Méditation de frère Matthew

Ouvrir des chemins d’amitié et de communion

Jeudi 17 juillet 2025
Taizé

Une chaleureuse bienvenue à vous tous qui êtes venus passer cette semaine avec nous à Taizé ! Beaucoup d’entre vous viennent d’Allemagne, mais parmi nous se trouvent également des groupes venus d’Autriche, de Croatie, de France, des Pays-Bas, de Roumanie, d’Espagne, de Suède, de Suisse et d’autres pays encore.

Je tiens tout particulièrement à exprimer ma joie pour la présence de jeunes croyants musulmans accompagnés de trois imams, ainsi que de jeunes chrétiens avec des prêtres et des pasteurs, qui participent à notre rencontre d’amitié islamo-chrétienne durant ces jours. Bienvenue à vous tous !

À une époque où la polarisation dans nos sociétés semble s’accentuer et où il est si facile de tomber dans des visions stéréotypées qui nourrissent une mentalité de « nous » et « eux », n’est-il pas important que des croyants se rencontrent, s’écoutent, parlent et partagent ensemble ?

L’Esprit de Dieu agit de manière mystérieuse et nous ne pouvons pas limiter l’activité de l’Esprit. Les chemins de Dieu ne sont pas toujours nos chemins, et ses pensées ne sont pas toujours nos pensées. Il nous faut nous laisser surprendre par Dieu et par les autres.

Lorsque j’ai brièvement rencontré les participants à la rencontre d’amitié islamo-chrétienne au début de la semaine, j’ai cité quelques paroles du pape François, de bienheureuse mémoire, qui a tant fait pour ouvrir des chemins d’amitié et de communion entre croyants de toutes confessions. Je voudrais maintenant partager ces paroles avec vous tous :

« Le monde nous regarde, nous, croyants, il nous exhorte à collaborer entre nous et avec les hommes et les femmes de bonne volonté qui ne professent aucune religion, il nous demande des réponses effectives sur de nombreux thèmes : la paix, la faim, la pauvreté qui touche des millions de personnes, la crise environnementale, la violence, en particulier celle commise au nom de la religion, la corruption, la déliquescence morale, les crises de la famille, de l’économie, de la finance, et surtout de l’espérance.Nous, croyants, n’avons pas de recettes pour ces problèmes, mais nous avons une grande ressource : la prière. Et nous croyants, nous prions. Nous devons prier. La prière est notre trésor, dans lequel nous puisons selon nos traditions respectives, pour demander les dons auxquels l’humanité aspire.(...) Que notre prière — chacun selon sa propre tradition — puisse adhérer pleinement à la volonté de Dieu, qui désire que tous les hommes se reconnaissent frères et vivent ainsi, en formant la grande famille humaine dans l’harmonie des diversités.* »

Ainsi, Dieu, qui est miséricordieux et qui aime chaque personne sans exception, renouvellera notre espérance. Mais nous avons aussi un choix à faire : refuser de nous résigner aux situations de détresse, afin que l’espérance puisse prendre corps en nous.

Cela n’a rien à voir avec une attente passive : cela demande un combat, mais il n’y a pas d’autre chemin. Même notre simple désir d’espérance peut nous faire franchir le seuil de ce qui est humainement possible vers ce qui est possible pour Dieu.

Ce soir, Reem est avec nous. Sa famille est originaire de Gaza. Je lui ai demandé de partager quelques mots sur la situation là-bas.

« Je m’appelle Reem. Je suis née à Gaza. Ma famille et moi habitions Khan Younis, nous étions la seule famille chrétienne au cœur d’une ville de plus de 300000 habitants à l’époque. En 1998, José et moi, nous nous sommes mariés à l’église de la Ste Famille à Gaza. En 2001, nous sommes venus vivre en France.Dimanche soir, quand je suis arrivée à Taizé, j’étais très touchée par la présence des musulmans. J’ai vu une partie de l’humanité ouverte qui se rencontre avec leurs différences et malgré un monde divisé. Cela m’a rappelé des beaux souvenirs fraternels que j’ai vécus à Gaza avec mes ami·e·s, mes voisins musulmans au quotidien : travail, partage des fêtes et même les moments les plus difficiles. C’était tellement naturel qu’on ne se pose pas la question tous les matins « tiens aujourd’hui, je vais vivre en fraternité avec les musulmans ».Cela n’est pas un simple souvenir. C’est une richesse de ma vie à Gaza où encore toute ma famille est là-bas. Une partie d’entre elle est réfugiée depuis le 8 octobre 2023 dans l’église de la Ste Famille. Leur vie est menacée chaque jour par les massacres causés par l’armée israélienne. Aujourd’hui, notre église a été bombardée. Trois personnes ont été tuées et des membres de ma famille ont été blessés. Quand je suis inquiète pour eux, c’est eux qui me donnent la force et qui me rappellent de mettre ma confiance en Dieu car ils s’abandonnent à leur foi. Ils vivent les moments présents avec Dieu. Malgré cette guerre absurde, des soutiens fraternels et amicaux me sont exprimés. J’ai redécouvert que malgré l’obscurité, il y a la lumière. Malgré la cruauté, il y a l’humanité. Et quand il n’y a plus rien, il y a beaucoup de générosité et de solidarité. »

Demain soir, je voudrais vous inviter tous à venir à 20h à l’église pour notre prière hebdomadaire pour la paix dans notre monde troublé. Nous prions simplement en silence, car il est si difficile de trouver les mots pour exprimer ce que nous ressentons face à ces situations.

En restant en silence, nous confions à Dieu ceux qui souffrent. Nous nous souvenons également du Proche-Orient, de l’Ukraine, du Soudan, du Nicaragua et d’autres pays. Peut-être que des intuitions naîtront dans nos cœurs, sur comment chacun de nous pourrait aider, à sa manière, au milieu de toute cette détresse. Notre désir de paix n’ouvre-t-il pas déjà un chemin en nous ?

À la fin de cette année, notre rencontre européenne de jeunes adultes aura lieu à Paris et en région Île-de-France, du 28 décembre au 1er janvier. Si vous avez entre 18 et 35 ans, vous êtes très chaleureusement invités à y participer. Nous sommes invités par l’archevêque Laurent Ulrich et les évêques de la province Île-de-France, ainsi que par des responsables des Églises protestantes et orthodoxes, à préparer cette rencontre avec les communautés locales.

En septembre, un groupe de frères de Taizé, de sœurs de Saint-André, de proches collaborateurs et de volontaires partira pour former l’équipe de préparation de cette rencontre. Nous cherchons encore quelques jeunes adultes pour aider. Donc, si vous avez entre 18 et 35 ans, si vous êtes disponibles de fin août à début janvier, et souhaitez faire partie de cette équipe internationale, faites-nous signe !

Méditations

Publié le 18 juil. 2025