Méditations mensuelles
Tu ouvriras ta main à ton frère
Deutéronome 15,7-11Dans la vie de l’Israël ancien, les rapports avec Dieu se concrétisaient forcément dans une relation de solidarité à l’intérieur du peuple. Ce passage du livre du Deutéronome illustre bien ce lien : il s’agit d’être prêt à « ouvrir la main toute grande » au pauvre, comme à son propre frère.
D’après la loi de Moïse, tous les sept ans, les champs devaient être laissés en friche (Lv 25,4 ; voir Ex 23,10-11). Il s’agissait là d’une prescription d’ordre religieux, un « sabbat du sol » – le but étant de rappeler à Israël que le vrai propriétaire de la terre était le Seigneur lui-même.
Mais cette prescription, d’abord religieuse, avait bien sûr une implication sociale majeure. Car la septième année était en même temps une année de la remise des dettes (Dt 15,1). Or, à son approche, les créanciers risquaient de devenir très réticents, devant le risque d’une « remise à zéro » qui les pénaliserait. C’est ce que l’auteur appelle une « pensée de vaurien » (v. 9a). Une telle pensée pourrait même devenir un vrai péché (v. 9b), car celui « qui opprime le faible outrage son Créateur » (Pr 14,31). À l’inverse, le don généreux entraînera, de la part du Seigneur, une bénédiction (v. 10).
Le dernier verset de notre passage : « il ne cessera pas d’y avoir des pauvres au milieu du pays » (v.11a), n’est pas sans évoquer une parole de Jésus (voir Jn 12,8). Ce constat, quelque peu résigné, de la persistance de la pauvreté entraîne toutefois le rappel énergique du commandement au cœur du passage : « tu ouvriras ta main toute grande à ton frère, au malheureux et au pauvre que tu as dans ton pays » (v. 11b). En effet, voir son frère dans le besoin et lui ouvrir sa main (voir 1Jn 3,17) reflète l’amour de Dieu à l’égard de l’humanité.