Méditations quotidiennes de frère Matthew
Sur cette page sont publiées les méditations quotidiennes données chaque soir à Paris par frère Matthew, du 29 au 31 décembre.
Lundi 29 décembre
Bienvenue à vous tous qui êtes venus de partout en Europe et de plus loin encore pour nous rejoindre pour ces quatre jours de prière et de partage ici à Paris et en Île-de-France.
Je voudrais exprimer la joie de la présence des 1000 jeunes Ukrainiens venus nous rejoindre ces jours. Vous êtes pour nous un signe de l’espérance de la paix que nous portons tous dans nos cœurs. « Ми з вами » (me zvami) – nous sommes avec vous ! »
Vous êtes arrivés déjà hier et vous avez été accueillis par des familles dans une communauté locale. Au nom de mes frères, je voudrais remercier toutes les familles qui vous ont ouvert leurs portes. Cet accueil est un signe fort qui vient tout droit du cœur de l’Évangile : Offrir et recevoir une hospitalité simple et sans conditions reflète quelque chose de l’amour de Dieu. C’est la joie de se retrouver et de se sentir faire partie de la maison.
Quand Jésus a demandé à ceux qui voulaient le suivre : « Que cherchez-vous ? » ils ont répondu « Où demeures-tu ? » Ils sont alors allés chez Jésus et ils ont passé la journée avec lui. Il demande à chacune et chacun de nous : « Que cherches-tu ? ». Gardez cette question dans vos cœurs ces jours pour laisser naître en vous une réponse.
Ce soir, nous prions dans plusieurs églises de la ville de Paris et dans les cathédrales de Créteil, d’Evry, de Nanterre et de St-Denis. Demain matin vous reprendrez le programme dans vos communautés locales avant de venir à Paris pour la prière de midi comme aujourd’hui. Après les ateliers de l’après-midi, nous serons tous réunis pour la prière du soir dans l’Accor-Arena de Paris-Bercy.
Mardi 30 décembre
Qu’il est bon d’être tous ensemble comme frères et sœurs ! Ces derniers jours nous étions répartis à travers l’Île-de-France et Paris, accueillis pour la prière dans des églises de différentes confessions. Maintenant nous pouvons prier dans un même lieu, un signe visible de notre unité en Christ dans toute notre diversité.
Je suis revenu de l’Ukraine voici quelques jours. J’y ai passé Noël, accueilli avec un de mes frères par des chrétiens qui font tout pour écouter et accompagner celles et ceux qui souffrent de la guerre. Ils apportent ainsi un soutien concret à ceux dont les maisons ont été détruites en les aidant à recréer un foyer. Nous avons prié sur les tombes de gens qui ont donné leur vie pour défendre la liberté de leur pays.
Quand les chrétiens luttent pour se mettre au service des autres, ne deviennent-ils pas des artisans d’un monde plus juste, le reflet de l’amour que Dieu a pour chacune et chacun, le levain dans la pâte ? Et l’Église devient ainsi un lieu où tous pourront se sentir à la maison.
L'Évangile que nous venons d’entendre parle de la maison de Dieu. St Jean place au début du ministère public de Jésus cette scène dans laquelle Jésus chasse les marchands et renverse les tables des changeurs dans le Temple.
Jésus fabrique un fouet avec des cordes – nulle part ailleurs nous ne voyons Jésus agir de cette manière. Qu'est-ce que cela signifie ? Une lutte contre l'injustice d'un système économique ? Une action pour restaurer l'espace sacré de la maison de son Père ? Plus tard, ses amis interpréteront son geste à la lumière d'un verset du Psaume 69 et comprendront qu'il a agi par amour pour la maison qui appartient à Dieu.
Lorsque Jésus annonce sa mort et sa résurrection – « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai » –, il ouvre un horizon plus lointain. Sur le chemin du retour vers la Galilée, Jésus rencontre une Samaritaine et nous comprenons que par sa résurrection, il nous offre une communion dans l'Esprit où nous pouvons adorer Dieu tels que nous sommes et là où nous sommes.
Quand nous prions avec d'autres, nous devenons la maison de Dieu – le sanctuaire est construit partout où nous nous réunissons au nom du Christ – et nous pouvons nous y sentir chez nous. Cette communion est aussi un chemin de guérison et de plénitude de vie qui nous conduit vers la maison du Père.
