Méditations des prières du midi

Bastien ANTOINE

Sur cette page, sont publiées les méditations données lors des trois prières du midi de la rencontre européenne de Taizé à Paris et en Île-de-France.

LUNDI 29 DÉCEMBRE
Sr Nathalie Becquart

Jean 1,35-39

Dans l'Évangile de Jean, Jean-Baptiste se fait témoin. Fixant son regard sur Jésus qui passe, il le désigne à d'autres : "Voici l'Agneau de Dieu." Les deux disciples entendent, lui font confiance, et se mettent à suivre Jésus.

Réunis aujourd'hui pour ce Pèlerinage de Confiance à Paris, nous sommes peut-être comme eux, prêts à suivre Jésus ou du moins intrigués par Lui. Si nous sommes venus ici de toute l'Europe pour prier ensemble, c'est que nous cherchons quelque chose, quelqu'un. Ce Jésus qui nous attire au point de nous réunir si nombreux par-delà toutes les frontières. Ce qui a commencé à Béthanie au-delà du Jourdain se poursuit aujourd’hui ici-même. Les frères de Taizé et tant d'autres témoins sur nos routes nous désignent Jésus qui se fait présent au milieu de nous.

« Que cherchez-vous ? » Jésus nous pose cette question comme aux disciples qui s'approchent de lui. Il entre en dialogue avec eux, comme avec nous aujourd'hui par sa Parole toujours vivante. Prenons le temps de laisser résonner en nous cette question existentielle : que cherchez-vous ? Quelle soif nous anime vraiment ? Essayons d'y répondre en nous-mêmes.

Les disciples ont répondu par une autre question : « Maître, où demeures-tu ? » Autrement dit : « Qui es-tu vraiment ? Peut-on vivre quelque chose de vrai avec toi ? » C'est l'expression d'un désir profond de relation authentique. En demeurant auprès de Jésus qui leur répond « Venez et voyez », ils vont vivre une rencontre si marquante qu'on se souvient de l'heure exacte : 4h de l'après-midi. « Demeurer », verbe clé dans l'Évangile de Jean, va bien au-delà d'une simple présence physique. C'est le vocabulaire de la communion profonde, de la relation transformante, de l'amour qui s'enracine et qui dure.

Par cette question « Où demeures-tu ? », les disciples nous mettent sur la piste de notre quête intérieure. Nous avons tous soif de relations, nous aspirons à la rencontre vraie, celle qui nous permet d'être nous-mêmes en vérité et d'accueillir l'autre comme un don. Nous aspirons à des relations apaisées : avec les autres, avec soi, avec Dieu, avec toute la Création. Nous rêvons de paix et de réconciliation car au plus profond nous sommes des êtres relationnels créés pour la fraternité. Nous avons besoin de donner et recevoir, d'appartenir à une famille, à une communauté, à un peuple.

Jésus répond simplement, sans longs discours : « Venez et vous verrez ». Il nous invite à entrer dans une expérience de relation avec Lui et avec les autres. Il nous fait découvrir sa demeure qui est celle de sa relation au Père. Il nous propose de prendre du temps ensemble, de faire route en nous mettant à l'écoute les uns des autres, de tisser des liens de paix et de communion pour être signe et instrument de l’unité de la famille humaine.

Puissions-nous durant cette 48ème rencontre européenne, à l’image des premiers disciples, demeurer avec Jésus et être ensemble, réunis en Lui, signe d'Espérance au cœur d'un monde qua soif de paix.

Mgr Loïc Lagadec

Jean le Baptiste avait déjà tressailli dans le ventre de sa mère Elisabeth, lorsque Marie était venu les visiter. Cette fois, il passe de l’intuition des tripes, à la contemplation du visage.

C'est comme si il voyait enfin ce qu’il avait déjà senti intérieurement. Et il ne garde pas sa découverte pour lui, il la partage et dit ce qu’il a compris de Jésus, et le désigne comme le Messie.

Chers jeunes, durant ces jours de rencontres européennes, partagez ce que vous sentez intérieurement, contemplez Jésus, posez votre regard sur Lui. Car aujourd’hui et durant ces jours à Paris, il passe au milieu de vous, comme Il le faisait au bord du Jourdain.

