Méditation de frère Matthew

Il est possible de vivre un signe visible d’unité

Jeudi 24 juillet 2025
Jean-Pierre | @110nehundredten

Cette semaine, plus de 50 pays différents sont représentés à Taizé pour nos rencontres hebdomadaires, venant de toutes les parties du monde, sauf de l’Antarctique. Un grand bonjour à vous tous ! Notre diversité d’origines, de langues, de cultures et de traditions apporte des défis, mais n’est-elle pas aussi un signe merveilleux pour notre monde d’aujourd’hui ?

Il est possible de vivre un signe visible d’unité dans notre famille humaine, ce que notre communauté appelle une « parabole de communion », lorsque nous prions ensemble, écoutons la Parole de Dieu et construisons une vie commune au cours de ces journées. Ce que nous vivons ici ces jours-ci ne renouvelle-t-il pas notre espérance ? Et n’est-ce pas le Christ qui renouvelle cette espérance, qui nous dit par sa Résurrection que la souffrance et la mort n’auront jamais le dernier mot ?

En préparant la lettre « Espérer au-delà de toute espérance », j’ai voulu écouter des jeunes qui vivent dans des situations où la guerre fait des ravages. Leur foi en Dieu et dans la Résurrection de Jésus m’a profondément touché. Loin d’être une échappatoire à leurs souffrances, pour beaucoup d’entre eux, c’est ce qui leur a permis de tenir bon et d’aider d’autres dans la mesure de leurs possibilités.

Dans quelques instants, Bozena, qui vient d’Ukraine et qui est bénévole cet été à Taizé, va partager quelques réflexions, mais je voudrais d’abord dire quelques mots sur l’Évangile que nous venons d’entendre.

Jésus, après avoir guéri de nombreuses personnes, revient dans sa ville natale. Au début, les gens qui l’écoutent sont émerveillés par sa sagesse et tout ce qu’il accomplit. Mais très vite, leur attitude change.

Ils pensent connaître Jésus, connaître sa famille et ses origines. Ils sont incapables de voir le don de Dieu qu’il offre à travers sa vie, comme si Dieu ne pouvait être reconnu que dans l’extraordinaire et le spectaculaire, et non dans la banalité de l’existence humaine quotidienne.

Et Jésus dit : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, dans sa parenté et dans sa propre maison. »

Dans quelques jours, vous quitterez Taizé. Peut-être retournez-vous dans des lieux où les gens ne s’intéressent pas vraiment à Jésus, comme dans sa ville natale. Mais n’est-il pas important de réfléchir à ce que vous avez vécu ces jours-ci ? Était-ce quelque chose de spectaculaire et d’inhabituel ? Ou était-ce en fait simple et ordinaire ?

Prier, lire la Bible et partager avec d’autres ne sont pas toujours des expériences sensationnelles ou époustouflantes. Elles peuvent être de beaucoup de manières tout à fait ordinaires. Si, de retour chez vous, vous trouvez quelques minutes chaque jour pour prier, écouter la Parole de Dieu et, peut-être, faire quelque chose avec d’autres croyants tous les quelques jours ou au moins une fois par semaine, vous pourriez alors être surpris de ce qui devient possible.

D’une certaine manière, il vous faudra oublier Taizé pour vivre de la beauté de ce que vous y avez découvert. Faire ne serait-ce que de petits pas chaque jour pour vivre ce que vous avez compris sur la confiance en Jésus vous permettra d’aller de l’avant et de continuer à renouveler votre espérance.

Beaucoup d’entre vous sont venus en groupe. Comment pouvez-vous continuer à vous soutenir mutuellement à votre retour ? Nous avons tous besoin de communauté, et lorsque cela est possible dans nos Églises locales, où chacun a un rôle à jouer, alors la communion dans le Christ devient tangible.

Et maintenant, Bozena va dire quelques mots :

