Méditations sur la joie, la simplicité et la miséricorde

Pendant le rassemblement pour une nouvelle solidarité, chaque matin un frère a fait une courte méditation biblique à la fin de la prière pour introduire le thème du jour. Ces méditations sont publiées ici et seront reprises pendant les prochains mois dans la page « Textes bibliques commentés ».

Jeudi soir, frère Alois a aussi exprimé une méditation.

Lundi : Oser la joie

Jésus dit : « Le Royaume des cieux ressemble à un trésor caché dans un champ. Un homme découvre ce trésor et le cache de nouveau. Il est si heureux qu’il va vendre tout ce qu’il possède et revient acheter ce champ. Le Royaume des cieux ressemble encore à un marchand qui cherche de belles perles. Quand il en a trouvé une de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède et achète cette perle. »
(Matthieu 13, 44-46)

Nous venons de prier et chanter ensemble notre louange du matin. Dans l’Évangile, nous avons entendu deux paraboles du royaume des cieux. Jésus n’y parle pas d’un lieu ou d’un temps lointains, mais il annonce Dieu qui vient maintenant, sa présence parmi nous aujourd’hui. « Toi, Dieu saint, tu trônes sur les louanges », dit le verset d’un psaume (Ps 22, 4). Dieu règne dans le ciel, mais il établit son trône et son règne aussi au milieu de son peuple qui le chante.

« Le Royaume des cieux ressemble à un trésor caché dans un champ », « à un marchand qui cherche de belles perles ». Jésus compare la venue de Dieu dans notre vie et notre monde au bonheur d’une découverte, à la joie que suscite ce qui est incomparablement précieux, infiniment beau.

Un homme laboure un champ. Sa charrue cogne contre un obstacle. Mais ce n’est ni une grosse pierre ni une souche. Obligé d’interrompre son travail, il regarde de plus près, et il comprend qu’il est tombé sur un trésor. Il a fait la trouvaille de sa vie ! Un trésor d’une valeur inestimable dormait dans le champ qu’il labourait, et personne ne le savait.

Le héros de la deuxième parabole est un marchand. Chercher de belles perles pour les revendre, c’est son travail. Mais comme à l’ouvrier agricole, il lui arrive un jour une surprise inouïe. Il trouve bien mieux que ce qu’il cherche : une perle précieuse telle qu’il n’en a jamais vue, et qui va bouleverser son existence.

Le cœur de l’ouvrier a dû battre très fort quand il a trouvé le trésor. Sa vie est désormais assurée, il n’aura plus jamais de soucis à se faire. Il est saisi de bonheur, mais il garde la tête froide. Il cache de nouveau le trésor, personne ne doit même avoir connaissance de son existence. Il veut être sûr de l’avoir pour lui. Pour se procurer l’argent nécessaire à l’achat du champ où il est caché, il vend tout ce qu’il possède. Il achète le champ, et le trésor est à lui.

Le marchand de perles est tout aussi heureux quand il trouve la perle de sa vie, plus belle que tout ce qu’il a jamais vu. Et lui aussi vend tout ce qu’il possède pour obtenir ce qui fait le bonheur de ses yeux et la joie de son cœur.

Comment accueillir le royaume de Dieu ? Comment accueillir Dieu quand il vient régner parmi nous, quand il entre dans notre vie et dans notre monde ? Sa venue met devant un choix assez particulier. Il ne s’agit pas de choisir entre un bien et un mal. Ce à quoi l’ouvrier et le marchand renoncent n’est pas un mal. Au contraire, ils renoncent à leurs biens. Ils renoncent joyeusement à ce qui est bon pour ce qui est infiniment beau et incomparablement précieux.

Quand Dieu vient et qu’il entre dans nos vies, il faut choisir. Jésus nous propose d’opter pour la joie, pour le trésor, pour la perle précieuse. Or la joie va de pair avec des renoncements, c’est ce que mettent en évidence les paroles de Jésus. La joie a dépouillé les héros des deux paraboles de tous leurs biens. Ils ont osé se réjouir, et leur joie les a fait vendre tout ce qu’ils possédaient.

