Méditations mensuelles
Le cachot vide
Actes 12,1-17Le roi Hérode, dont il est ici question, est Agrippa Ier, petit-fils d’Hérode le Grand. Il grandit à Rome, en compagnie du futur empereur Claude. En 41, quand Claude devint empereur, il se trouvait à Rome. La situation à Jérusalem était très tendue. L’empereur Caligula, mort empoisonné en janvier 41, avait voulu faire mettre sa propre statue dans le temple de Jérusalem. Ce projet faillit provoquer un soulèvement de grande envergure. Alors Hérode Agrippa partit aussitôt pour Jérusalem afin d’apaiser la situation.
Il s’appuyait sur les milieux fidèles aux traditions d’Israël, à la Torah. Il s’opposait par contre aux chrétiens. En partie peut-être pour des raisons personnelles : les chrétiens n’attendaient-ils pas la venue de leur Christ, qu’on appelait aussi « roi des Juifs » et qui était donc un rival potentiel ? Les Actes des Apôtres disent qu’il s’en prenait aux chrétiens pour s’assurer le soutien des milieux influents de Jérusalem, hostiles au mouvement chrétien. Car, à cause de leur foi en Jésus, certains Juifs en venaient à relativiser ce qui différenciait les Juifs des païens. Ils allaient jusqu’à affirmer que Juifs et païens ensemble formaient désormais un même peuple de Dieu.
C’est dans ce contexte historique qu’Hérode fit tuer Jacques et arrêter Pierre. Une ou deux phrases auraient pu suffire à Luc, l’auteur des Actes des Apôtres, pour dire que Pierre retrouva la liberté dans des circonstances non élucidées. Mais il tient à raconter la nuit de Pierre en prison de manière à en faire une nuit de Pâques. Tandis que l’Église en prière célèbre les jours de la Pâque, Pierre fait, dans son propre corps, l’expérience du mystère pascal. Attendant dans le cachot son exécution, il est déjà un homme mort. Et voici qu’en pleine nuit, les chaînes lui tombent des mains et des pieds. Il est libre. Ses gardes sont abasourdis et Pierre quitte son cachot tout comme Jésus est sorti du tombeau. Il croit rêver. Puis, revenu à lui-même, il confesse sa foi avec des mots qui font écho à la libération d’Israël à la première Pâque (Exode 18, 4 et 9) : « Le Seigneur m’a arraché aux mains d’Hérode ».
C’est une femme qui, la première, apprend la bonne nouvelle de la libération de Pierre. Rhodé reconnaît sa voix à la porte de la maison où les chrétiens sont réunis. Mais de joie, elle oublie d’ouvrir ! Luc a de l’humour : tandis qu’on discute à l’intérieur, niant la possibilité que Pierre soit libre, Pierre doit attendre devant la porte et frapper plus fort ! Pour finir, on le laisse entrer. Il raconte ce qui lui est arrivé. Et encore une fois, Luc fait un clin d’œil au lecteur pour qu’il pense bien à la résurrection de Jésus. De même que Jésus envoya les femmes au tombeau annoncer aux disciples et à Pierre sa résurrection, Pierre ordonne d’aller annoncer sa libération « à Jacques et aux frères ». Il s’agit ici de Jacques, le frère du Seigneur, qui semble avoir été, au moins depuis ce moment, le responsable de l’Église de Jérusalem. Pierre, lui, quitte la Ville sainte et s’en va « dans un autre endroit ». L’expression signifie en Ézéchiel 12, 3 le départ pour Babylone. Ici, cela pourrait être une indication codée d’un départ de Pierre pour Rome.