Du peu vers l’abondance
Jeudi 30 juillet, 2026
Dans un instant, Ombara, qui vient du Kenya et passe une année parmi nous, prendra la parole. Mais d’abord, quelques réflexions sur l’Évangile de dimanche : le récit de Matthieu de la multiplication des pains pour les cinq mille.
Jésus se retire en barque dans un lieu désert après avoir appris la mort de Jean le Baptiste. Il a besoin de temps seul, pour prier et réfléchir. Mais à son arrivée, une grande foule l’attend déjà — la retraite qu’il avait prévue est interrompue.
Comment réagissons-nous lorsque nos projets sont contrariés ? Nous replions-nous sur nous-mêmes en laissant place à la déception, ou savons-nous nous adapter en demeurant des personnes d’espérance ? Jésus nous montre le chemin. Il nous est dit qu’il fut « saisi de compassion » pour la foule — littéralement, son cœur fut bouleversé pour eux. Ce n’est pas un simple sentiment ; c’est une émotion qui devient action concrète et efficace. Il guérit les malades, puis il les nourrit. En cela, Jésus reflète le cœur nourricier de Dieu, presque maternel, conduisant les personnes vers un espace où elles apprennent à dépendre de Dieu pour la vie elle-même.
À une époque marquée par une « fatigue de la compassion », confrontés à tant de souffrances, nous devons redécouvrir cette réaction de Jésus — cette réponse du cœur qui nous permet de nous adapter puis d’agir.
Lorsque ses amis veulent renvoyer la foule affamée, faute de nourriture, Jésus leur demande de regarder ce qu’ils ont : cinq pains et deux poissons. Humainement parlant, presque rien. Mais Jésus prend cela, le bénit, le distribue — et ensuite, il reste encore de la nourriture.
Alors que vous vous préparez à rentrer chez vous, posez-vous la question : « Qu’est-ce que Jésus me demande de donner ? » Même lorsque nous avons l’impression de n’avoir presque rien — que ce soit matériellement, ou simplement notre temps, notre écoute, notre attention — si nous offrons ce peu à Jésus et sortons de notre agitation, nous pouvons être surpris de ce que nous découvrons. Ce peu devient beaucoup. Il y en a même en surplus.
Ce repas préfigure l’Eucharistie. N’est-ce pas aussi une invitation à réfléchir à notre participation à la vie de notre communauté ecclésiale locale ? Même si cela n’est pas toujours facile, cela peut être le lieu où Jésus nous nourrit et nous donne la force de vivre chaque jour notre vie chrétienne.
Peut-être cela peut-il nous aider à affronter les questions qui nous pèsent à tous en ce moment : les questions de paix, de sauvegarde de la création, d’accueil des migrants, de dépassement des barrières qui conduisent si facilement à la polarisation dans nos sociétés. Si chacun de nous peut donner le peu qu’il possède dans ces domaines, nous passons de l’observation à la participation, nous devenons des pèlerins d’espérance, des pèlerins de paix.
Ombara prend la parole :
J’ai pris le temps de méditer le récit de l’Évangile où Jésus nourrit les cinq mille. À travers ce passage, j’ai découvert plus profondément qu’une relation personnelle avec le Christ se déploie jour après jour. Sa parole me rejoint dans les différentes situations de ma vie, éclaire mes doutes et mes inquiétudes, et me guide sur mon chemin.
Il y a des moments où j’ai eu l’impression que Dieu en avait fini avec moi, où j’ai sous-estimé sa puissance en cédant au doute et au découragement. Pourtant, je suis émerveillé de voir comment il se rend présent de mille manières, m’accompagnant dans les épreuves et me redonnant confiance.
En regardant ma vie, je reconnais que le Christ m’a nourri par sa parole et à travers les personnes qu’il a mises sur ma route. C’est pourquoi j’ai confiance qu’aujourd’hui encore, si je suis au milieu de la foule, sa parole saura me soutenir.
Comme jeune, je réfléchis aussi à ce que signifie vivre de manière durable. Le chômage peut sembler une montagne à gravir. Trouver sa place dans un métier, dans une relation ou simplement être accueilli et accepté n’est pas toujours facile. Parfois, la peur et l’incertitude face à l’avenir deviennent envahissantes.
Une question revient souvent en moi : que se passe-t-il lorsque je deviens comme les Israélites, réclamant un roi qu’ils puissent voir ? Que se passe-t-il lorsque je ne cherche que des réponses immédiates ou que j’attends de Dieu qu’il réponde à un seul de mes désirs ? Bien souvent, je viens à lui avec mes propres attentes. Pourtant, il me donne sa paix et répond à mes besoins d’une manière que je n’aurais jamais imaginée.
Le jour de mon baptême, je crois avoir rejoint les cinq mille — et les innombrables autres qui ont choisi de marcher avec le Christ. Il m’arrive d’être déçu lorsque mes propres désirs ne se réalisent pas. Pourtant, Dieu m’offre souvent une autre réponse : une réponse durable, féconde. Il m’invite à regarder au-delà de mes besoins immédiats et à découvrir en lui une paix et une joie profondes, même lorsque la tristesse visite ma vie.