Frère Matthew

Vivre l’appel à aimer

Jean-Pierre

Notre grande diversité nous aide à comprendre ce que signifie cheminer ensemble et écouter le Christ, qui nous demande : « Que cherchez-vous ? » Vous nous montrez qu’il est possible de vivre et de prier ensemble, même si nous venons de pays, de cultures et de traditions ecclésiales différents.

Il peut bien sûr y avoir des malentendus entre nous, mais lorsque nous nous rassemblons pour la prière trois fois par jour, l’Esprit Saint nous unit en un seul Corps, en une seule famille humaine. Nous pouvons nous regarder les uns les autres avec bienveillance et, comme le levain fait lever la pâte, une paix intérieure et extérieure grandit en nous.

Lors de la prière du soir, nous lisons l’Évangile selon Matthieu. Hier soir, au chapitre 22, un spécialiste de la Loi de Moïse demanda à Jésus : « Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? »

Jésus répondit clairement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C’est là le premier et le plus grand commandement. Et le second lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Toute la Loi et les Prophètes dépendent de ces deux commandements. »

Le premier commandement était connu de tous et faisait partie de la prière récitée chaque matin. Il nous invite à nous centrer en Dieu avec tout notre être. Cela ne peut jamais être seulement un acte de volonté ; c’est d’abord une réponse à l’amour dont Dieu nous a aimés le premier.

Le second – aimer notre prochain comme nous-mêmes – peut sembler difficile, car il n’est pas facile de s’aimer soi-même. Mais si nous cherchons d’abord l’amour de Dieu, cela ne nous aide-t-il pas ? Nous alors comprenons comment l’amour que Dieu a pour nous nous aide à nous aimer nous-mêmes, et à ainsi aimer notre prochain.

Aimer son prochain comme soi-même peut aussi se traduire en hébreu par : « Aime ton prochain ; il est comme toi. » Aimer notre prochain comporte toujours un risque ; cela nous fait sortir de notre zone de confort. Pendant ces jours, je pense beaucoup à frère Roger, arrivé à Taizé vers le 20 août, il y a 86 ans.

Laissant derrière lui la sécurité relative de la Suisse neutre, il est venu en France et a découvert qu’aimer son prochain signifiait accueillir ceux qui étaient en danger pendant la guerre à cause de leurs convictions religieuses ou politiques. Lorsque la paix fut signée, son prochain devint les prisonniers de guerre allemands.

Lorsque Jésus dit : « Toute la Loi et les Prophètes dépendent de ces deux commandements », nous comprenons que toute la révélation biblique est centrée sur l’amour. Dans cette primauté donnée à l’amour, l’amour de Dieu, de nous-mêmes et de notre prochain ne peuvent être séparés.

Pourtant, dire « tout ce dont vous avez besoin, c’est d’amour » ne suffit pas. Il existe des règles qui nous aident à discerner comment agir et comment chercher Dieu, mais c’est l’amour qui en révèle tout le sens, ainsi que celui de tout ce qui est écrit dans la Loi et les Prophètes. Jésus a vécu cet amour en paroles et en actes, donnant sa vie sur la croix, ressuscitant d’entre les morts et demeurant présent parmi nous chaque jour par l’Esprit Saint.

Lorsque vous rentrerez chez vous, comment pourrez-vous continuer à écouter ces deux paroles de Jésus ? Comment vous guideront-elles dans votre vie quotidienne ?

Teresa parle :

Je m’appelle Teresa et je viens de Naples, dans le sud de l’Italie. Plus précisément, j’ai grandi à Scampia, là où se trouve ma communauté et où, grâce à mon groupe scout et à un orchestre social, j’ai commencé à rencontrer Dieu dans les personnes autour de moi.

Quand j’ai lu cet Évangile hier, la première chose qui m’est venue à l’esprit a été : « pourquoi ces deux commandements sont-ils semblables ? » Et, en regardant ma vie, j’ai pensé : je ne peux pas aimer les autres sans aimer Dieu, mais je ne peux pas penser à Dieu sans servir les personnes autour de moi. Nous sommes aussi appelés à nous aimer les uns les autres de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit.

Nous vivons dans un monde riche de personnes qui attendent d’être vues, et dans une ville où je rencontre beaucoup de gens qui ont besoin d’être éduqués, écoutés et aimés. Je me demande souvent — et nous pouvons toujours nous le demander — : « De qui suis-je le prochain ? Qui suis-je appelé à aimer ? »

L’amour du prochain peut aussi signifier prier pour ceux qui sont loin de nous, mais qui ont besoin de notre soutien. Parmi nous se trouvent de jeunes adultes venant d’Ukraine, du Liban, d’Haïti, du Nicaragua et d’autres pays où la guerre et la violence causent tant de souffrances.

À ceux qui viennent de ces pays, je voudrais dire que nous ne vous oublions pas. Nous aspirons avec vous à une paix juste et durable. Si pendant la semaine vous avez rencontré des jeunes de ces lieux, trouvez un moyen de rester en contact avec eux. Ils sont votre prochain.

Demain soir, venez nous rejoindre à 20h pour prier, comme chaque vendredi, pour la paix dans notre monde. Cette prière se fait en silence – il est difficile de trouver les mots pour exprimer ce que nous ressentons – et elle est un signe de notre solidarité avec ceux qui souffrent.

fr. Matthew Méditations

Publié le 27 août 2026