Le Christ nous invite à préférer la joie de Dieu à nos biens, à nos acquis et nos projets. Il pourra même nous arriver d’avoir à préférer la joie à nous-mêmes. La joie va avec l’oubli de soi.

Les histoires de l’ouvrier et du marchand qui renoncent joyeusement à leur biens nous enseignent à quel point la joie rend libre.

  • Depuis mon arrivée à Taizé, quel trésor ou quelle perle ai-je trouvé ? Qu’est-ce qui m’a surpris ? Qu’est qui m’a réjoui ?
  • Quand est-ce qu’un renoncement m’a rendu plus heureux ? Quand est-ce que la joie m’a rendu plus libre ?

Mardi : La tristesse changée en joie

Jésus se rendit compte que ses disciples désiraient l’interroger. Il leur dit donc : « Je vous ai déclaré : ‹D’ici peu vous ne me verrez plus, puis peu de temps après vous me reverrez.› Est-ce à ce sujet que vous vous posez des questions entre vous ? Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : vous pleurerez et vous vous lamenterez, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. Quand une femme va mettre un enfant au monde, elle est en peine parce que le moment de souffrir est arrivé pour elle ; mais quand le bébé est né, elle oublie ses souffrances tant elle a de joie qu’un être humain soit venu au monde. De même, vous êtes dans la peine, vous aussi, maintenant ; mais je vous reverrai, alors votre cœur se réjouira, et votre joie, personne ne peut vous l’enlever ».
(Jean 16, 19-22)

Pour les amis de Jésus, le temps passé avec lui était une fête. Jésus lui-même le voulait ainsi, il leur avait dit dès le début : « Pensez-vous que les invités d’une noce peuvent être tristes pendant que le marié est avec eux ? Bien sûr que non ! » (Mt 9, 15). Dans les villes et villages de Galilée, avec Jésus, c’était une fête de lieu en lieu.

Dès le début aussi, Jésus avait dit des paroles énigmatiques que personne ne pouvait encore comprendre : « Le temps viendra où le marié sera enlevé ». La fête sera finie. La veille de sa mort, Jésus le dit ouvertement : « D’ici peu vous ne me verrez plus ». C’est ce passage de l’Évangile que nous avons lu pendant la prière. Jésus sait qu’il va mourir. Et il sait combien ce sera dur pour ses amis. « Oui, je vous le déclare, dit Jésus, c’est la vérité : vous pleurerez et vous vous lamenterez ».

Mais il y a un au-delà de cette tristesse. « D’ici peu vous ne me verrez plus, puis peu de temps après vous me reverrez. » En mourant, Jésus s’en est allé. Mais il est revenu de la mort, et ses amis l’ont vu, Marie de Magdala la première, puis Pierre et Jean et beaucoup d’autres.

La joie chrétienne est une joie pascale. Elle n’est pas détruite par la souffrance et la mort, par l’absence de l’Aimé, l’absence de Dieu. Jésus l’a dit : « Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie ».

La joie chrétienne est une joie pascale. Elle n’est pas le contraire de la tristesse. La joie pascale habite nos peines et nos tristesses, et elle les transforme comme de l’intérieur. « Votre peine se changera en joie. » La peine et la tristesse ne cèdent pas à la joie, mais elles sont changées en joie. Même pas toujours changées en joie, mais visitées et éclairées d’une joie.

La tristesse et la joie peuvent être là en même temps, comme, un matin d’automne, le brouillard et la lumière se mêlent sur la colline de Taizé.

L’apôtre Paul nous dit : « Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent » (Rm 12, 15). Comment faire quand nous sommes en même temps avec ceux qui sont dans la joie et avec ceux qui pleurent ? Nous ne pouvons mettre en pratique cette parole qu’en chantant et pleurant en même temps.

Il existe ce qu’on a appelé une tristesse joyeuse. Il y a une manière triomphante de se réjouir qui ne peut que rendre plus tristes encore ceux qui pleurent. La joie pascale est assez ample pour contenir tristesse et peine. Elle pleure et se réjouit en même temps. Elle fait revenir le sourire sur les visages des malheureux.

