Méditations mensuelles
Libre accès auprès du Père !
Éphésiens 2,11-22L’auteur de la lettre aux Éphésiens veut décrire la relation toute nouvelle que nous avons les uns avec les autres depuis la mort et la résurrection de Jésus. Pour cela, il utilise beaucoup de termes qu’il tire de la vie politique du monde grec : étrangers, gens du dehors, concitoyens, libre accès, fondement. Ces termes techniques qui sembleraient plutôt destinés à une circulaire ministérielle prétendant réguler l’obtention de visas revêtent une couleur particulièrement originale quand ils décrivent le lien entre le croyant et le Christ et le lien que les croyants entretiennent entre eux. L’utilisation du vocabulaire politique n’est sûrement pas un hasard. L’auteur veut parler d’une nouvelle manière d’habiter le monde, d’une nouvelle appartenance, d’une « citoyenneté » qui est encore plus fondamentale que celle de notre passeport.
Ce changement d’identité radicale est né au pied de la croix, là où « le Christ a tué la haine ». Ce qui nous retient éloigné de Dieu, notre faute, passe derrière la croix. Dieu vient s’interposer entre nous et notre propre violence. Acceptant de mourir par amour et entrant dans la vie d’éternité, Jésus vient supprimer l’ultime barrière, celle entre nous et Dieu.
La vulnérabilité du Fils vient en même temps « tuer la haine » en supprimant la distance entre les peuples, en particulier celle entre le peuple élu et les autres. Dans la vie donnée de Jésus, tous deviennent membres les uns des autres. Au fond, la croix joue le rôle que joue une constitution dans un État : elle donne le ciment nécessaire à une identité commune.
Le nouveau corps peut alors se constituer. Nous sommes « concitoyens des saints ». Dès lors, ce qui nous constitue est le fait que nous recevons quelque chose de la splendeur, de la force, de l’absolu de Dieu parce que nous avons libre accès auprès de lui. En politique, seuls les puissants ont libre accès à ceux qui détiennent le pouvoir. Le pouvoir attire le pouvoir. Dans cette nouvelle citoyenneté, nous avons accès au « pouvoir » par cet événement qui exprime de la manière la plus extrême la pauvreté et la simplicité de Dieu : la croix.
On comprend qu’il n’y ait plus de distance géographique : « paix à vous qui étiez loin, paix à ceux qui étaient près ». Dans ce nouvel État, sans frontières, tout s’ajuste et grandit pour la réconciliation.