Demain à la prière de midi, vous entendrez comment, même jusqu’à son dernier souffle, Jésus a continué à créer une maison pour ceux qu'il aimait, pour toute l'humanité.
En Ukraine, comme je disais, j’ai vu des maisons détruites, mais une vie qui renaît constamment, qui refuse d’être étouffée. Notre maison européenne, reconstruite après les blessures de la deuxième guerre mondiale, peut paraître en ruine à nouveau, mais serons-nous prêts à nous engager avec les femmes et les hommes courageux qui donnent tout pour la faire renaître ? Les valeurs qui nous sont chères sont toujours présentes. Comment peuvent-elles ouvrir notre horizon pour voir plus loin et œuvrer pour une maison européenne où toutes et tous puissent se sentir chez eux ?
Et ceci à travers les gestes tout simples : se rencontrer, échanger ensemble et s’écouter même sans tout comprendre de l’autre, là où prier ensemble n’est pas possible. Nous découvrons ainsi ce qui est déjà donné, une réalité où la justice est bien présente, mais souvent cachée à nos yeux.
Depuis de nombreuses années, notre communauté de Taizé est engagée dans un pèlerinage de confiance. De temps en temps, ce pèlerinage devient visible, comme maintenant lors de notre rencontre européenne à Paris, mais aussi dans le village de Taizé avec les rencontres hebdomadaires de jeunes où nous serons très heureux de vous accueillir.
Ainsi, nous pouvons nous encourager mutuellement dans notre cheminement quotidien de foi, et laisser le Christ nous poser toujours à nouveau la question « Que cherches-tu ? » qui nous prépare à affronter les défis que nous rencontrons où que nous soyons.
Mais où se tiendra notre prochaine rencontre européenne ?
Elle aura lieu :
dans un pays avec 9296 lacs
où l’on parle une langue slave
dans une ville marquée par la rencontre de quatre cultures différentes : catholique, protestante, orthodoxe et juive
qui a deux très bonnes équipes de foot
avec un nom qui n’est pas facile à prononcer
La prochaine rencontre européenne aura lieu dans la ville de Łódź en Pologne !
Mercredi 31 décembre
Ces derniers jours, vous avez entendu et écouté Jésus qui demande à chacune et chacun de nous : « Que cherches-tu ? ». Quelle réponse a surgi de vos profondeurs dans la prière, du partage et de la réflexion ensemble, et dans la solitude du silence ?
Que ce que vous avez reçu soit ce qui vous accompagnera dans les semaines et les mois qui suivront notre Rencontre européenne. Ainsi, vous poursuivrez et approfondirez le chemin amorcé ici, à Paris et en Île-de-France.
Cheminer ensemble avec d’autres dans nos aumôneries et nos paroisses peut être un grand soutien et va de pair avec un cheminement personnel. Sommes-nous prêts à entrer de plus en plus dans le mystère du Corps du Christ, son Église, où nous ne pouvons être un que tous ensemble ? Et comment écouter les désirs de celles et ceux qui se sentent loin de la confiance en Dieu ?
Dans nos réponses à la question de Jésus, il me semble qu’il y en a une qui est probablement commune à nous tous. Dans la Lettre pour 2026, j’ai écrit : « Nous aspirons à la paix — paix intérieure et paix dans ce monde que Dieu aime tant. “Commencez par vous l’œuvre de paix, en sorte qu’une fois pacifiés vous-mêmes, vous portiez la paix aux autres” », disait saint Ambroise de Milan.
Paix intérieure, paix dans le monde : nous en avons tous soif. Et pourtant, saint Ambroise nous dit que cette paix est à accueillir d’abord en nous-mêmes. Comment faire cela quand autour de nous tout indique que la paix est loin et semble même ne pas exister ?
Ce soir, nous avons écouté l’Évangile qui nous parle de la rencontre entre Marie de Magdala et Jésus après sa résurrection. Les amis de Jésus étaient troublés après sa mort et ils avaient peur de la persécution. Marie, tôt le matin du premier jour de la semaine, va au tombeau de Jésus. Sa tristesse est grande : la pierre qui fermait l’entrée a été enlevée et le corps de Jésus n’y est plus.