Comme les deux disciples de Jean Baptiste, n’hésitez pas à vous mettre en route derrière Jésus, à le suivre pour l’écouter, le comprendre, le regarder vivre et aimer.

Quand vous marcherez ainsi, vous sentirez Jésus se retourner vers vous, et à chacun de vous, 2000 ans après, il adresse la même question : « que cherches-tu ? »

N'ayez pas peur de vos questions et de vos désirs, c’est à partir d’eux que nous cherchons Dieu et que nous prenons des options pour nos existences. N'ayez pas peur du regard de Jésus sur vous, c’est un regard de bonté infinie qui offre un chemin de vie.

Comme Jésus nous y invite, nous pouvons aller avec Lui, pour voir ... Et il nous fait une promesse qui soutient notre confiance : venez ...et vous verrez ! Peut-être que c’est étonnant que ce ne soit pas comme le reste de nos vies, où on l’on veut savoir avant ; en effet, avec Jésus, on sait une fois qu’on s’est mis en route.

En tout cas, les deux dont l’évangile nous parle, eux, ils ont vu, et ont choisi de rester avec lui. Visiblement, ça valait le coup !

Que ces paroles de l’Évangile de Jean soutienne votre espérance : oui, c’est ce que je crois, en prenant derrière Jésus un chemin de foi, il y a quelque chose à découvrir !

Mgr Guillaume de Lisle

Jean 1,35-39

Que cherchez-vous ? C’est la question que Jésus pose à ceux qui ont commencé à le suivre. C’est une bonne question pour nous aussi aujourd’hui qui sommes venus à Paris pour vivre ces journées de Taizé. Que cherchons-nous ? Que voulons-nous pour nos vies ? Vers où voulons nous nous diriger ? pour faire quoi ?

Dans l’évangile, Jésus invite André et une personne dont nous ne connaissons pas le nom à venir avec lui et à voir comment il vit. Aujourd’hui, Jésus continue à nous inviter à découvrir la foi des chrétiens comme signe de sa présence de son action au cœur du monde.

Comprendre la foi des chrétiens implique de questionner leur doctrine mais aussi leur action. Ce questionnement n’est pas seulement intellectuel, il oblige à plonger dans la réalité chrétienne. En effet si le chrétien est un homme du questionnement, il est aussi un homme de l’agir. Il est un homme de la raison et du cœur.

Rien ne peut se faire sans sacrifier un peu de ce temps si précieux à notre époque qui fait tout vite. Aller à la rencontre, s’apprivoiser mutuellement, servir, se donner sans compter tout cela nécessite du temps.

Pour savoir ce que je veux, la direction que je souhaite prendre, il me faut m’arrêter. M’arrêter pour regarder autour de moi et en moi. Il me faut perdre du temps.

Voilà un bel objectif pour ces journées de Taizé perdre du temps avec ceux que je vais rencontrer pour éclairer mon désir, ma détermination, ma direction.

Père Stéphane Esclef

Jean 1,35-39

Chers jeunes, dans l’Évangile que nous venons d’entendre, tout commence par une parole très simple : « Voici l’Agneau de Dieu. »

Deux disciples entendent cette parole et ils se mettent en route. Ils ne savent pas encore où ils vont, mais quelque chose les attire. C’est peut-être ce qui nous arrive ce midi, à nous qui sommes là.

Alors Jésus se retourne et leur pose une question : « Que cherchez-vous ? »

Ce n’est pas une question pour juger, ni pour tester. C’est une question ouverte, posée avec douceur. Jésus qui est doux et humble de cœur

Peut-être que cette question nous est adressée aujourd’hui.

En venant ici, à Paris, au Sacré-Cœur.

Qu’est-ce que nous cherchons dans ce pèlerinage de confiance organisé par la communauté de Taizé ?

La paix ? Un sens à notre vie ? Une lumière pour un choix à faire ?

Ou peut-être, simplement, un lieu pour faire silence ? Ecouter Dieu nous parler cœur à cœur.

Les disciples répondent : « Où demeures-tu ? »

Ils ne demandent pas une explication, mais une présence.

Ils veulent savoir où Jésus habite, où l’on peut le rencontrer.

