous sommes heureux que l’Eglise fasse aujourd’hui un grand effort pour que tous les croyants puissent avoir une Bible. Et même si ce n’est pas encore le cas nous pouvons nous réunir dans nos paroisses, lire un texte ensemble et nous interroger sur ce qu’il signifie dans notre vie.

Bien sûr, il n’est pas toujours facile de lire la Bible, on y trouve des textes qu’on ne comprend pas. Nous avons besoin de connaisseurs qui nous aident à la lecture. Pour rendre plus facile un accès à la Bible, il est important de souligner deux aspects.

Le premier aspect : tous nous pouvons nous rappeler que ce qui est au cœur de la Bible, c’est l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Pour Jésus, c’est cela qui résume toute l’Ecriture.

Ce qui est passionnant dans la Bible, c’est qu’elle raconte toute l’histoire de cet amour. Cela commence par la fraîcheur d’un premier amour, puis il y a aussi les limites et même les infidélités. Mais Dieu ne se fatigue pas d’aimer, il ouvre des chemins, il cherche toujours son peuple. En fait, la Bible est l’histoire de la fidélité de Dieu. Un jour il dit à son peuple, par un des prophètes : « Une femme oublie-t-elle son petit enfant ? Même si les femmes oubliaient, moi je ne t’oublierai pas. »

L’autre aspect, c’est celui-ci : à travers la venue du Christ, Dieu partage notre vie et même notre souffrance jusqu’à la mort. Le Christ porte en lui tout le message de Dieu. Dans ce sens là, l’Evangile nous dit que le Christ est lui-même la Parole de Dieu. Quand nous lisons les Ecritures nous le rencontrons lui, le Christ, nous écoutons sa voix, nous entrons dans une relation personnelle avec lui.

C’est pourquoi, à Taizé, nous aimons chanter certaines paroles de l’Ecriture, comme nous le faisons aussi ces jours dans nos prières communes. Le chant qui se répète permet d’intérioriser une parole. Nous aimons aussi les longs silences vécus ensemble. Dans le silence, telle ou telle parole de la Bible peut grandir en nous.

Nous ne retenons parfois qu’une seule parole, l’important est de la mettre en pratique. C’est en la mettant en pratique que nous la comprenons mieux. Alors chacun peut se demander : quelle parole m’a touché personnellement pendant ces jours de rencontre et que je peux mettre en pratique ?

samedi 29 novembre

Ce soir je voudrais dire la reconnaissance du cœur pour l’hospitalité que nous avons reçue ici à Nairobi. Nous voulons remercier en particulier toutes les familles, les communautés religieuses et les paroisses qui ont ouvert leurs portes pour héberger.

Cette rencontre de Nairobi a voulu contribuer à construire des relations plus fraternelles et à sortir des fausses représentations des autres, entretenues par le manque de contact entre peuples et par les blessures de l’histoire. Si nous ne pouvons pas refaire le passé, ces jours nous avons découvert la joie de traverser les frontières et de recevoir les uns des autres.

L’accueil des chrétiens de Nairobi nous a donné de redécouvrir combien l’Église est un lieu d’amitié ouvert à tous. Demain nous allons repartir à la maison. Nous voudrions continuer d’approfondir cette amitié dans notre vie quotidienne.

À tous il nous est donné de vivre une amitié avec le Christ. Ce n’est pas pour rien qu’il nous dit dans l’Évangile : « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis. » Il dit à chacun : tu es tout proche de Dieu, et cela pour toujours.

Même si notre foi est toute petite, même si nous avons l’impression que le doute est fort en nous, Dieu ne cesse de chercher notre amitié.

Il y a ici une icône qui exprime cela, l’icône de l’amitié. Elle est du sixième siècle et vient d’Afrique du Nord, de l’ Egypte. Nous y voyons le Christ mettre sa main sur l’épaule de son ami pour marcher avec lui, pour l’accompagner.

Tous, nous pouvons nous reconnaître dans cet ami du Christ. Si, ressuscité, le Christ est invisible à nos yeux, nous pouvons pourtant nous confier à sa présence. Il accompagne chaque être humain sans exception.

Regarder cette icône, c’est déjà une prière qui nous unit à Dieu.

Et cette amitié du Christ nous la vivons aussi entre nous. Le Christ nous réunit dans une seule communion, celle de l’Eglise. Elargissons alors cette amitié, dépassons les séparations qui demeurent !

En Afrique, face aux déchirements que connaît le continent, beaucoup poursuivent courageusement la recherche de réconciliation et d’apaisement. Pour les chrétiens, il s’agit de tenir à cette espérance : le lien du baptême dans le Christ est plus fort que les divisions. Il est des chrétiens africains qui ont payé de leur vie cette conviction de la foi.

Quand nous prenons conscience de l’amitié que Dieu a pour chacun de nous, nous découvrons un nouveau courage pour élargir notre amitié à tous ceux qui nous sont confiés et en particulier aux personnes les plus vulnérables. L’Église en Afrique est souvent si attentive à ceux qui sont exclus ou abandonnés.

Votre capacité d’accueillir et votre engagement pour la justice, nous voudrions les partager avec des jeunes de tous les continents Fin décembre, aura lieu à Bruxelles une rencontre européenne avec des milliers de jeunes, plus tard ce sera une rencontre de jeunes en Asie. Nous leur transmettrons votre amitié.

Nous avons préparé plusieurs copies de l’icône de l’amitié, une pour chaque pays d’Afrique représenté ici.

Cette icône vous aidera à accomplir de petits « pèlerinages de confiance » dans des lieux où des jeunes se retrouvent, d’une ville à une autre, d’une paroisse à une autre, dans un hôpital ou un centre d’accueil d’enfants abandonnés, et encore dans d’autres lieux où des personnes souffrent.

Par ce simple moyen, vous pouvez transmettre la Bonne Nouvelle de l’Evangile et vivre la dimension missionnaire de notre foi. La présence de cette icône à vos côtés vous aidera à lutter avec un cœur réconcilié.

Aujourd’hui c’est surtout vous, les jeunes, qui êtes appelés à transmettre la joie de l’Evangile à d’autres. Rappelez-vous alors : le Christ cherche votre amitié, il met l’Esprit Saint en vous, il vous précède et vous accompagne partout où vous allez.

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