Comme un bébé, la joie pascale naît dans les douleurs. Jésus dit : « Quand une femme va mettre un enfant au monde, elle est en peine parce que le moment de souffrir est arrivé pour elle ; mais quand le bébé est né, elle oublie ses souffrances tant elle a de joie qu’un être humain soit venu au monde. » C’est de la joie née dans la peine que Jésus dit : « Votre joie, personne ne peut vous l’enlever. »

Dans la Règle de Taizé, frère Roger a écrit voici bien longtemps : « Ne crains pas de communier aux épreuves d’autrui, n’aie pas peur de la souffrance, car c’est bien souvent au fond de l’abîme qu’est donné la perfection de joie dans la communion du Christ Jésus. »

  • En quoi la joie peut contribuer à une nouvelle solidarité ? Comment nous réjouir avec ceux qui sont dans la joie et pleurer avec ceux qui pleurent ?
  • Comment pouvons-nous nous aider les uns les autres à laisser toujours renaître la joie même au cœur de nos peines ?

Mercredi : Une simplicité qui ouvre le cœur

Entré dans Jéricho, Jésus traversait la ville. Et voici un homme, appelé du nom de Zachée ; c’était un chef des publicains, et qui était riche. Et il cherchait à voir Jésus, mais il ne le pouvait à cause de la foule, car il était petit de taille. Il courut donc en avant et monta sur un sycomore pour voir Jésus, qui devait passer par là. Arrivé en cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite, car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi. » Et vite il descendit et le reçut avec joie. Ce que voyant, tous murmuraient et disaient : « Il est allé loger chez un homme pécheur ! » Mais Zachée, debout, dit au Seigneur : « Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Et Jésus dit : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d’Abraham. Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »
(Luc 19, 1-10)

Joie, simplicité et miséricorde sont des mots, frère Roger disait des réalités, auxquels il est revenu tout au long de sa vie. Il avait le sentiment qu’ils contribuaient à nous conduire au cœur même de l’Evangile, au cœur même de la réalité de Dieu. Après avoir réfléchi ces deux derniers jours à la joie, nous nous tournons aujourd’hui vers la simplicité. Comment peut-elle nous aider à nous approcher de la réalité des choses ?

Commençons par regarder de près l’Evangile de ce matin. Le récit commence de façon très banale en disant que Jésus passe par Jéricho et qu’il y avait là un homme du nom de Zachée, un chef des publicains (ceux qui récoltent les impôts) et qu’il était riche. Un chef des publicains, c’était quelqu’un qui travaillait pour les Romains, les occupants, et qui donc était vu par la population locale comme un « collaborateur ». Comme en plus il était riche, il était sans doute aussi corrompu. Mais le récit n’entre pas dans ces considérations. Sans plus de détail il nous raconte ce qui arrive. Et ce qui suit est dit sur un ton beaucoup plus humain, touchant même. Nous sommes invités à regarder au-delà des apparences, au-delà des premières impressions.

Zachée a très envie de voir Jésus mais n’y parvient pas à cause de la foule ; alors il court en avant de tous et, comme un enfant, grimpe sur un arbre, pour pouvoir le regarder passer. Quand Jésus arrive à cet endroit, il s’arrête et, regardant Zachée, il l’appelle par son nom : « Zachée, descends vite, car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi. » Peut-être que Jésus, en s’approchant, a demandé autour de lui qui était cet homme perché sur un arbre. C’est en tout cas fort réjouissant d’imaginer Zachée juché sur une branche et de voir la joie éclater sur son visage alors qu’il descend au plus vite.

Peu à peu une personne prend ainsi forme devant nous. Et c’est poignant. Il est clair que Zachée recherche autre chose qu’un simple coup d’œil sur Jésus. Et celui-ci n’exagère pas en disant qu’il veut loger chez Zachée. Il doit être très intrigué par ce personnage et désire vraiment le visiter.

Aussitôt les gens commencent à murmurer : « Il est allé loger chez un homme pécheur ! » Comme chef des publicains, Zachée était une sorte de paria. Coincé qu’il était entre le pouvoir impérial et une population malheureuse, vivant dans la corruption, sa situation était sans issue, inextricable. De façon surprenante, avec les mots les plus simples, Jésus se place à son côté. En fait les gens murmurent contre Jésus, parce qu’il fait ce que personne n’aurait jamais fait.

