Méditations mensuelles
Ta parole sur moi et en moi
Deutéronome 11,18-21Parole est l’un des mots les plus essentiels de la foi hébraïque. Dieu crée par sa parole : « Par la parole du Seigneur, les cieux ont été faits, par le souffle de sa bouche, toute leur armée... il parle et cela est, il commande et cela existe » (Psaume 33, 6.9). Quand Dieu parle, il fait du neuf, il offre la vie et la vie est portée par deux « messagers » : la parole et le souffle, davar et ruah en hébreu. Ses paroles portent vie, parce qu’elles structurent le monde et le préserve de retomber sur lui-même. Comme les constantes de la physique moderne réglées de telle manière que les forces diverses (nucléaire, gravitationnelle...) ne s’annulent pas, mais travaillent ensemble dans un équilibre indispensable à la vie, les paroles du Seigneur sont loi, elles sont droites (Psaume 19), afin de rendre la terre habitable. Les dix commandements sont d’ailleurs intitulés en hébreu les Dix Paroles.
Garder les paroles de Dieu, c’est donc s’associer à sa volonté créatrice. C’est redécouvrir ses « merveilles » (Psaume 136) effectuées dans le passé pour sortir son peuple d’esclavage. Et maintenant qu’Israël est arrivé à destination, le Deutéronome relit l’expérience de la traversée du désert et exhorte le peuple à l’humilité et à la vigilance. « Souviens-toi d’où tu viens » semble être l’un des leitmotivs de ce livre : tu n’es ce que tu es que parce que Dieu te l’a donné. Dans la même veine, Paul dira plus tard : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Corinthiens 4, 7).
Garder la parole, c’est donc se souvenir que notre vie n’a été rendue possible que par un don. C’est cette générosité qu’il ne faut jamais oublier et c’est la raison pour laquelle il faut l’écrire sur son front, sur son bras, sur son cœur, dans son âme, sur ses portes.
Le croyant juif est environné, enveloppé par les paroles de son créateur : son intelligence (le front), sa force (le bras), sa pensée (le cœur), sa personnalité (son âme), son intimité (ses portes) sont toutes recouvertes par la mémoire du don de la vie. Paul ne dira rien d’autre en exhortant de la même manière le disciple de Jésus : « Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ » (Romains 13, 14). C’est que Jésus est lui-même Parole venant dans le monde (Jean 1). Dans le Nouveau Testament, la Parole entre dans le croyant au point d’y faire habiter Dieu lui-même : « Si vous gardez mes commandements (mes paroles), vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour » (Jean 15, 10). Laisser Dieu prendre peu à peu sa place de Dieu en moi, le laisser faire résonner son appel à la vie, lui donner de la place pour déployer sa force créatrice et structurante : voilà la noble tâche de la prière.