Bolivie

« Veillées de réconciliation ».

En février, un des frères qui ont préparé la rencontre du Pèlerinage de confiance à Cochabamba en octobre 2007 était de retour en Bolivie pour visiter quelques-uns des participants et animer plusieurs « veillées de réconciliation ».
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Bien que l’une des principales routes menant à Cochabamba ait été bloquée par une grève de camionneurs, l’église San Francisco, au centre-ville, était pleine de jeunes venus célébrer une veillée de réconciliation vendredi soir 22 février. Des jeunes de la paroisse qui avaient pris part aux Journées de Réconciliation en octobre 2007, étaient heureux de se réunir à nouveau et désireux de faire une pause avant de poursuivre leur travail difficile pour la paix et la réconciliation.

L’un des premiers à les saluer était Mgr Tito Solari, l’archevêque de Cochabamba. Ses paroles ont été poétiques, mais aussi réalistes. Se référant à la parabole du blé et de l’ivraie, il a dit aux jeunes que chaque jour, nous trouvons de la lumière et de l’obscurité, mais que nous sommes appelés à créer quelque chose de nouveau avec ce que nous sommes, avec ce qui est bon et aussi moins bon dans nos vies. Prenant en compte la vie quotidienne des jeunes de la rencontre, avec leurs difficultés, les récentes inondations dans la majeure partie de la Bolivie, la hausse des prix des denrées alimentaires de base et les conflits politiques sans fin, les paroles de Mgr Tito sont un chemin d’espoir. Oui, même quand il y a de l’ivraie, Dieu peut créer.

Au cours de la rencontre, les jeunes ont décidé de continuer à prier régulièrement. Dans plusieurs paroisses de la ville de Cochabamba, des jeunes célèbrent régulièrement des prières avec les chants de Taizé. Mais ils ont aussi décidé, avec l’appui de la Pastorale des jeunes et des vocations, d’organiser une « veillée de réconciliation » trois fois par an. Pour beaucoup, ces prières sont très importantes. Dans un pays en mutation continuelle, qui affronte un avenir incertain, la prière est une source, non pour échapper à leur vie quotidienne, mais pour prendre le temps de revenir à l’essentiel. Le Christ est l’essentiel, en lui, nous sommes tous réconciliés et il nous donne la force de lutter avec un cœur réconcilié, comme nous sommes invités à le faire dans la Lettre de Cochabamba.

Le lendemain, samedi 23 février, une veillée a eu lieu à El Alto. En 2004, les Journées de réconciliation s’étaient tenues là-haut avec plus de 2000 jeunes.

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Après la répétition de chant, un jeune de Titichachi, un petit village dans les montagnes à environ 7 heures de El Alto, qui a passé trois mois à Taizé l’été dernier et aidé à préparer la rencontre de Cochabamba, a fait part de ses réflexions. Il a parlé très honnêtement de ses peurs quand il était à Taizé : peur d’être dans un pays étranger, peur de ne pas être accepté, parce qu’il ne parlait pas l’anglais, parce qu’il venait d’un lieu très humble. Mais il a aussi dit comment il avait peu à peu surmonté ces peurs.

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Pour Esteban, lutter avec un cœur réconcilié, c’est avant tout être réconcilié avec soi-même, ne pas craindre sa propre histoire et celle de son peuple. Lutter avec un cœur réconcilié, c’est s’accepter soi-même et se libérer de l’idée que l’on n’a rien à apporter parce que l’on vit dans un pays où les choses ont été et sont encore difficiles. Après avoir aidé à Cochabamba, Esteban a décidé de s’inscrire à l’École des Beaux-Arts de La Paz, où il poursuit actuellement ses études. Pour la rencontre de Cochabamba, Esteban avait peint une icône, utilisée lors des prières. Elle représente une famille bolivienne : le père est de l’Altiplano, la mère porte des vêtements cruceña et la fille est de Cochabamba. C’est l’icône de la réconciliation.