Et Jésus répond simplement : « Venez et vous verrez. »

Il ne promet pas que tout sera facile. Il n’impose rien.

Il invite à un pas de confiance. À marcher ensemble. À rester un moment avec lui.

Cette invitation est au cœur de ce rassemblement que nous vivons :

Avancer dans la confiance, accueillir le silence, laisser Dieu venir à nous au-delà de nos mots et de nos différences. Construire la fraternité.

L’Évangile se termine par ces mots très simples : « Ils restèrent avec lui ce jour-là. »

Rester. Être là. Habiter le silence et prier

Cette basilique qui nous accueille, qui vous tend les bras c’est la maison du cœur de Jésus ouvert à tous

Que ce temps nous soit donné comme un espace de paix, où chacun peut déposer ce qu’il porte, et où l’espérance, doucement, peut grandir. Amen

MARDI 30 DÉCEMBRE
Mgr. Laurent Ulrich

Psaume 8 : Ô Seigneur, qu’il est grand ton nom par toute la terre !

Pour commencer, ce psaume est encadré par un refrain : Ô Seigneur notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! Ce n’est pas seulement un effet de style, c’est une attitude profonde de la prière juive et chrétienne : notre prière commence toujours et finit toujours par une louange à Dieu. Si nous parlons à Dieu, c’est parce que nous sommes attirés par Lui, nous avons envie d’aller vers Lui, de L’admirer, de Lui dire notre louange. Notre prière ne commence pas par une demande, par une plainte devant une souffrance, par une intercession, mais toujours par un bonheur de partager la connaissance de Dieu, de savoir qu’Il se laisse interpeler, aussi grand et impressionnant qu’Il soit !

La louange est partagée par beaucoup : on évoque les enfants, les petits – pas seulement les enfants, mais aussi les petites gens, les pauvres, les humbles, les modestes, ceux qui n’osent pas, ceux qui ne comptent pas dans la société … L’histoire de la foi, l’histoire de nos Églises, est parsemée de ces petits qui ne cessent de prier, de parler à Dieu, de parler de Dieu. Des personnes qui savent qu’elles ne sont jamais seules dans la vie, même quand elle est difficile, même quand elle est si fragile qu’on peut croire qu’on va mourir … Je pense au centurion de l’évangile qui s’est tourné vers Jésus pour son serviteur qui souffre terriblement : « je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. » (Mt 8, 8) Il faut se rappeler que le centurion n’était pas un croyant en tout cas à la façon juive, mais un représentant de l’autorité romaine qui pratiquait peut-être, ou pas, une autre religion. Il aurait pu penser qu’il était exclu, c’était un petit dans ce sens-là. Il n’a pas eu peur de s’adresser à Jésus.

Qu’est-ce qui fait qu’on peut s’émerveiller ainsi ? La beauté de la nature, « ouvrage de tes doigts », dit le poète, le psalmiste. L’écologie nous fait redécouvrir cette merveille au milieu de laquelle nous habitons : elle est parfois terrifiante avec ses réactions, les catastrophes qui font régulièrement des victimes ; nous la maltraitons aussi et cela devient dangereux, toxique. N’empêche que c’est un miracle permanent. J’ai entendu il y a peu un biologiste exprimer son admiration pour ce qui se passe dans le corps humain. Oui, Seigneur, tu as donné à l’homme une place incroyable ; il peut mettre tout cela à son service, mais cela lui est comme prêté, mis à sa disposition.

Pourtant qu’il ne croie pas qu’il en est le maître, que cela lui appartient ! ‘Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu et pourtant tu le couronnes de gloire et d’honneur, tu l’établis sur l’œuvre de tes mains !’ En effet, tous ces biens qui sont à ta disposition, ils sont faits pour tous, ils sont faits pour être partagés à tous. Si tu en as plus que d’autres, c’est pour en faire profiter les autres justement. Et ce sera pour toi une occasion supplémentaire de rendre grâce à Dieu, de le remercier parce que tu auras partagé cela, que tu auras associé d’autres que toi à la joie, à l’émerveillement qui naît dans le cœur quand on partage, quand on fait attention aux autres !