Est-ce que le changement se produit maintenant, pendant que la foule murmure, ou bien est-il survenu plus tôt, quand Jésus l’a appelé ? Zachée a changé. Tout comme Jésus il trouve les mots et les gestes qui rétablissent la relation avec les autres. Ainsi il dit : « Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Très vite Zachée ne va plus seulement accueillir Jésus mais beaucoup d’autres. Jésus a ouvert la porte du cœur et de la maison de Zachée, il a tracé une large route d’accès jusque chez lui.

« Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison, » dit Jésus, « parce que lui aussi est un fils d’Abraham. » Est-ce que les gens dans la foule le comprennent ? Est-ce que nous, nous le comprenons ? Zachée est notre frère.

  • Qu’est-ce qui nous aide à voir au-delà des apparences et de nos premières impressions, à entrer en relation avec des gens différents de nous ? Est-ce que l’exemple de la simplicité de Jésus peut m’aider ?
  • Qu’est-ce qui peut me pousser à partager ce que j’ai avec d’autres ? Quelle différence entraîne le fait de reconnaître les autres comme des « frères » et des « sœurs » ?

Jeudi : La simplicité du plus jeune et de celui qui sert

Il s ’éleva une contestation entre les disciples : lequel d’entre eux pouvait être tenu pour le plus grand ? Jésus leur dit : « Les rois des nations dominent sur elles , et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Mais pour vous, il n’en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert. Quel est en effet le plus grand ? Celui qui est à table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert ! »
(Luc 22, 24-27)

Une fois de plus, notre thème de ce matin, c’est la simplicité. Voyons donc si le passage de l’Evangile que nous avons entendu tout à l’heure peut nous aider à porter plus loin notre réflexion. Il évoque un épisode de la vie de Jésus où une dispute éclate parmi les disciples. Quelle consolation pour nous de penser qu’après tout ce sont là des gens normaux ! D’après saint Luc cet épisode intervient à l’un des moments les plus critiques de la vie de Jésus, durant le dernier repas qu’il prend avec ses disciples, peu avant son arrestation par les autorités et sa crucifixion. Et ils discutent pour savoir lequel d’entre eux pourrait être tenu pour le plus grand !

C’est un moment de mise à l’épreuve pour les disciples. Leurs craintes de ce qui va arriver, leur incertitude sur le sort de Jésus et le leur, tout cela a dû être très intense, à la limite du supportable. Comment est-ce que leur groupe va continuer si Jésus leur est enlevé ? Qui sera le nouveau leader ? Nous pouvons comprendre comment ils en sont arrivés à discuter sur ce point de savoir qui était le plus grand.

Au lieu de les reprendre, leur Jésus propose une image : « Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. » Le style autoritaire des puissants et la louange ritualisée qu’ils réclament de leurs sujets étaient une réalité pénible de la vie dans l’empire romain. Qu’à ce moment même, Jésus présente une telle image à ses disciples peut d’abord surprendre mais c’était certainement salutaire. C’est comme si Jésus tendait à ses disciples un miroir pour leur montrer que leurs craintes et leur insécurité les conduisaient dans la mauvaise direction.

« Mais pour vous, il n’en va pas ainsi. » poursuit Jésus. « Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert. »

Au temps de Jésus, c’était les plus jeunes ou des serviteurs qui s’occupaient des besoins des gens dans la maison, qu’il s’agisse de cultiver la terre ou de nourrir les membres de la famille ou encore de prendre soin des malades ou des personnes âgées. Et bien qu’ils aient été considérés comme étant tout en bas de l’échelle sociale, leur présence était importante parce que le bien-être de la maison dépendait d’eux. S’ils étaient spécialement bons et capables, ils étaient d’autant plus appréciés mais la première chose qu’on attendait d’eux, c’était la fidélité.

