Devenir un ferment de paix dans la Création blessée de Dieu
Jeudi 7 August 2025
Je suis revenu à Taizé lundi après avoir passé la semaine dernière à Rome avec cinq de mes frères, où nous étions parmi les centaines de milliers de jeunes venus du monde entier pour participer au Jubilé des Jeunes de l'Église catholique. On nous avait demandé d’animer des prières pendant la semaine dans une église du centre-ville et également de participer à une prière œcuménique avec deux autres communautés le vendredi soir.
Ce fut une fête de la foi au Christ, qui nous a montré que le christianisme n’est jamais une sorte de monoculture. Une diversité de langues, de dons, d’origines et de traditions est une caractéristique fondamentale du mystère de communion qu’est le Corps du Christ, l’Église, depuis le jour de la Pentecôte. Des personnes de différentes cultures étaient réunies à Jérusalem, et l’Esprit Saint a permis aux amis de Jésus de leur annoncer l’amour de Dieu dans une langue qu’ils pouvaient comprendre.
Le pape Léon est venu spontanément à la fin de l’Eucharistie d’ouverture et a dit aux jeunes rassemblés : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde », comme Jésus l’a dit à ses disciples dans Matthieu 5. Il nous a ensuite invités à prier pour la paix, nous demandant de dire à haute voix : « Nous voulons la paix dans le monde entier. » C’était très émouvant.
Des jeunes d’Ukraine, des Palestiniens de Jérusalem, de jeunes chrétiens libanais et bien d’autres ont participé à nos prières. Nous sommes tous venus à Rome comme des pèlerins d’espérance – thème de l’année jubilaire – mais je leur ai posé la question : comment pouvons-nous devenir des pèlerins de paix ?
De retour à Taizé, c’est une joie de vous voir tous ici. Vous venez de tant de différents pays et de diverses traditions ecclésiales, c’est un véritable cadeau et un encouragement. On peut se demander : comment cela est-il possible ? C’est possible uniquement parce que le Christ ressuscité nous rassemble et nous donne l’unité qui est déjà présente en lui. Oui, nous pouvons vivre ce signe d’unité dans le Christ afin de devenir un ferment de paix dans la Création blessée de Dieu, dont fait partie notre famille humaine elle-même blessée.
J’aimerais souhaiter chaleureusement la bienvenue aux jeunes Kényans qui sont venus passer deux semaines avec nous à Taizé. Votre présence et votre témoignage sont importants. J’ai aussi rencontré cette semaine une femme d’Afrique du Sud revenue ici après une première visite en 1986. À son retour, elle a été arrêtée et emprisonnée sous le régime de l’apartheid. Mais aujourd’hui, son visage est si paisible que je me suis demandé : comment quelqu’un qui a tant souffert peut-il rayonner ainsi ?
Hier, c’était la fête de la Transfiguration de Jésus. Nous avons lu dans l’Évangile de Luc que Jésus emmena Pierre, Jacques et Jean sur une montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage changea et ses vêtements devinrent resplendissants. Moïse, qui était connu comme un ami de Dieu, et Élie, qui ne mourut pas mais fut enlevé au ciel, apparurent à ses côtés, baignés de lumière.
Pierre, émerveillé par ce qu’il voit, propose à Jésus de dresser trois tentes, pour lui, pour Moïse et pour Élie, comme s’il voulait qu’ils restent là. Mais une voix se fait alors entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Et les trois disciples ne voient plus que Jésus seul. Il est dit ensuite qu’ils gardèrent pour eux ce qu’ils avaient vu. Ils n’en parlèrent à personne.
Alors que vous rentrez chez vous après votre séjour à Taizé, relisez ce récit. Comment la lumière de Jésus vous a-t-elle touché cette semaine ? Que signifie pour vous « écouter Jésus » ? Comment pouvez-vous faire une place à cela dans votre vie quotidienne ? Quelles sont les expériences de prière et de foi vécues cette semaine que vous devez garder un certain temps en silence dans votre cœur afin de mieux les comprendre ?
Par l’Esprit Saint, Jésus peut transformer et transfigurer nos vies. Un jour, nous pourrons nous aussi prier le cantique de Zacharie, lui aussi rempli de lumière. Vieil homme dans une terre occupée, il s’est réjoui d’une naissance inattendue et a proclamé : « Grâce à la tendresse de notre Dieu, l’astre d’en haut vient nous visiter, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour guider nos pas sur le chemin de la paix. » (Luc 1, 78-79)
Pendant la prière du matin, nous avons chanté : « L’astre d’en haut vient nous visiter pour nous guider sur les chemins de la paix. » Continuons de prier cette ancienne prière et d’accueillir la lumière du Christ afin que nous soyons transfigurés jour après jour. La paix que nous recevons peut-elle nous amener à devenir nous-mêmes des artisans de paix, chacun à notre manière ?
