DVD Lumen Christi

En route vers Pâques [avec un quatrième extrait]

Le Jésuite Gustave Martelet partageait la même passion que les frères de Taizé : communiquer aux femmes et aux hommes de notre temps le sens de la résurrection. C’est ainsi qu’en 1996, à l’invitation des frères, il s’est rendu à Taizé, un lieu qu’il connaissait depuis les années quarante. Il avait accepté avec enthousiasme la proposition de participer à un documentaire sur la résurrection.

Le Père Martelet est mort en 2014. Frère Roger, qui intervient également dans ce film, est lui aussi parti vers le ciel en 2005. Les autres frères que l’on voit dans le film ont depuis pris quelques rides et grisonné. Le film, lui, reste jeune, empli de fraîcheur. C’est pourquoi nous en proposerons tout au long de ce Carême quelques extraits. Un dernier extrait figurera sur ce site dans la semaine qui suit Pâques. Peu de personnes ont su parler de la résurrection avec la force et l’intelligence spirituelle du Père Gustave Martelet. Ses propos s’éclairent encore par le cadre dans lequel ils sont situés : les chants si beaux de la Semaine Sainte à Taizé, la liturgie, la recherche de sens de milliers de jeunes.

Il est possible de commander le DVD sur le site de vente en ligne [https://shop.taize.fr/dvd-films/lumen-christi-dvd.html], avec la transcription des paroles du P. Martelet (en français ou traduites en anglais).

Ceux qui le souhaitent pourront s’en servir pendant le Carême et le temps pascal pour un échange dans leur paroisse, aumônerie, petit groupe de réflexion.


Premier extrait | Comment aimer les autres si on ne sait pas qu’ils sont éternels ?

Taizé - Lumen Christi Extrait 1 [https://vimeo.com/518188049] from Taize [https://vimeo.com/taize] on Vimeo [https://vimeo.com].

La culture, c’est l’acte par lequel l’homme se donne des lumières sur la nature, que ce soit par la poésie, que ce soit par la réflexion, que ce soit par l’action, que ce soit par la science, c’est par l’homme. Alors tout le problème est de savoir si l’homme, dans le monde, atteint la raison d’être de tout par ses propres moyens. Alors évidemment le mur sur lequel on bute c’est celui de la mort : personne ne sait ce qu’il y au-delà, d’où la tentation de dire : puisqu’ on ne sait pas, il n’y a rien. Alors, ce que représente la révélation, c’est que Dieu dépasse ce mur des sens, pour ainsi dire, en venant dans le monde de la sensorialité, de la sensibilité et de l’expérience concrète, et là révèle une chose que personne ne peut révéler, c’est-à-dire : il devient le maître de la mort qui nous domine nous. C’est-à-dire : il maîtrise ce qui nous maîtrise. Et c’est pourquoi il apparaît comme étant tout autre. Alors, à ce moment-là, ce n’est pas par nous que nous dominons la mort dans le Christ. C’est par le Christ, mais la façon dont le Christ domine la mort ce n’est pas par nous mais c’est pour nous.

Or ce pour nous, est une réponse à un problème autrement insoluble et qui, étant insoluble, assombrit toute la connaissance que nous avons du monde et des autres. Car comment aimer les autres si on ne sait pas qu’ils sont éternels ? On ne veut pas que celui ou celle qu’on aime, tous ceux qu’on aime, puissent être des victimes de la mort. Donc c’est un "pour nous" qu’est le mystère du Christ, mais ce n’est pas "par nous". Alors c’est le passage de la culture à la foi. La culture - c’est notre domination, il faut accueillir aussi, - tandis que dans la foi on accueille totalement. Bénie puissance qui comble mon impuissance !

On croit toujours que la foi consiste à rapetisser l’homme. Au contraire la foi implique que l’homme soit assez grand, noble, pour revendiquer ses droits de noblesse par rapport à la nature. Et de faire valoir le blason de sa liberté, par rapport à toutes les insultes que lui donnerait la nature quand elle le fait mourir. Parce que, par ailleurs, la nature le sert. Très bien. Il ne doit pas la détruire. Il faut faire attention. Mais il est plus que la nature, donc il revendique, c’est un revendicateur, un revendicateur de grandeur. Mais il trouve un Dieu qui comprend cette revendication. Et c’est à l’Eglise d’annoncer cette revendication satisfaite en présentant le mystère du Christ. Vous avez le droit de revendiquer - voilà pour qui vous êtes fait. L’image de l’homme, qu’est-ce que c’est ? "Ecce homo". C’est le Christ. Oh, alors si c’est ça notre but, on peut revendiquer de ne pas être traité comme de la pourriture cosmique.


Deuxième extrait | Une création inachevée

Taizé - Lumen Christi Extrait 2 [https://vimeo.com/523805940] from Taize [https://vimeo.com/taize] on Vimeo [https://vimeo.com].

