Ukraine | Article de frère Alois

A la demande de l’hebdomadaire français La Vie, frère Alois a écrit cet article en ligne ici [https://www.lavie.fr/ma-vie/spiritualite/frere-alois-en-ukraine-le-mal-naura-pas-le-dernier-mot-81047.php] et que nous publions intégralement ci-dessous.

« En Ukraine, le mal n’aura pas le dernier mot »

Cette année, le temps du Carême commence alors que le continent européen est frappé par la guerre. Cette tragique actualité nous plonge en plein mystère du mal. Jésus lui-même en a fait l’expérience ultime en acceptant librement de perdre sa vie sur la croix : il est allé jusqu’au bout de la souffrance. Sur notre route vers Pâques, nous sommes soutenus par cette espérance : au-delà de la croix, par la résurrection du Christ, Dieu a ouvert pour toute l’humanité un chemin de vie.

Comment est-il possible que le feu des armes et des bombes déchire des peuples pourtant si proches l’un de l’autre à tant d’égards ? Tant de familles ont des leurs d’un côté et de l’autre de la frontière... Lors d’un pèlerinage en Russie, en Biélorussie et en Ukraine en 2015, avec un petit groupe de jeunes de divers pays, j’en ai été témoin en me rendant dans un hôpital de Kyiv auprès de soldats ukrainiens blessés au combat. Avec nous, il y avait une jeune femme de Russie. Il y a quelques jours, au moment du déclenchement de la guerre, cette jeune Russe se souvenait de cette visite et partageait ce récit : « Quand je suis entrée dans l’hôpital, j’étais paralysée de peur et de honte. Au début, il m’était difficile de dire quoi que ce soit. Puis, je me suis mise à raconter qu’enfant, chaque été j’allais chez mon grand-père en Ukraine, que mon cousin était né en Ukraine. Alors les soldats ukrainiens ont commencé à changer, l’un d’eux a soudainement dit que sa femme était russe, puis un autre que ses parents vivaient en Russie ... Et il est devenu clair qu’en fait nous étions très proches, que nous étions comme des frères et des sœurs. »

Prions pour que ces semences de partage et de communion ne soient pas arrachées par la folie de la guerre, mais qu’elles se révèlent à la longue plus fortes que la violence absurde. Il est presque trop tôt pour exprimer ce souhait, alors que chaque jour qui passe augmente le nombre des victimes et des blessés. Gardons pourtant, enracinée au plus profond de nos cœurs, cette espérance que le mal n’aura pas le dernier mot.

Le pape François a appelé à une journée de jeûne et de prière en ce mercredi des Cendres. En bien des lieux du monde, des croyants se rassemblent et prient pour la paix. Il y a quelques jours, nous avons reçu à Taizé le message d’un prêtre orthodoxe en Russie : dans sa paroisse aussi, ils prient pour la paix.

Oui, pour vivre ce temps de Carême en solidarité avec celles et ceux qui souffrent de la guerre qui fait rage sur la terre d’Ukraine, portons dans notre prière les victimes et leurs familles dans le deuil, les blessés, celles et ceux qui ont dû fuir, celles et ceux qui auraient voulu le faire mais qui ne l’ont pas pu, et aussi tous ceux qui ont fait le choix de rester là où ils vivent. Pensons aux personnes les plus fragiles, qui seront les premières à souffrir des conséquences du conflit armé, aux enfants éprouvés, aux jeunes qui ne voient pas d’avenir.

Dans notre prière, n’oublions pas de demander à l’Esprit Saint d’inspirer les dirigeants des peuples et tous ceux qui sont en mesure d’influer le cours des événements, pour que cesse au plus vite le feu des armes. Prions pour que la guerre n’accroisse pas les divisions au sein des Églises et des familles, et que les responsables des Églises accompagnent tous ceux qui sont touchés par cette terrible épreuve. Et puisque toute vie humaine compte aux yeux de Dieu, pensons aux combattants de tous les pays impliqués, et aussi à leurs familles, par exemple à ces grand-mères qui voient leurs petits-fils partir au front, pour une guerre qu’ils n’ont ni choisie ni souhaitée. Peut-être, un jour, iront-elles jusque dans la rue pour le clamer…

Alors que ce temps du Carême commence sous de sombres auspices, nous sommes appelés à vivre ces quarante jours en communion avec celles et ceux qui, non seulement en Europe mais partout dans le monde, sont atteints par la violence. Sur la croix, le Christ a ouvert ses bras pour embrasser toute l’humanité. Une humanité trop souvent déchirée, et pourtant à jamais unie dans le cœur de Dieu.

Printed from: https://www.taize.fr/fr_article33463.html - 20 July 2024
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