Méditations mensuelles
Dépouiller le vieil homme, vivre en ressuscités
Colossiens 3,5-11Comment vivre en ressuscités ? On pourrait formuler le contenu de ce passage de la lettre de saint Paul aux Colossiens comme une réponse à cette question. On le saisit bien si l’on garde en tête les prémisses posées au premier verset du chapitre 3 : « Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ... ». Paul ne fait que dégager les conséquences de ce fait. C’est comme s’il disait : « Puisque vous êtes ressuscités, voici comment vivre en ressuscités ». Or, il y a une manière de mener son existence qui relève plus de la mort que de la vie. Il y a une manière de vivre « selon la mort » et il y a un art de vivre « selon la vie », accordée à la vie, orienté vers elle. « Dépouiller le vieil homme » signifie abandonner, laisser derrière soi, ce qui n’a pas d’avenir, ce qui est incompatible avec la vie. Le sens de la personne, rehaussé incomparablement par la résurrection, appelle des comportements nouveaux dans tous les domaines. Il empêche de traiter les autres comme s’ils étaient des objets.
Dans quelle mesure le rite du baptême a-t-il joué un rôle dans l’emploi de l’image du dépouillement et plus généralement dans celle du vêtement, qui revient de façon positive dans les versets 10 et 12 ? Nous ignorons si à l’époque de Paul existait déjà le rite de se dévêtir entièrement avant d’entrer dans l’eau du baptême et de recevoir ensuite un vêtement neuf à la sortie des eaux. Quoi qu’il en soit, il n’y a aucun doute qu’ici Paul pense au sens du baptême.
Le poète américain Wendell Berry fait écho à Paul lorsqu’il invite ses lecteurs à la « pratique de la résurrection (« to practice resurrection »). On peut pratiquer un métier, une profession, un sport ou un art. Que pourrait bien signifier s’exercer à vivre en ressuscités ? La fin du texte le dit clairement : « …vous devez vous revêtir d’affectueuse bonté, de bienveillance, d’humilité, de douceur et de patience ». Les qualités humaines que Paul énumère ont ceci en commun : elles rendent possible et harmonieuse la vie avec d’autres, la vie en communauté. C’est là une constante chez Paul : la vie nouvelle se rend visible dans la qualité des relations humaines. La patience dont il est question est celle qui est requise dans la vie avec les autres. Mais toutes ces vertus sont des caractéristiques de l’amour (1 Corinthiens 13) dont Paul va parler deux versets plus loin. Cela ne va pas tout seul, puisque ce qui appartient au « vieil homme » s’accroche encore et peut mettre en péril la vie de la communauté. Ne plus avoir peur des autres, de leurs faiblesses, de leurs limites (ou de leurs forces !), c’est entrer dans la résurrection. Appartenir au monde de la résurrection, c’est ne plus vivre dans la peur. Ou, plutôt, c’est laisser ses peurs se convertir jour après jour par la surabondance qui est donnée dans le Christ. C’est apprendre à vivre « selon » cette surabondance. Dans le Christ ressuscité, il y a une place pour chacun. Et chacun prend place dans cette vie mystérieuse où sont rendues obsolètes les catégories que les humains instaurent pour diviser et fragmenter. Ne subsiste alors qu’un Visage qui contient toute la merveilleuse diversité voulue par Dieu : « le Christ : il est tout et en tous ».