Que les disciples soient comme les plus jeunes, comme ceux qui servent, cela veut dire qu’ils demeurent à leur place et ne se soustraient pas aux responsabilités qui leur ont été données dans la famille de Dieu. Ils ne doivent pas écouter leurs craintes ni tenter de tout prendre entre leurs mains. Jésus est au milieu d’eux et même s’il va disparaître de leur vue pour un temps , il ne va pas les abandonner. L’heure est venue pour eux de faire confiance à Dieu.

« Je suis au milieu de vous comme celui qui sert ! » dit Jésus. Dans l’Évangile il ne nous dit pas tellement ce que nous devons faire ou comment le faire, il nous invite plutôt à entrer dans le mouvement profond de sa propre vie. C’est un chemin d’une désarmante simplicité, un chemin où l’amour généreux de Dieu vient à notre rencontre et nous comble.

  • Comment nos craintes et notre insécurité peuvent-elles nous conduire à prendre la mauvaise direction ? Qu’est-ce qui nous ramène à la confiance en Dieu ?
  • Comment cette simplicité désarmante de Jésus me parle-t-elle ? Quelles sont les responsabilités qui m’ont été données dans la famille de Dieu ?

Vendredi : Un Dieu de miséricorde

Tournez-vous vers le Seigneur maintenant qu’il se laisse trouver. Faites appel à lui, maintenant qu’il est près de vous. Que l’homme sans foi ni loi renonce à ses pratiques ! Que l’individu malveillant renonce à ses méchantes pensées ! Qu’ils reviennent vers le Seigneur, car il aura pitié d’eux ! Qu’ils reviennent à notre Dieu, car il accorde un large pardon ! En effet, dit le Seigneur, ce que je pense n’a rien de commun avec ce que vous pensez, et vos façons d’agir n’ont rien de commun avec les miennes. Il y a autant de distance entre ma façon d’agir et la vôtre, entre ce que je pense et ce que vous pensez, qu’entre le ciel et la terre.
(Isaïe 55, 6-9)

Pour beaucoup de monde, le Dieu que nous rencontrons dans les pages des Écritures hébraïques, notre Ancien Testament, serait un juge sévère et impitoyable, prêt à condamner les hommes pour la plus petite transgression de ses commandements. On aime faire une distinction entre ce Dieu et le Dieu révélé par Jésus, un Père miséricordieux qui prend soin de nous et qui montre toujours son amour et sa sollicitude.

Ceux qui prennent le temps d’étudier et de méditer la Bible découvriront que cette opposition est fausse. Le Dieu qui s’est révélé au peuple d’Israël est le même Dieu dont Jésus témoigne par ses paroles et ses actes. Au cœur des relations de Dieu avec ce peuple se trouve le récit de l’Exode. C’est une histoire qui raconte comment Dieu est entré dans la vie d’un groupe d’esclaves, des pauvres loin de chez eux. Il les a libérés de leur oppression et il les a conduits vers une terre plantureuse où ils ont pu vivre librement. Ce récit décrit un Dieu qui écoute le cri des démunis, qui veut que les êtres humains vivent pleinement, qu’ils trouvent le bonheur, un Dieu qui peut toujours faire du neuf pour rompre les liens qui nous tiennent captifs. Bref, il met en scène un Dieu de tendresse et de miséricorde.

Dans le texte que nous méditons aujourd’hui, un prophète explique que c’est cela qui rend Dieu différent des humains. Quand ils sont rejetés, les êtres humains répondent souvent en rejetant les autres à leur tour. Pour nous, il est extrêmement difficile de pardonner à ceux qui nous ont blessés profondément. Mais selon le prophète, les façons de penser et d’agir de Dieu ne sont pas comme les nôtres. Si quelqu’un reconnaît ses erreurs et revient à Dieu, Dieu l’accueillera toujours. Nous pouvons toujours recommencer une relation avec Dieu. C’est ce qu’on appelle le pardon.

Dieu peut agir ainsi parce que son comportement n’est pas déterminé, ni même conditionné, par les actions de son vis-à-vis. En tant que Source de vie, Dieu peut toujours puiser en lui-même l’énergie de l’amour pour répondre au mal par le bien. Les maîtres chrétiens des premiers siècles ont compris cela, mais ils l’ont exprimé par un terme très difficile à comprendre. Ils disaient que Dieu est impassible.