On a tellement insisté en Occident sur le fait que l’homme était pécheur, ce qui est incontestable. Et on a insisté là-dessus à partir d’une doctrine des Pères qui n’avaient pas, concernant le cosmos, la sensibilité que nous avons. Donc ils n’ont pas senti qu’en insistant d’une façon un peu unilatérale sur le mystère de la croix, de la passion du Christ, de la souffrance du Christ, on laissait de côté quelque chose de capital qui était le fait que le péché dans l’homme n’était pas la destruction de toute la valeur de l’homme. Alors dans l’analyse qu’on faisait du récit de la Genèse, on se précipitait pour ainsi dire sur ce chapitre troisième, parce qu’on voyait là que l’homme était pécheur. Et on laissait de côté d’une part le chapitre deuxième où il y a une analyse admirable du rapport de l’homme et de la femme.. Alors évidemment... cet homme et cette femme vont pécher, mais ils ne font pas que pécher. Et s’ils pèchent, ils ont une dignité qui est la dignité des êtres conscients et libres. Alors leur liberté est faillible. Mais leur liberté est leur liberté. Alors on ne voyait que le côté négatif. Et par ailleurs, on oubliait la signification de Genèse 1. Genèse 1, qui est postérieur à Genèse 2 et 3, rectifie ce qu’il y a de trop pessimiste dans Genèse 2 et 3.

Dans Genèse 1, au contraire, c’est l’optimisme. Moi, j’aime bien dire, je le dis souvent, je me permets de le répéter ici : vous savez le gros bourdon de Paris : "bon..." Alors dans la Genèse, premier chapitre, "c’est bon, c’est bon, c’est très bon". Et le "très bon", c’est pour l’homme ! Alors, on dit, on croit, que c’est parfait. Non !

Quelqu’un m’a dit l’autre jour, qui fait de l’hébreu, cette affaire que je n’avais pas réalisée : en hébreu "bon" c’est "tob", peu importe. Mais le mot qui veut dire bon en hébreu, paraît-il, signifie "bon à prendre", "utile", Quand la Genèse dit que le monde est bon, ça veut dire : il est meilleur qu’il soit, qu’il ne soit pas. On peut en faire quelque chose. Et avec l’homme c’est "très bon". Mais ça ne veut pas dire que c’est parfait. Alors il faut bien dire que la création que Dieu approuve par le bourdon de Paris "c’est bon, c’est bon, c’est très bon", ça ne veut pas dire que c’est parfait, c’est parfait, c’est très parfait ; cela mérite d’exister, mais c’est inachevé.


Troisième extrait | Le Ressuscité c’est le Crucifié

Taizé - Lumen Christi Extrait 3, français [https://vimeo.com/528894894] from Taize [https://vimeo.com/taize] on Vimeo [https://vimeo.com].

Le goût, la passion de la résurrection, puisque notre foi est vide si le Christ n’est pas ressuscité, ne doit pas nous faire oublier que le Ressuscité c’est le Crucifié. Et que la présentation par Pilate du Christ en la Passion, quand il dit : "voilà l’homme", Ecce homo, c’est un homme de douleurs. Donc c’est le point culminant de l’incarnation en tant que l’incarnation assume la détresse et la douleur physique, morale, sociale, de l’homme, et notamment aussi le cri de la croix : "Pourquoi m’as-tu abandonné ?" Donc, laisser de côté la croix, c’est laisser de côté précisément ce qui doit être détruit en nous parce que ça nous empêche de voir la grandeur du Ressuscité. Donc absolument pas détruire la croix, la maîtriser : ce serait le signe que le Ressuscité nous dispenserait de compatir à la misère du monde : ce serait une horreur ! Mais par ailleurs, s’il n’y avait que la croix, ça ferait un mort de plus ! La croix du Christ ne vaut que parce que c’est la croix du Ressuscité.

C’est toujours la même chose. Dans le christianisme il ne faut pas prendre une chose contre une autre. Il faut tout prendre. On a trop insisté sur la croix, oublié la résurrection. Parler de la résurrection c’est ne pas oublier la croix, c’est prendre les deux.


Quatrième extrait | La raison d’être du monde est enfin apparue dans le Christ ressuscité

Taizé - Lumen Christi Extrait 4, français [https://vimeo.com/530805046] from Taize [https://vimeo.com/taize] on Vimeo [https://vimeo.com].

La résurrection, ce n’est pas une idéologie. La résurrection, la foi au ressuscité c’est rentrer dans le coup d’oeil, si on peut ainsi parler, le regard que Dieu a sur le monde.

Maxime le Confesseur dit que, lorsqu’il voit le matin de Pâques le Christ ressuscité, il (Dieu) dit : "Voilà pourquoi j’ai créé le monde." D’une certaine façon, il comprend, non, il voit ce qu’il a toujours visé mais qu’il n’avait pas encore sous les yeux, si on peut ainsi parler. Donc le matin de Pâques, pour Dieu, c’est l’allégresse de voir que la raison d’être du monde est enfin apparue dans le Christ ressuscité.


Pour commander le DVD sur le site de vente en ligne [https://shop.taize.fr/dvd-films/lumen-christi-dvd.html].


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