Une rencontre avec des messagers de Dieu, qui l’interrogent sur ses larmes, précède la venue de Jésus. Lui aussi lui demande : « Femme, pourquoi pleures-tu ?», mais il ajoute : « Qui cherches-tu ? ». Ne comprenant pas qui il est, Marie l’interroge à son tour, pensant qu’il est le jardinier.
Mais lorsque Jésus appelle Marie par son nom, elle le reconnaît et la relation personnelle qu'elle croyait définitivement perdue se rétablit. La surprise et la joie la bouleversent. Jésus ne veut pas qu’elle le possède ou s’accapare de lui, mais qu’elle vive de lui pour les autres. Il l’envoie comme apôtre des apôtres pour annoncer la bonne nouvelle que Dieu l’a relevé de la mort. La communion entre Jésus et son Père devient ainsi ouverte à celles et ceux qui l’aiment.
La paix revient chez Marie dans cette relation avec le Christ ressuscité. Le « Que cherchez-vous ? » du début de l’Évangile de saint Jean devient « Qui cherches-tu ? ». Et un peu plus tard, les premières paroles de Jésus à ses amis, encore enfermés dans leur peur, seront : « La paix soit avec vous ! ».
Même si, comme Marie de Magdala, nous ne reconnaissons pas le Christ, comme Ressuscité il se tient à nos côtés. Quand nous avons peur, il se fait proche et nous offre sa paix. Et il nous confie à tous une mission : non pas simplement garder cette paix pour nous-mêmes, mais poursuivre son œuvre de réconciliation, devenir des pèlerins de paix.
Serons-nous de celles et ceux qui feront tout pour vivre de la paix du Christ pour les autres ? C’est ainsi qu’une espérance renaîtra sur notre continent européen et dans le monde.
En Ukraine, à Lviv, Ternopil et à Zaporizhia, j’ai rencontré tant de personnes courageuses qui ont pleuré, mais qui, souvent à cause de leur foi, se relèvent comme Marie de Magdala pour apporter aux autres la bonne nouvelle que la vie est plus forte que la mort. Elles sont des signes vivants que la lumière que nous célébrons en ces jours de Noël brille bel et bien dans les ténèbres, et que les ténèbres n’ont pas pu l’arrêter.
Je voudrais demander à Sofiia de l’Ukraine de nous partager quelques mots.
"Nous sommes un groupe de 1 000 Ukrainiens venus de différentes régions du pays, notamment de Kiev, Lviv, Kharkiv, Kramatorsk, Odessa, Ivano-Frankivsk, Ternopil et bien d'autres villes encore. Nous sommes venus à Paris avant tout pour rejoindre d'autres jeunes auprès de Jésus nouveau-né et pour nous rassembler dans la prière. Pour nous, c'est aussi une occasion précieuse de parler de la véritable Ukraine, de partager notre culture et de témoigner de la vérité sur la guerre. Nous sommes ici pour l'unité. Nous sommes ici pour montrer que nous restons forts. Il est très important pour nous de ne pas être rejetés ou oubliés. Nous avons besoin d'ouverture, d'une volonté d'entendre la vérité et d'un espace pour l'unité. Grâce à vous tous, nous nous sentons vus et entendus ; votre soutien nous aide à nous accrocher à la lumière de la foi."
Notre Rencontre européenne touche à sa fin. Je redis notre reconnaissance aux familles et aux églises locales qui nous ont si chaleureusement accueillies. Après le prochain chant, nous recevrons la bénédiction des différents responsables des Églises présentes. Mais ce soir dans vos lieux d’accueil, à 23h vous allez entrer dans la Nouvelle Année en priant pour la paix.
Je ne veux pas faire des grandes déclarations, mais simplement vous inviter à prier pour la paix dans nos sociétés européennes pour qu’elles deviennent accueillantes pour tous, et pour l’Ukraine, témoin de la lutte pour la liberté et qui résiste par son espérance d’une paix juste, pour la Palestine (n’oublions pas les abandonnés de Gaza) et Israël, le Soudan, le Myanmar et tous les pays où la guerre sévit. Prions aussi pour celles et ceux qui cherchent la justice sous des régimes oppressifs.
Publié le 29 déc. 2025