Si ce mot voulait dire que Dieu était indifférent à la douleur humaine, qu’il n’était pas affecté par les combats et les souffrances de sa création, il ne décrirait en aucune manière le Dieu que nous rencontrons dans la Bible. Ce serait même un grand blasphème. En fait, ce terme curieux veut exprimer comment Dieu est au-delà de la manière humaine de penser et d’agir. Il veut dire que, quoi que nous fassions, Dieu ne nous en aimera jamais moins. À la différence de nous, qui sommes si souvent affectés par la réponse des autres, qui pouvons voir fondre nos bonnes intentions comme la glace au soleil quand nos ouvertures sont rejetées, Dieu est toujours fidèle à lui-même. Dieu est et sera toujours un Dieu de miséricorde. Dieu continuera à aimer, même quand on répond à son amour par l’indifférence ou le rejet. Comme disait souvent frère Roger : « Dieu ne peut qu’aimer. »

Cette fidélité de Dieu à ce qu’il est, est une source de grande consolation. Cela veut dire qu’il existe un Roc auquel nous pouvons toujours nous accrocher pour trouver un soutien. Dans un monde où tout semble mouvant, où nous sommes si peu sûrs de savoir où se trouvent le bonheur et le sens, il y a Quelqu’un auquel nous pouvons toujours nous adresser, dans la certitude que nous serons accueillis avec joie. Comme le père dans le récit du fils prodigue (Luc 15,11ss), qui quitte sa maison et court vers ce fils qui a dilapidé tout son héritage pour l’embrasser. L’attitude du père ne change pas, malgré l’égarement de son fils ; tout ce que voit le père est son enfant bien-aimé, « qui a été mort et est revenu à la vie ».

Où rencontrons-nous ce Dieu de miséricorde immuable ? Jésus nous dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et accablés, et je vous donnerai le repos » (Matthieu 11,28). Jésus nous révèle en plénitude le Dieu qui ne s’arrête jamais de faire du bien, qui rend toujours possible un nouveau commencement à ceux qui viennent à lui.

  • Qu’est-ce qui change dans ma vie quand je me rends compte que Dieu m’accueillera toujours avec amour et joie ?
  • Que signifierait concrètement pour moi de « me tourner vers Dieu » ou de « faire appel à lui » ; où et comment le trouver ?

Samedi : Miséricordieux à l’image de Dieu

Jésus dit : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent et priez pour ceux qui vous maltraitent. Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre ; si quelqu’un te prend ton manteau, laisse-le prendre aussi ta chemise. Donne à quiconque te demande quelque chose, et si quelqu’un te prend ce qui t’appartient, ne le lui réclame pas. Faites pour les autres exactement ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous. Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, pourquoi vous attendre à une reconnaissance particulière ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment ! Et si vous faites du bien seulement à ceux qui vous font du bien, pourquoi vous attendre à une reconnaissance particulière ? Même les pécheurs en font autant ! Et si vous prêtez seulement à ceux dont vous espérez qu’ils vous rendront, pourquoi vous attendre à une reconnaissance particulière ? Des pécheurs aussi prêtent à des pécheurs pour qu’ils leur rendent la même somme ! Au contraire, aimez vos ennemis, faites-leur du bien et prêtez sans rien espérer recevoir en retour. Vous obtiendrez une grande récompense et vous serez les fils du Dieu très-haut, car il est bon pour les ingrats et les méchants. Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.
(Luc 6, 27-36)

Dans ce passage, Jésus décrit deux façons d’agir. L’une est celle qu’il voit comme caractéristique des « pécheurs », c’est-à-dire ceux qui ne cherchent pas à faire ce que Dieu leur demande. De nos jours, on pourrait appeler cela la façon « ordinaire » de se comporter. Elle consiste à être bons pour ceux qui sont bons pour nous, à donner à ceux qui nous donnent en retour.

