Frère Matthew

Déployer notre véritable identité

Jeudi 27 août, 2026
Taizé

Dans la forêt en face de Taizé, le garde-forestier a reconstitué les méandres du ruisseau qui traversait autrefois le bois, mais qui avait été transformé en canal de drainage. Même durant la chaleur extrême que nous avons connue, au cœur de la forêt, les méandres ont retenu une partie de l’eau, permettant à la flore et à la faune de s’épanouir. C’est un bel exemple de la manière dont la vie peut prendre racine là où auparavant elle peinait, lorsque nous prenons soin de la création.

Nous aussi, nous avons soif et nous cherchons à comprendre nos désirs les plus profonds, en écoutant la question de Jésus : « Que cherchez-vous ? » Nous voulons puiser à la source de la présence du Christ dans nos vies.

Pour y parvenir, il nous faut apprendre à suivre des chemins sinueux, à prendre du temps, à écouter le murmure de l’Esprit Saint, à travers la prière, la méditation des Écritures et les rencontres quotidiennes avec des personnes différentes de nous mais qui, elles aussi, cherchent un sens à leur vie.

Derrière beaucoup de nos désirs se cache la question de notre identité. Mais puis-je répondre seul à la question « Qui suis-je ? » Ne sommes-nous pas davantage définis par notre relation aux autres ? Et, pour ceux qui cherchent la foi, par notre relation avec Dieu ?

L’histoire du peuple de Dieu commence par une identité complexe. Dans la Bible, on entend souvent la question « Qui es-tu ? » C’est une question posée à d’autres. Lorsque Isaac la pose à son fils Jacob, celui-ci répond « Ésaü », le nom de son frère jumeau. Plus tard, en luttant avec un être mystérieux, Jacob demandera « Quel est ton nom ? » mais lui-même, blessé par cette rencontre, ne reçoit pas de réponse ; il reçoit un nouveau nom, une nouvelle identité qui reflète quelque chose de ce qu’il a vécu.

Jésus aussi est interrogé : « Qui es-tu ? » par les autorités religieuses dans l’Évangile de Jean, et il répond qu’il n’a jamais cessé de dire qui il est. Mais lorsque ses amis le rencontrent après la résurrection dans ce même Évangile, ils ne lui demandent plus « Qui es-tu ? », car ils savent que c’est le Seigneur.

Quand j’entends cette question « Qui es-tu ? », comment réagissez-vous ? Qui vous la pose ? Et lorsque nous répondons, comprenons-nous notre identité comme quelque chose que nous construisons seuls, ou comme quelque chose qui émerge à travers la relation ? « Qui suis-je ? » ne peut pas vraiment être séparé de la question : « Qui est mon prochain ? »

Peut-être que l’identité n’est pas quelque chose auquel nous parvenons en nous définissant une fois pour toutes, mais quelque chose que nous découvrons dans la relation — avec Dieu, avec les autres et avec la création. Même si nous voulons savoir où nous allons, laissons le cours de la vie emprunter des chemins plus longs, afin que les méandres du temps, du silence, de la prière, des rencontres et même des incertitudes puissent nous façonner.

Alors nous pouvons devenir qui nous sommes au plus profond de notre cœur : chacun de nous unique, avec ses dons et ses blessures, mais avant tout aimé de Dieu.

Tout au long de l’été, nos bénévoles ont donné beaucoup d’eux-mêmes pour accueillir tous ceux qui sont venus participer aux rencontres. Je voudrais les remercier chaleureusement pour leur engagement et exprimer l’espérance qu’ils ont eux aussi pu prendre du temps pour mieux comprendre leur vie en Dieu en relation avec les autres.

Laura vient de Colombie et va partager quelques pensées avec nous :

Pour moi, la question « Qui es-tu ? » est plus difficile qu’elle n’en a l’air. Je peux dire mon nom, d’où je viens ou ce que je fais. Mais ces choses ne répondent pas vraiment à la question : qui suis-je ?

Quand j’ai entendu l’Évangile dimanche, j’ai pensé à Jésus demandant à ses disciples : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Et j’ai commencé à me dire : peut-être que Dieu me pose aussi la question : « Qui es-tu ? »

Souvent, je pense à moi-même à travers ce que je fais ou ce que les autres pensent de moi. Mais ma foi m’aide à voir que, avant tout cela, je suis une personne aimée de Dieu.

Je pense que Taizé m’aide à me souvenir de cela. Ici, dans le silence et la prière, je peux oublier un moment toutes les choses qui me disent habituellement qui je suis. Je peux simplement être là, avec Dieu. Je n’ai pas encore de réponse définitive. Mais je peux dire que je suis une personne en chemin, à la recherche de Dieu et apprenant qui je suis avec Lui.

Et je suis aussi colombienne. Je viens d’Amérique latine, d’un endroit où j’ai appris à vivre la foi avec les autres, avec joie, espérance, musique et un cœur ouvert. J’ai appris que nous pouvons former une famille avec les personnes que nous rencontrons, les accueillir et partager la vie avec elles.

Cela fait aussi partie de qui je suis. Peut-être que la question « Qui suis-je ? » n’a pas besoin d’une réponse parfaite. Peut-être que ce qui compte, c’est de laisser Jésus transformer ma manière de vivre et de voir les autres. Alors, pour l’instant, je peux dire : « Je suis une personne aimée de Dieu ». J’apprends encore à le croire et à vivre de cet amour.

fr. Matthew Méditations

Publié le 27 août 2026