Depuis que le développement économique a rendu les pays de plus en plus interdépendants, que la mondialisation a redimensionné le monde, on a commencé de comprendre que l’enrichissement des uns scandalise les autres qui ont le sentiment d’être mis de côté et même d’avoir été utilisés sinon pillés ! La conscience de l’humanité s’en révolte et nous comprenons que ces injustices sont les causes les plus profondes des guerres. Le développement de tous et de tous les peuples conditionne la paix mondiale. Et la sagesse chrétienne nous inspire de travailler toujours à la disparition des inégalités : c’est Toi-même, Seigneur, qui nous y appelle.

Ô Seigneur notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre !

 

MERCREDI 31 DECEMBRE
Pasteur Pierre Blanzat

Jean 19,25-27.39-40

Rappelez-vous, c’était il y a à peine deux jours : Nous méditions les tous premiers mots que Jésus prononce d’après l’évangile de Jean : - « Que cherchez-vous ? » La question la plus utile du monde, celle que frère Matthew reprend dans sa lettre qui est semence de tous nos commencements, clé de tous les possibles. Une question si simple et profonde qu’elle peut accompagner chaque prière, chaque méditation collective ou solitaire, chaque jour de l’année à venir. Mais aujourd’hui, 31 Décembre c’est le dernier jour de l’année civile, et l’évangile nous amène sur le Golgotha pour y recueillir ces paroles qui seront parmi les dernières de Jésus en croix. Nous contemplons Jésus cloué sur le bois… et je me demande alors : - « et toi, Jésus, que cherche-tu ? » En cet instant ultime de la croix, que peut-on encore chercher… …avant de rendre son dernier souffle ?

Avant de rendre son dernier souffle Jésus semble chercher ceux qu’il aime et qui l’ont aimé. Et si beaucoup parmi ceux qui l’ont suivi se sont pour un temps enfuis, il y a là cependant encore, près de lui,  Marie « debout, sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas et Marie de Magdala  et le disciple bien-aimé». Ce que cherche Jésus c’est encore et encore à prendre soin d‘eux, il semble qu’il cherche à créer de nouveaux liens, de nouvelles solidarités pour que vive et que s’approfondisse encore la communauté d’amour qu’il a suscité : « femme voici ton fils, et toi voici ta mère ». et « depuis cette heure-là le disciple la pris chez lui ». Jusqu’à son dernier souffle, Jésus cherche et réussi à bâtir une communauté d’amour… afin que « tout soit accompli ».

Aujourd’hui c’est le dernier jour de l’année et en méditant ce douloureux et grand mystère de la croix, je pense à toutes ces mères qui se tiennent debout, debout jusqu’au bout… Debout au côté de leurs fils, je pense à ses sœurs, à ses amis bien aimés qui voit mourir -impuissants- des proches. Je pense à tous ces hommes -parfois d’un âge avancé- qui comme Nicodème le discret chercheur de la nuit, et Joseph d’Arimathée, vont respectueusement chercher un corps sans vie -si jeune victime de la folie, de l’injustice de la bêtise et de la haine-. Ces hommes qui ne sont pas plus forts que vous et moi, mais qui font leur possible pour porter dans leur bras un corps sans vie; lui donner une dernière demeure dignement, et redire les prières et refaire les gestes de toujours… parce que chaque vie est unique et irremplaçable, et que cela a du sens -même au milieu de la folie déshumanisante- de saluer chaque vie humaine avec une considération infinie. Nous pensons si fort à eux en cet instant : le Christ est avec eux.

Sans doute ce jour-là Nicodème et Joseph d’Arimathée, ne pouvaient imaginer qu’en déposant ce corps dans les profondeurs de la terre, ils déposaient en fait un germe de vie qui n’allait pas tarder à soulever le monde. Sans doute en cette heure le disciple bien aimé, était loin d’imaginer qu’il ferait le « footing » ou plutôt le « sprint » de sa vie en compagnie de Pierre jusqu’au tombeau vide… et Marie de Magdala était à 1000 lieux d’imaginer la suite de ce sprint… et la joie inouïe d’entendre et de reconnaître la voix du ressuscité lui redire personnellement la question la plus belle qui soit : « Marie, Qui cherches-tu ? » Oui c’est le dernier jour de l’année, et nous sommes encore au pied de la croix : et nous cherchons encore… ou plutôt nous cherchons déjà la vie, la paix, l’amitié : la force de l’amour qui déchire la nuit et qui soulèvera le monde n’en doutons pas ! Déjà, avec Nicodème, Joseph, avec le disciple bien-aimé, Marie la mère de Jésus et Marie de Magdala… et toutes celles et ceux qui en cet instant expérimentent d’une manière ou d’une autre la réalité de la croix nous cherchons avec détermination et avec confiance nous attendons l’aube du jour qui vient… Amen.