Dimanche 24 février, la veillée a eu lieu à La Paz. Lorsque le trafic ne va pas trop mal, aller de El Alto à La Paz prend 20 à 25 minutes. La « veillée de réconciliation » se tenait dans une paroisse du centre-ville, la Parroquia del Corazón de María, dans le district de Miraflores. Un groupe de 15 jeunes de la Pastorale des Jeunes de l’archidiocèse de La Paz avait tout préparé : des contributions des jeunes qui avaient participé aux Journées de réconciliation à Cochabamba, des photos, une répétition de chant, la prière autour de la croix…

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L’un d’entre eux, Vicente, fait part de son expérience lors des Journées de Réconciliation : « Environ 100 jeunes de La Paz sont allés en bus participer aux Journées de réconciliation à Cochabamba. J’étais à la fois nerveux et un peu inquiet parce que je ne connaissais pratiquement aucune des personnes avec qui je voyageais, je n’étais pas très optimiste. “Ce sont de mauvais moments, prier n’aide pas, l’espoir peut s’envoler comme un oiseau.” C’était mon état d’esprit, parce que, comme vous le savez, dans mon pays les gens sont divisés.

Quand nous sommes arrivés à destination, j’ai été impressionné lorsque j’ai vu des jeunes de la campagne portant leurs vêtements traditionnels. Les jours suivants, j’ai été également impressionné de voir des jeunes de toute l’Amérique latine, d’Amérique du Nord, d’Europe, et même certains d’Asie, d’Afrique et d’Australie.

Le dernier jour de la rencontre, je me suis dit : « Aujourd’hui, il y aura un miracle, si tu as la foi, tu vas le voir. » Et de fait il y en eut un, car à la fin de l’Eucharistie, dans cette foule immense et très mêlée socialement et culturellement, on se donnait mutuellement un signe de paix. En particulier, il y eut un petit miracle de réconciliation quand on nous a dit que les jeunes du Chili avaient donné une lettre à l’évêque, où ils disaient vouloir oublier le passé et poursuivre un avenir de paix ensemble. »

Après la veillée, le groupe de jeunes a décidé que l’icône de l’amitié reçue à Cochabamba allait commencer un pèlerinage à travers La Paz. Ainsi, les Journées de réconciliation continuent à produire de nouvelles semences !

La dernière partie de notre voyage s’est déroulée à Santa Cruz de la Sierra, dans l’est du pays. Dans les nouvelles sur la Bolivie, on parle très souvent de la division entre l’est et l’ouest. Souvent, c’est Santa Cruz de la Sierra qui anime et dirige les provinces orientales. En octobre, pendant les Journées de réconciliation, plus de 300 jeunes étaient venus de Santa Cruz.

La première chose que j’ai vue à Santa Cruz, c’était l’eau ! Il n’a pas arrêté de pleuvoir pendant plusieurs mois. Les régions de Beni et de Santa Cruz sont les plus touchées. Les gens disent que plus de 60 000 familles ont tout perdu. Entre l’aéroport et mon logement, les rues étaient inondées. Heureusement, la voiture était assez haute pour passer malgré tout.
Les inondations affectent beaucoup la vie quotidienne de tous les Boliviens. À Beni et à Santa Cruz, on produit du riz, des fruits, des produits laitiers et de la viande. La perte des terres et du bétail signifie que les prix vont monter. Au cours des derniers mois, les Boliviens ont été étouffés par l’inflation.

Le matin même du jour où nous avons célébré la « veillée de réconciliation », le Président de la Bolivie, Evo Morales, a fait passer une loi qui autorise la mise en œuvres de plusieurs référendums au sujet de la division des terres et de la nouvelle Constitution. Pour beaucoup, cela signifie que le gouvernement n’est pas disposé à un vrai dialogue. Une fois de plus, opter pour la réconciliation et le pardon n’est pas facile.

Avant de commencer la « veillée de réconciliation », les jeunes ont parlé ensemble de la Lettre de Cochabamba. Pour beaucoup d’entre eux, la lettre est un appel, un point d’interrogation : Serons-nous capables d’écouter ? Serons-nous capables de marcher vers le pardon ? Serons-nous en mesure de lutter avec un cœur réconcilié ?

Face à ces défis, souvent, tout ce que nous pouvons faire, c’est nous confier nous-mêmes à Dieu, toujours à nouveau. Cette nuit-là à Santa Cruz, dans un centre de sports plein de jeunes, au cœur de la beauté des chants, la prière autour de la croix était une fois encore pleine de sens. »

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