Méditations mensuelles
Rendre à Dieu ce qu’il nous a donné
Deutéronome 26,1-11Ce texte nous fait saisir la raison d’être et la structure fondamentale du culte d’Israël. Dieu a donné gratuitement à un groupe d’apatrides une vie nouvelle, faisant d’eux un peuple ayant une relation particulière avec lui et leur donnant une « terre de lait et de miel » pour y vivre. En réponse à cette initiative divine, les membres de la nation sont invités à montrer leur reconnaissance en rendant à Dieu une partie de ce qu’il leur a donné. Mais comment faire un cadeau au Dieu invisible ? C’est là qu’entre en jeu l’institution du culte, qui permet aux humains de faire une offrande symbolique à Dieu et par là exprimer une communion.
Ainsi, au moment de la récolte, le cultivateur prélève une partie des fruits de la terre et la porte à un lieu consacré à Dieu, un sanctuaire. Il la donne à un homme mis à part pour cela, le prêtre, qui accepte l’offrande au nom du Seigneur et la lui transmet symboliquement en la mettant sur l’autel, lieu de rencontre entre la terre et le ciel. Ensuite, on fait disparaître l’offrande d’une manière ou d’une autre, soit en la brûlant, soit en la consommant. Ce retour à Dieu des dons qu’il a prodigués, appelé en termes bibliques un sacrifice, exprime et renforce les liens entre les partenaires. Il ravive l’espérance que Dieu sera toujours là pour les siens et qu’il continuera par la suite à les entourer de ses soins. Le peuple garde dans sa conscience qu’en dernière analyse tout est don et que le sens ultime de son existence n’est pas dans ses efforts, mais dans la confiance que Dieu le conduit et le protège sans cesse.
En effet, pour le peuple de la Bible, le sacrifice n’est pas un lourd devoir, encore moins un acte douloureux, mais un moment joyeux où l’on renouvelle les liens avec la Source de sa vie : « vous vous réjouirez de tous les bienfaits que le Seigneur votre Dieu vous a accordés… ». Aller au Temple, c’est rappeler les moments forts du passé, exprimer aujourd’hui à Dieu reconnaissance et confiance, et, en conséquence, renforcer l’espérance en l’avenir. C’est, en plus, faire une expérience tangible de communion avec les autres fidèles.
Loin d’éliminer cette dimension de l’existence, la venue du Messie Jésus ne fait que la concrétiser davantage. Jésus ne fait point à Celui qu’il appelle Père des cadeaux matériels et forcément symboliques. Au contraire, toute son existence est plutôt un don au Père, exprimé par une vie pour les autres et comme récapitulé par sa mort sur la croix. Comme le dit la Lettre aux Hébreux : « Il a offert un sacrifice une fois pour toutes, quand il s’est offert lui-même » (7, 27 ; voir aussi 9, 25-26 ; 10, 10). Et nous, à notre tour, nous sommes invités à faire de nos existences un don. Saint Paul écrit aux fidèles de Rome : « Je vous exhorte à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, réservé à Dieu et qui lui est agréable. C’est là le véritable culte que vous lui devez » (Romains 12, 1). Le croyant sait que tout est don et, par conséquence, il ne peut que désirer donner tout en retour à Celui qui accorde abondance de bénédictions matérielles et spirituelles.