Mgr Emmanuel Tois

Jean 19,25-27.39-40

Il y a trois femmes auprès de Jésus : sa mère, la sœur de sa mère, appelée Marie, femme de Cléophas, et Marie-Madeleine. Il y a aussi un homme, placé près de la mère de Jésus ; c'est le disciple que Jésus aimait.

Ils sont près de la Croix. Après la parole adressée par Jésus à sa mère (« Femme, voici ton fils ») et celle dite au disciple (« Voici ta mère »), Jésus en prononcera encore deux autres, puis il remettra l'Esprit. Sans doute devant ces quatre-là.

Après la mort de Jésus, on s'agite. C'est le jour de la préparation de la Pâque juive, on ne peut laisser les corps en croix, il faut faire vite : vite l'embaumer, vite le mettre au tombeau. Il y en a justement un, là, un tombeau, tout proche.

Nicodème a apporté un mélange de myrrhe et d'aloès. A quoi pense-t-il ? Sait-il qu'à la crèche, les mages avaient naguère apporté de la myrrhe à l'Enfant-Jésus ? Pense-t-il plutôt à cette longue conversation qu'il avait eue avec Jésus ? Vous savez, Jésus lui avait dit cette nuit-là que « personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu ». Se souvient-il du moment où, en opposition avec les chefs du peuple et les pharisiens, il avait demandé qu'on ne juge pas Jésus sans l'avoir d'abord entendu ?

En tout cas, il est là, Nicodème. Avec les trois femmes et le disciple que Jésus aimait. Ils sont là par fidélité envers Jésus. Ils sont là aussi pour nous.

Ce matin, ou encore chaque fois que nous nous retrouverons, lors de la prière du soir, autour de la Croix, ces cinq-là sont disponibles pour nous aider à comprendre le sens de cette mort absurde, à comprendre pourquoi il fallait aller jusque là pour que Jésus, Dieu fait homme, sauve l'être humain du mal et de la mort. Ils sont là pour nous aider, nous aussi, à comprendre toutes ces morts absurdes, ou plutôt à pressentir qu'elles ne sont pas la fin de tout, et donc, pour nous aider à espérer. Ces cinq-là sont aussi avec nous pour nous aider à vivre nos croix personnelles et à croire qu'après elles, le Ressuscité nous montrera sa lumière. Nous donnera un après. Un après la Croix.

Ce matin prenons l'un de ces cinq-là comme compagne, comme compagnon. Soit Marie, sa mère, celle que Jésus nous donne désormais comme notre mère. Soit Marie, mère de Cléophas, dont on sait si peu de choses sinon qu'elle était là. Soit Marie-Madeleine, premier témoin de la Résurrection. Soit le disciple que Jésus aimait, qui reçoit de son maître la mission d'accueillir la mère des douleurs et à qui le même maître la donne pour mère ; il est ce disciple à l'identité tellement mystérieuse qu'il peut-être n'importe lequel d'entre nous. Soit enfin Nicodème qui, dans la peine, reste disponible pour servir Jésus au-delà de la mort.

Choisissons l'un d'eux pour qu'il nous accompagne désormais lorsque nous irons déposer un fardeau au pied de la Croix. Avec elle, avec lui, nous serons plus forts. Avec elle, avec lui, nous verrons la lumière poindre dans la nuit.