Et maintenant, Minu va nous dire quelques mots.
Bonsoir à tous.
Je m'appelle Minu et je viens du Kerala, dans le sud de l'Inde. Je fais partie de l'Église orthodoxe syriaque jacobite. Je suis avocate et je travaille actuellement avec le gouvernement à l’élaboration de projets publics et de campagnes menés par des bénévoles. Notre travail est profondément enraciné dans les relations humaines. Nous mobilisons et formons des bénévoles, en leur donnant les compétences nécessaires pour servir les communautés. Ensemble, nous menons des programmes de sensibilisation et des formations à travers tout le Kerala—sur la gestion des catastrophes, la prévention de la toxicomanie, les soins palliatifs, entre autres.
En partenariat avec l’UNICEF, nous formons des habitants locaux pour qu’ils deviennent des leaders communautaires, afin de renforcer la résilience face au changement climatique. Nos efforts en matière de gestion des catastrophes ont permis de sauver des vies dans des régions souvent frappées par les inondations et les glissements de terrain.
L’un de nos projets les plus beaux s’appelle THRIVE—un programme animé par des étudiants universitaires qui travaillent avec des enfants dans des écoles tribales. Chaque week-end, ils apportent des modules éducatifs créatifs—basés sur le jeu, les contes, l’art et la découverte. Au fil des années, nous avons vu ces enfants s’épanouir—rêver plus grand, parler plus fort, viser plus haut. Beaucoup veulent maintenant devenir cinéastes, médecins, ingénieurs ou artistes. Ils commencent à se voir autrement.
Et c’est là que je pense à la Transfiguration de Jésus. Lorsque Jésus fut transfiguré devant ses disciples sur la montagne, sa nature divine a brillé à travers l’ordinaire. Et ceux qui étaient avec lui n’ont pas seulement vu qui il était, mais qui il est véritablement.
C’est cette vision que je porte dans mon travail. Parce que j’ai vu des transfigurations—non pas sur des sommets, mais dans des salles de classe tribales, dans des villages inondés, dans des ateliers silencieux. J’ai vu de jeunes gens ordinaires se lever et briller—devenant des lumières dans leurs communautés. J’ai vu des enfants qui murmuraient autrefois parler aujourd’hui avec espoir. J’ai vu la dignité se révéler, le leadership émerger, les rêves s’éveiller.
Voilà ce que signifie la transfiguration pour moi : un aperçu du divin dans l’humain. Le sacré qui perce dans le quotidien. Ceci est mon histoire. Et dans chacune de ses parties, je vois l’histoire d’un Dieu qui continue de transfigurer des vies. Merci.
Certains d’entre vous ont peut-être vu les grands groupes de jeunes Français qui étaient avec nous lundi. Ils revenaient du Jubilé des Jeunes à Rome, à destination de Paris et de sa région. L’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich, était ici pour les accueillir.
Ils se préparent désormais à nous accueillir du 28 décembre au 1er janvier à Paris et dans les diocèses voisins pour notre rencontre européenne de jeunes adultes. Ce ne sera pas seulement l’Église catholique qui ouvrira ses portes, mais aussi les Églises protestantes et orthodoxes. En cette époque où la guerre est une réalité pour tant de personnes et où la polarisation traverse nos sociétés, cette rencontre peut-elle être un signe de paix et d’unité, d’espérance et d’hospitalité ? Venez nous rejoindre !
Enfin, parmi nous se trouvent de jeunes Ukrainiens, ainsi que des jeunes du Moyen-Orient, du Nicaragua et d’autres pays marqués par la guerre et la violence. Venez dès 20h demain à l’église alors que nous prierons, comme chaque vendredi soir, en silence pour la paix dans notre monde tourmenté.
Nous n’oublierons pas les peuples de Gaza, d’Ukraine, du Soudan, d’Haïti, du Nicaragua ni les otages détenus contre leur gré, alors que nous prions pour la paix et des solutions justes dans ces lieux où des personnes sont tuées chaque jour. Nous prierons aussi pour celles et ceux qui vivent dans des pays sous des régimes oppressifs et qui luttent pour la liberté.
Publié le 9 août 2025