« La ville où je vis en Ukraine n’est pas occupée, et il n’y a pas de combats actifs. Mais la guerre affecte tout. Chaque jour, je me demande : que puis-je faire aujourd’hui — pour les autres, pour moi-même, pour mon pays ? Parce que personne ne sait s’il y aura un « demain ». Beaucoup d’Ukrainiens vivent avec un sentiment d’incertitude — sans savoir ce qui arrivera dans une semaine, un mois, ou l’année prochaine. C’est pourquoi chaque jour porte un poids particulier — nous vivons aujourd’hui et nous avons la possibilité d’agir maintenant.Taizé est devenu un lieu où je peux non seulement ressentir la paix dans l’instant présent, mais aussi où j’ose penser à l’avenir avec espérance. C’est un lieu où je me sens acceptée. Un lieu où quelqu’un m’attend. Le soutien, c’est être présent — même au loin. C’est ne pas rester silencieux, dire la vérité sur la situation en Ukraine, et se souvenir de nous. Mais le plus grand soutien pour nous, c’est la prière. Parce que la prière n’a pas de frontières — elle relie les gens même quand rien d’autre ne le peut. Parfois, une personne n’a plus la force de prier — et alors quelqu’un d’autre prie à sa place. C’est déjà la troisième année de guerre, et nous avons profondément besoin de votre prière et de votre soutien.Nous sommes profondément reconnaissants pour l’aide incommensurable que nous recevons d’autres pays. Merci d’être ouverts à aider, merci pour vos cœurs sensibles et bienveillants. C’est un véritable signe d’amour — lorsque des personnes de pays, de langues et de cultures différentes deviennent une seule famille. Même dans l’obscurité de la guerre, nous voyons la lumière — dans votre soutien, dans votre présence, et dans vos prières.Cette semaine, nous organisons un projet spécial — une exposition de dessins d’enfants ukrainiens intitulée « Les couleurs de l’espérance ». Les enfants en Ukraine sont des enfants de la guerre. Ils savent ce que signifie avoir peur et se cacher. Ils savent comment faire leur bagage très vite. Ils savent ce qu’il faut emporter en priorité pour aller dans les abris. Ils ont entendu le son des sirènes plus souvent que celui des rires d’enfants dans la cour. Ils sont plus âgés que leur âge — car la réalité les a forcés à grandir trop vite.Mais en même temps, ce sont des enfants qui savent ce qu’est l’espérance. Des enfants qui peuvent voir la lumière, même lorsque tout autour est sombre. Ils ne dessinent pas seulement des tanks ou la destruction — ils dessinent aussi le soleil, leurs familles, des oiseaux, et la paix. Pour moi, personnellement, cette exposition est bien plus que de l’art. C’est un signe d’espérance. L’espérance que la vie l’emportera. L’espérance en nous, les Ukrainiens, et en la force de notre esprit. L’espérance pour un avenir de paix. »

Nous n’oublierons pas le peuple d’Ukraine, tout comme nous n’oublierons pas le peuple de Gaza et tous ceux qui souffrent en Terre Sainte et au Moyen-Orient. La semaine dernière, une femme née à Gaza était parmi nous. Son neveu a été gravement blessé lors du bombardement de l’église catholique de la Sainte Famille, mais il a pu recevoir de l’aide.

Quand nous regardons la situation à Gaza et en Ukraine, mais aussi ce qui se passe au Soudan, en Haïti, au Nicaragua et ailleurs dans notre monde troublé, nous pouvons nous demander : où est Dieu ? Mais Dieu ne nous demande-t-il pas, comme l’a dit Bozena, de nous souvenir de ceux qui sont pris dans ces conflits et de chercher des moyens de manifester notre solidarité ?

Venez nous rejoindre dès demain à 20h ici dans l’église pour prier en silence pour la paix dans le monde, comme chaque vendredi soir. Une prière silencieuse peut sembler peu de chose, mais elle peut être un signe de solidarité avec ceux qui ne peuvent exprimer leur souffrance et qui sont sans paroles. Pendant cette prière, des intuitions peuvent émerger en nous sur les actions que nous pourrions entreprendre.

À la fin de l’année, notre Rencontre Européenne aura lieu à Paris et dans la région Île-de-France. Si vous avez entre 18 et 35 ans, nous serons très heureux de vous y accueillir du 28 décembre au 1er janvier. L’archevêque de Paris et les évêques de la province, ainsi que des responsables des Églises orthodoxes et protestantes, ont lancé une invitation si chaleureuse que nous nous en réjouissons déjà !

Un mot pour finir : Nous avons été très reconnaissants de la présence cette semaine des évêques Michael, Jonathan, Smitha et Graham de l’Église d’Angleterre, ainsi que de l’archevêque Stephen de York qui était avec nous en début de semaine. Venus avec des jeunes de vos diocèses, votre amitié et votre soutien sont si importants. Merci.

Lundi, je partirai pour Rome où aura lieu le Jubilé des Jeunes. Avec cinq autres frères, nous animerons des prières avec les chants de Taizé dans l’église Santa Maria in Aracœli. Le vendredi soir, il y aura une prière œcuménique avec le mouvement de jeunesse jésuite Magis et la communauté du Chemin Neuf dans l’église Sant’Ignazio. Ensuite, nous participerons à la veillée de prière et à l’eucharistie avec le pape Léon, que j’ai pu rencontrer le 4 juillet dernier, avant de revenir à Taizé.

Et durant la troisième semaine d’août, il y aura une semaine de partage et de témoignage de la foi orthodoxe ici à Taizé. Ainsi, nous vivons notre passion pour l’unité de tous ceux qui aiment le Christ.

Méditations

Publié le 25 juil. 2025