Pasteure Anne Faisandier

Jean 19,25-27. 39-40

A la dernière heure, quand Jésus est au bout de son chemin terrestre, il ne reste plus grand monde autour de lui. Les disciples en particulier ont presque tous disparu. Il n’y a que dans l’Evangile de Jean qu’il en reste un, ce fameux « disciple que Jésus aimait » dont il faut attendre la fin de l’Evangile pour comprendre qu’il se confond avec celui qui raconte l’histoire pour que nous puissions aussi nous identifier à lui. (Celui qui termine son Evangile en nous disant « 25Il y a encore beaucoup d'autres choses que Jésus a faites. Si on racontait chacune d'elles par écrit, je pense que le monde entier ne pourrait pas contenir les livres qu'on écrirait ». ) Celui qui est représenté sur l’icône de l’amitié de Taizé. Et sur celle-ci, la croix où se regardent ce disciple et Marie de chaque côté.

Et puis il y a des femmes, 4, mais nous savons bien que les femmes ne comptent pour rien même quand ce sont elles qui font tout le travail… Quelle ironie de savoir que ce sont elles aussi qui seront les premiers témoins de la résurrection. Un peu plus loin voici Nicodème, ce pharisien, disciple de la nuit qui a défendu Jésus (cf texte de la prière ce matin, Jean 7), discret, qui revient ici. Et Joseph d’Arimathée, « disciple en secret »…

A l’heure ultime, drôle de petite troupe de fidèles malgré les circonstances, disparates, sans vraiment d’autre point commun que celui d’aimer Jésus et de ne pas vouloir le lâcher. Parce qu’au bout du bout finalement il ne reste que cela : l’amour dont nous avons été aimé et dont nous avons aimé à notre tour. Ils ne savent sans doute pas dire pourquoi ils sont encore là, ni même s’ils attendent quelque chose. Peut être juste qu’ils ne peuvent pas faire autrement qu’être là.

Parce que c’est comme ça quand on aime. On est là. Même sans rien dire. Devant la solitude, l’injustice, la mort, être là. Par amour. Eh bien c’est à cet endroit là, justement, qu’il se passe quelque chose et que Jésus installe un lien nouveau entre sa mère et son disciple qui se reçoivent mutuellement comme mère et fils. Au moment où Jésus s’efface c’est comme s’il mettait la main de l’un dans celle de l’autre afin qu’ils soient directement en relation. Ils étaient déjà de la famille de Jésus tous les deux, mais voilà qu’ils se reçoivent l’un l’autre comme tels, qu’ils se reconnaissent comme étant de cette même famille. Et c’est visible dans ce regard qu’ils échangent sur cette icône.

Ce cadeau que Jésus leur fait au pied de la croix est aussi pour nous. En Lui, mort et ressuscité pour nous, nous nous recevons comme frères et sœurs. Non plus étrangers les uns aux autres, définis par ce qui nous différencie et nous sépare, mais unis parce que frères et sœurs de et en Christ, enfants du même père : le sien, Dieu, le nôtre, grâce à lui.

Dans sa lettre aux romains l’apôtre Paul dit autrement la même chose : Romains 8, 15 : En effet, vous n'avez pas reçu un esprit qui vous rende encore esclave et vous remplisse de peur, mais vous avez reçu un Esprit d'adoption filiale, par lequel nous crions : Abba ! – Père ! 16 L'Esprit de Dieu atteste lui-même à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.

Voici ton fils, voici ta mère, voici ton frère, ta sœur. Humain, aimé de Dieu, comme toi. Le Saint Esprit atteste en nous que nous sommes tous enfants de Dieu. Cette identité reçue en Christ est plus forte que toutes les autres, elle doit être mise en premier dans nos vies pour que nous nous recevions comme membres de sa famille.

Alors en son Nom, partout sur la terre et en toute circonstance, vous trouverez un parent, un enfant, une fraternité ou une sororité qui vous sera donnée par Jésus lui-même. Même si vous ne parlez pas la même langue, si vous n’avez pas la même couleur de peau, la même façon de le prier. Et vous ne serez plus jamais seuls, y compris dans les circonstances les plus difficiles. Cela change nos vies, et cela peut changer le monde.

Ne croyez pas les discours de tous ceux qui essaient de nous monter les uns contre les autres. Ce n’est pas le Christ qui sème la division. Il est Celui qui nous apprend à aimer. Devant la solitude, la souffrance, l’injustice, la mort, il nous apprend à être là. Par amour.

Paris 2025/2026

Publié le 8 janv. 2026