Méditations mensuelles
Appartenir à Dieu
Exode 6,2-9Comment pourrait-il en être autrement ? Les immigrés, loin de chez eux, sont exploités par les habitants du pays. Ils n’obtiennent aucune réduction du travail, les normes ne sont pas abaissées, les conditions de production sont rendues plus ardues (Exode 5,6-19). Comme si souvent dans l’histoire, il ne faut pas que les exploités en prennent conscience, on ne leur donne ni liberté ni repos. Ils peuvent être facilement manipulés, parce qu’ils sont sous pression. Ils n’ont pas le droit de célébrer une fête pour leur Dieu. Ils ne sont pas à même d’avoir ni une culture ni un culte propres.
À ce point du récit, Dieu s’adresse à Moïse. Il se tient devant lui comme le Dieu qui accompagne les siens depuis le commencement, Celui qui est déjà apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob comme le « Tout-Puissant ». Ainsi, cette divinité n’est nullement l’illusion subjective d’un révolté qui aspire à la liberté. C’est de Dieu qui vient l’initiative. Maintenant, non seulement il se révèle par son nom propre, imprononçable, « YHWH », mais il est également Celui qui se souvient de sa relation avec les siens, de son « alliance » et de la promesse qu’il a faite. Il sera leur Dieu et il les aimera comme son peuple à lui.
Aimés de Dieu, ils lui appartiennent. Ceux qui leur portent atteinte ne resteront pas indemnes. Dieu a « entendu leur plainte ». Et sa promesse, malgré les circonstances, va toujours s’élargissant : les siens recevront leur propre pays, où ils ne vivront plus « comme des étrangers ». Ils recevront une « possession », et, avec elle, leur indépendance. Moïse a confiance dans la mission audacieuse de ce Dieu et il en parle aux Israélites. Mais la stratégie de l’oppresseur réussit, la perspective d’un changement ne pénètre pas l’esprit des exploités, découragés par « l’angoisse et la dure servitude ». Dieu devance les siens. Ses voies ne sont pas encore leurs voies.
Mais un jour, ils seront chez eux dans leur propre pays. Pour combien de temps y célébreront-ils l’amour de Dieu et en vivront-ils ? Beaucoup plus tard, il y aura celui qui viendra dans ce peuple qui appartient à Dieu, celui qui aura des traits communs avec Moïse tout en le dépassant de loin, Jésus-Christ. Il n’y sera pas accueilli (Jean 1,11), sa venue aussi semblera arriver trop tôt. Sans se décourager, il ira son chemin et proclamera audacieusement que le moment est venu. Le temps est mûr pour l’avènement d’un royaume dans lequel il n’y a ni exploités ni oppresseurs, le règne de Dieu qui vient sur la terre et vers lequel, dès lors, tous les humains peuvent se tourner.