Méditations mensuelles
La prière et le pardon d’Étienne, premier martyr
Actes 7:54–8:4Étienne est accusé de parler contre le temple de Jérusalem et la loi de Moïse (Actes 6, 13). Dans sa défense, il raconte d’abord la longue histoire de Dieu avec son peuple, puis il en vient aux deux chefs d’accusation. Pour ce qui est du temple, il explique qu’en effet, depuis la conclusion de l’alliance au mont Sinaï, Dieu a choisi d’habiter au milieu de son peuple et ordonné à Moïse de construire un sanctuaire mobile, la « tente de l’alliance ». Plus tard, Salomon, fils de David, bâtit un temple à Jérusalem. Mais Étienne rappelle, citations bibliques à l’appui, que ce sont le ciel et la terre, l’univers tout entier, que Dieu habite. En ce qui concerne la loi de Moïse, Étienne retourne l’accusation contre ses accusateurs. Ce ne sont pas ceux qui croient en Jésus qui transgressent la loi de Dieu, mais ceux qui l’ont trahi et tué.
Étienne n’avait sans doute pas l’intention de conclure son discours avec le meurtre de Jésus. L’accusation « vous avez tué Jésus » est toujours suivie, dans les Actes des apôtres, par l’annonce de la bonne nouvelle : « mais Dieu l’a ressuscité ! ». À ce point, les paroles d’Étienne sont pour ses juges si insupportables qu’ils ne veulent pas le laisser terminer. Pourtant, malgré leur fureur, il continue. Il ne s’adresse plus vraiment à eux. Il n’argumente plus. L’Esprit saint lui donne de voir l’invisible, et Étienne n’est plus rien que témoin. Il voit Jésus ressuscité dans la gloire de Dieu, et simplement il atteste ce qu’il voit. Alors ses juges se bouchent les oreilles et se mettent à crier très fort pour ne pas entendre le blasphème d’Étienne.
Le problème n’est pas la vision du ciel ouvert. Avant lui, des prophètes comme Isaïe et Ézéchiel ont vu le ciel ouvert, la gloire de Dieu dans son temple céleste, non pas fait de mains d’hommes. Ce qui fait crier ses juges au blasphème, c’est qu’Étienne prétend voir l’homme Jésus en Dieu. Comment un homme condamné et crucifié pourrait-il partager la gloire de Dieu ? Cela voudrait dire, inversement, qu’il y a de la place en Dieu pour la souffrance et la mort. C’est parce qu’il comprenait exactement ce qui était en jeu que le futur apôtre Paul, qui était présent, approuvait le meurtre d’Étienne. Si ce dont Étienne témoigne est vrai – et plus tard Paul en sera convaincu – il y a en Dieu « ce qui est folie » et « ce qui est faible » (1 Corinthiens 1, 25).
Étienne voit que Jésus est un avec Dieu. Sa vision de l’unité de Dieu et de Jésus forme et oriente sa prière. Les prières précédemment rapportées dans les Actes des apôtres s’adressent toutes à Dieu. Étienne est le premier qui prie Jésus. Sur la croix, Jésus s’était adressé à Dieu avec un verset du Psaume 31 en y ajoutant le mot Père : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » Étienne adresse cette même prière à Jésus : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! » Il prie Jésus comme on prie Dieu, non parce qu’il aurait appris la foi trinitaire, mais parce qu’en regardant vers Dieu, il voit Jésus.
L’unité de Jésus crucifié avec Dieu dans sa gloire éternelle a une autre conséquence encore. Par sa fidélité jusqu’à la mort, Étienne ressemble aux sept frères et leur mère martyrs du temps des Maccabées deux siècles plus tôt (2 Maccabées 7). Mais il y a une différence de taille. Les sept frères demandent à Dieu de leur rendre justice, et ils menacent leur bourreau : « Ne t’imagine pas que tu resteras impuni (...) tu n’échapperas pas à la main de Dieu ! » (2 Maccabées 7, 19 et 31). Étienne prie : « Seigneur, ne les tiens pas pour coupables de ce péché ! » Il ne peut pas demander la rétribution puisqu’en regardant vers Dieu, il voit Jésus, le Fils de l’homme crucifié. Il ne peut plus prier Dieu sans que Jésus lui apparaisse. Mais comment pourrait-il demander à Jésus, qui a aimé même ses ennemis, la rétribution et la vengeance ?
La persécution qui se déclenche avec le martyre d’Étienne ne peut pas arrêter le rayonnement de l’évangile. Au contraire, la Bonne Nouvelle franchit les frontières avec ceux qui doivent s’enfuir et se dispersent.