Méditations mensuelles
Cet homme, c’est toi !
2 Samuel 11–12Un jour, le grand roi David voit une femme qu’il désire. Or, si le désir est une qualité humaine – pour la Bible, l’homme est un « être de désir » – néanmoins tout désir n’est pas forcément légitime : les humains sont obligés de tenir compte des autres et de la loi de Dieu. Mais David, étant roi, s’estime au-dessus de toute limite. Il prend alors cette femme et couche avec elle, sans se soucier des conséquences.
Très vite, les choses se compliquent. Comme le mal possède son propre dynamisme, l’adultère conduit au mensonge et finalement au meurtre. Le roi est pris dans un engrenage de petits pas qui ne font que l’éloigner toujours plus du juste chemin.
Sur ce, le prophète Nathan arrive chez le roi et lui raconte une histoire. Le condamner au nom de Dieu aurait vraisemblablement eu le seul résultat de provoquer une réaction de colère et ainsi de l’enfermer davantage dans son tort. Pour sortir de son péché, David doit prendre du recul. Il doit se voir non à partir de lui-même et de ses inévitables tentatives d’autojustification, non comme le roi, centre de l’univers, à qui tout est permis, mais comme « un parmi d’autres ». L’astuce du prophète est justement de le faire se juger lui-même, en se considérant comme un autre.
Après le jugement du roi, prononcé non par Dieu, mais par lui-même, Nathan poursuit en mentionnant deux conséquences de ses fautes. D’abord, la violence qu’il a faite aux autres se retournera contre lui et contre les siens. C’est une « loi » générale de l’existence, que Jésus exprime en disant « Tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée » (Matthieu 26, 52). Puis, ce qui a été fait en cachette finira par devenir public. Jésus le dit encore : « Tout ce qui est caché apparaîtra au grand jour, et tout ce qui est secret sera connu et mis en pleine lumière » (Luc 8,17). Ce sont des éléments importants de la notion biblique du jugement, à savoir le dévoilement de la signification véritable de nos actes dans toute leur ampleur. Mais la révélation de la vérité n’est pas un châtiment, elle fait partie au contraire du processus de guérison par lequel nos bas-fonds s’ouvrent à l’amour bienfaisant de Dieu.
Le récit se termine par la repentance du roi. Ayant reconnu sa faute, il reçoit aussitôt du prophète l’annonce du pardon de Dieu. Comme dira plus tard le prophète Ézéchiel, Dieu ne désire pas la mort du pécheur, mais qu’il change de conduite et qu’il vive (cf. Ézéchiel 18, 23). Cependant, la mort de l’enfant, si difficile à comprendre pour notre sensibilité moderne, est annoncée comme un indice du fait que, même pardonné, le mal reste mal et en soi ne mène qu’à la mort. Mais une « résurrection » a bien lieu : peu après, Batchéba aura un autre fils avec David, et ce sera le grand roi Salomon, qui permettra à l’histoire entre Dieu et son peuple d’atteindre un nouveau sommet.