L’éternelle tendance humaine est de diviser les personnes en deux groupes – ceux qui sont avec nous et les autres, qui sont indifférents ou hostiles. Bien sûr, ce n’est pas mauvais de se sentir plus proche d’une personne que d’une autre. Pour des raisons différentes, tous nous avons plus en commun avec certaines personnes ou certains groupes qu’avec d’autres. Mais quand cela conduit à être indifférents à ceux qui ne sont pas comme nous, à les critiquer, à les rejeter ou même à leur faire mal, une telle attitude devient source de divisions et même de guerres.

Puis, Jésus indique une autre façon d’agir. C’est celle de Dieu, et elle se caractérise par le fait d’être « bon pour les ingrats et les méchants ». Comme nous avons vu hier, la voie de Dieu est différente de la nôtre parce que Dieu ne modifie pas son comportement en fonction de la réponse de son vis-à-vis. Dieu est « impassible ». Autrement dit, Dieu ne peut qu’aimer.

Ce qui est neuf dans le message de Jésus n’est pas que Dieu est miséricordieux. L’auteur d’Isaïe 55 le savait déjà, et on trouve cela partout dans les Écritures hébraïques, bien des siècles avant le Christ. Ce qui est neuf n’est pas que Dieu est miséricordieux, mais que nous, les humains, nous pouvons être miséricordieux à l’image de Dieu !

Jésus nous exhorte à être des femmes et des hommes qui sont vraiment à l’image de Dieu, capables d’aimer nos ennemis, de faire du bien même à ceux qui nous maltraitent, de donner sans attendre quelque chose en retour. Comment cela peut-il se faire ? Est-il vraiment possible pour les humains d’être comme Dieu ? Où trouveraient-ils la motivation et l’énergie pour cela ?

Une telle façon de vivre ne vient certainement pas de la force de notre caractère ou de notre volonté. Dieu peut donner sans recevoir parce que Dieu est la Source de la vie. Mais nous ne sommes pas la Source. Pour nous, afin de donner nous devons tout d’abord recevoir. Voilà ce qui est neuf dans l’Évangile. En venant sur la terre comme un être humain, le Fils de Dieu a apporté l’Esprit Saint de Dieu, l’énergie en personne de son amour, jusqu’en plein milieu de la condition humaine. Par la puissance de l’Esprit Jésus a pu guérir les malades et pardonner les pécheurs. Il a pu aller jusqu’à donner sa vie pour nous sur la croix, accordant son pardon même à ceux qui l’ont torturé et tué. Et après sa résurrection, il a communiqué ce même Esprit à ses disciples.

En tant que disciples de Jésus, nous faisons partie de la communauté des croyants animée par l’Esprit de Dieu. Ce qui a frappé ceux qui ont rencontré les premiers chrétiens, c’était de voir une communauté de femmes et d’hommes d’origines les plus diverses vivre ensemble comme des frères et des sœurs, partager leurs biens matériels et spirituels, se pardonner mutuellement. Plutôt que de diviser les personnes en deux groupes, ceux du dedans et ceux du dehors, ils ont accueilli tout le monde. Ils sont allés vers les autres. Ils ont essayé de vivre une solidarité universelle. Il était évident que leur façon de vivre était différente de celle des gens « ordinaires ». Et cela a attiré beaucoup de monde vers eux.

Ce même Esprit qui a animé Jésus et les premiers chrétiens nous est toujours offert. Oui, il est possible pour nous de mener une vie à l’image de Dieu. Nous pouvons être miséricordieux, comme notre Père est miséricordieux. Mais nous ne pouvons faire cela qu’ensemble, en nous soutenant les uns les autres, et nous ne pouvons le faire que si nous ouvrons nos cœurs à Dieu dans la prière, afin qu’il puisse transformer peu à peu notre façon de penser et d’agir. Et alors, l’impossible devient possible.

  • Jésus décrit-il une « utopie », ou bien ai-je vu des exemples de femmes et d’hommes qui vivent à l’image de Dieu en aimant sans conditions ? Quand ? Où ? Comment ?
  • Quels pas en avant faire pour que nos communautés et nos Églises soient des lieux d’une solidarité universelle, où les divisions de la société trouvent une guérison ?

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