Olivier Clément

"La confiance aura le dernier mot"

Écrivain et théologien, professeur à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris, Olivier Clément s’efforce en particulier de faciliter la rencontre entre l’Orient et l’Occident chrétiens. Proche ami de la communauté, il a écrit un livre intitulé "Taizé : Un sens à la vie" (Bayard, 1997) dont voici quelques extraits.

A Taizé, des frères d’origines confessionnelles, ethniques, culturelles, linguistiques diverses et parfois opposées prient et travaillent ensemble : oui, c’est possible, le Christ détruit tout mur de séparation. Cette diversité historique et géographique s’efface devant la diversité des dons. La communauté est une ruche en activité. Certains créent de la beauté, peignent des images, parfois des icônes, façonnent d’admirables poteries capables d’ennoblir la vie quotidienne. D’autres traduisent et impriment les textes les plus importants de la tradition chrétienne. On étudie aussi les langues pour répondre à la vocation internationale de Taizé. Annonce humble mais profondément vécue de cette humanité réconciliée, transfigurée, vers laquelle tâtonne douloureusement l’histoire, une histoire dont l’Esprit, partout à l’œuvre, mine les opacités mais éclaire les réalisations, qu’il s’agisse d’art, de science ou de spiritualité.
Les jeunes d’aujourd’hui sont las des discours (mais aussi des railleries), ils ont soif d’authenticité. Il est vain de leur parler de la communion si l’on ne peut – « viens et vois » – leur montrer un lieu où la communion s’élabore. Un lieu où l’on est accueilli comme on est, sans être jugé, où l’on ne vous demande pas un passeport dogmatique, sans cacher pour autant que l’on s’y réunit autour du Christ et qu’un chemin – « je suis le chemin », a-t-il dit – commence là pour qui le veut. (p.14-15)

C’est le lien entre une expérience spirituelle profonde et une ouverture créatrice sur le monde qui est au cœur des rencontres animées à Taizé, celles-ci s’articulant depuis de nombreuses années autour du thème « vie intérieure et solidarités humaines ». Et c’est ce christianisme-là qui doit être visé, car plus on devient un homme de prière, plus on devient un homme de responsabilité. La prière ne libère pas des tâches de ce monde : elle rend encore plus responsable. Rien n’est plus responsable que de prier. Cela, il faut véritablement le comprendre et le faire comprendre aux jeunes. La prière n’est pas un divertissement, elle n’est pas une sorte de drogue pour le dimanche, mais elle nous engage dans le mystère du Père, dans la puissance de l’Esprit Saint, autour d’un Visage qui nous révèle tout visage, et nous fait finalement serviteurs de tout visage. (p.58-59)

La « confiance » est un mot clé à Taizé. Les rencontres animées par la communauté, en Europe et sur d’autres continents, font partie d’un pèlerinage de confiance sur la terre. Le mot « confiance » est peut-être l’un des mots les plus humbles, les plus quotidiens et les plus simples qui soit, mais en même temps l’un des plus essentiels. Au lieu de parler d’« amour », d’agapè, ou même de « communion », de koïnonia, qui sont des mots volumineux, on parlera peut-être de « confiance », car dans la confiance toutes ces réalités sont présentes. Dans la confiance, il y a le mystère de l’amour, le mystère de la communion, et finalement le mystère de Dieu en tant que Trinité. (p.87-88)

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